Ce Jour-là

Conférence de Berlin (26-27 mars 1917)

Rencontre gouvernementale des ministres allemand et austro-hongrois des affaires étrangères

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La conférence de Berlin des 26 et 27 mars 1917 est la seconde rencontre gouvernementale réunissant Arthur Zimmermann et Ottokar Czernin, ministres allemand et austro-hongrois des affaires étrangères, sous la présidence du chancelier du Reich, Theobald von Bethmann Hollweg. Cette rencontre est destinée à définir les buts de guerre du Reich impérial et de la double monarchie ; elle doit également préparer la première rencontre officielle entre l'empereur allemand Guillaume II et le nouvel empereur-roi Charles Ier. Alors que des changements de personnel politique s'opèrent dans la double monarchie de plus en plus épuisée par le conflit qui se prolonge, cette rencontre constitue la première manifestation de dissensions entre les deux alliés autour de la question des conditions de sortie du conflit.

Les puissances centrales face à la révolution russe

La révolution de Février met provisoirement un terme aux opérations militaires sur le front de l'Est ; cependant, le choix du gouvernement provisoire russe de rester fidèle aux alliances conclues par le régime impérial oblige le Reich et ses alliés à maintenir sur place un nombre important de divisions pour faire face aux troupes russes.

Les divergences d'interprétation des événements en Russie deviennent rapidement un fossé d'incompréhension entre le Reich et la double monarchie. En effet, les responsables austro-hongrois interprètent les événements révolutionnaires russes de février comme une aspiration à la paix ; de plus, ils estiment que ces événements pourraient influer sur la situation intérieure déjà tendue et que les populations allemandes comme austro-hongroises pourraient aspirer à la révolution, possible préalable à la fin rapide du conflit.

Cependant, malgré la volonté du nouveau gouvernement russe de poursuivre la guerre, la révolution et les troubles qui en découlent ont fait disparaître pour un temps les capacités opérationnelles de l'Armée russe ; conscients de cette réalité, les planificateurs militaires du Reich et de la double monarchie redéploient rapidement en Italie, dans les Balkans et à l'Ouest une partie de leurs armées alors engagées sur le front de l'Est.

Buts de guerres de la Quadruplice

Répondant à une demande officielle allemande faite le 18 octobre 1916, Stephan Burián von Rajecz, alors ministre des affaires étrangères austro-hongrois, adresse le 5 novembre 1916, à ses alliés de la Quadruplice, une note dans laquelle il précise les buts de guerre de la double monarchie, à la recherche d'un « accroissement de puissance et de sécurité ».

Dans les jours qui suivent, les ambassadeurs du Reich en poste en Bulgarie et dans l'Empire ottoman adressent aux gouvernements bulgare et ottoman des demandes de clarification sur la question des buts de guerre. Les divergences portent essentiellement sur les annexions bulgares et les compensations à octroyer aux Ottomans et aux Austro-Hongrois.

Renseigné sur ces différents programmes, le chancelier impérial rend alors publiques le 1er janvier 1917 les conditions d'une paix équitable pour le gouvernement du Reich. Fruit d'un compromis entre civils et militaires, ce programme réclame l'annexion des territoires occupés par le Reich en Courlande et en Lituanie, la reconstitution d'un royaume de Pologne étroitement contrôlé par le Reich, l'annexion des bassins miniers de Lorraine française et de Belgique ainsi que la restitution des colonies allemandes alors occupées par les Alliés.

L'avènement de Charles Ier, en décembre 1916, ne modifie pas en apparence la gestion de la guerre par le personnel de la double monarchie, désireux cependant de mettre un terme à la participation austro-hongroise au conflit. Malgré tout, Charles modifie la politique menée par la double monarchie vis-à-vis du Reich, ne se ralliant plus inconditionnellement aux aspirations allemandes.

Cette aspiration à modifier les termes de l'alliance entre le Reich et la double monarchie se matérialise par la volonté de l'empereur-roi Charles de conclure avec les Alliés une paix de compromis, basée sur le statu quo ; ce changement politique apparaît nécessaire aux yeux du monarque et de son entourage, conscients du délabrement général de la double monarchie au terme de 30 mois de conflit.

Pour négocier la paix de compromis souhaitée par le monarque austro-hongrois, des émissaires sont envoyés en Suisse, dès le début du mois de février 1917, afin de rencontrer des diplomates représentant des États neutres ; ces rencontres sont destinées à restaurer des relations avec la France, informelles et discrètes dans un premier temps. Cependant, les négociateurs de la double monarchie sont en réalité manœuvrés par Matthias Erzberger et Georg von Hertling, alors ministre-président du royaume de Bavière, partisans l'un comme l'autre de la poursuite de la guerre jusqu'à la victoire du Reich.

La conférence se réunit au siège du ministère des affaires étrangères du Reich, à Berlin.

La présidence de séance est confiée au chancelier du Reich, Theobald von Bethmann Hollweg, assisté du secrétaire d'État aux affaires étrangères, Arthur Zimmermann ; le chancelier et son secrétaire d'État sont conseillés par leurs principaux collaborateurs.

Le ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, Ottokar Czernin, représente la double monarchie. La délégation austro-hongroise compte en son sein le nouveau chef de cabinet du ministre, Alexander Hoyos, ainsi que de Ladislas Müller von Szentgyörgyi, chef de section au sein du ministère des affaires étrangères.

Face au représentant d'un allié de plus en plus épuisé par le conflit qui se prolonge, le chancelier impérial impose les objectifs politiques poursuivis par le Reich à son interlocuteur austro-hongrois.

Le Reich, principal acteur de la quadruplice

Dans les échanges entre le chancelier du Reich et le ministre austro-hongrois, Theobald von Bethamnn Hollweg impose à son interlocuteur les objectifs allemands, en dépit de l'apparence d'une alliance entre partenaires égaux. Le faible nombre de concessions réelles obtenues par le ministre austro-hongrois constitue une preuve supplémentaire du caractère de plus en plus asymétrique de l'alliance entre le Reich et la double monarchie, mettant l'empire des Hohenzollern en mesure de se substituer à l'empire des Habsbourg, les évinçant progressivement de leurs positions politiques et économiques dans les Balkans et dans l'Est de l'Europe.

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