La conférence de Berlin marqua l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique. Appelée à l'époque conférence de l'Afrique de l'Ouest ou conférence du Congo, elle consiste en dix réunions commençant le 15 novembre 1884 à Berlin et s'achevant le 26 février 1885. À l'initiative du chancelier Otto von Bismarck, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l'Empire ottoman, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège ainsi que les États-Unis y participèrent. Une conférence antérieure avait amorcé le débat par la partition des Congo. La conférence de Berlin aboutit principalement à édicter les règles officielles de colonisation. L’impact direct sur les colonies fut une vague européenne de signatures de traités.
Durant de longues années, l'intérieur du continent africain, souvent difficile d'accès, n'a pas intéressé les puissances européennes qui se contentaient d'y établir des escales ou des comptoirs de commerce (voir Côte de l'Or). Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'appétit des puissances européennes est stimulé par la découverte de richesses insoupçonnées, à l'image des mines de diamants du Transvaal découvertes en 1867. Durant les années 1880, les visées colonisatrices européennes en Afrique s'intensifient jusqu'à créer des tensions entre les différentes puissances. En 1830, la France occupe le Sénégal (qui consiste à l’époque uniquement en la ville de Saint-Louis et l'île de Gorée), une partie de ce qui sera ensuite nommé l'Algérie, puis, en 1881, la Tunisie, froissant au passage la susceptibilité de l'Italie. Elle pose ses premiers jalons dans les territoires constituant l'actuelle république du Congo et s'empare de la Guinée en 1884. En 1882, le Royaume-Uni s'empare de l'Égypte, une province de l'Empire ottoman avant de se tourner vers le Soudan et l'actuelle région du Somaliland (que les colonisateurs dénommeront en 1884 Somalie britannique). En 1885, l'Italie prend possession d'une partie de l'Érythrée, alors que l'Allemagne déclare en 1884 avoir pris possession du Togo, du Cameroun, du Sud-Ouest africain (l'actuelle Namibie) et de l'Afrique orientale allemande en 1885. La conférence de Berlin fut convoquée de novembre 1884 à février 1885. À cette conférence fut décidé le partage systématique de l'Afrique et l'installation de façon durable de la colonisation de l'Afrique.
La concurrence engendrée par l'exploration du bassin du Congo (1874-1877) par Henry Morton Stanley, qui efface l'une des dernières terra incognita de la carte du continent, conduit à l'organisation de la conférence de Berlin. En 1876, la conférence géographique de Bruxelles (12-19 septembre 1876) avait été convoquée par le roi des Belges Léopold II afin d'envoyer des expéditions au Congo aux motifs d'y abolir la traite des Noirs maintenue par les Arabes et, selon ses propres termes, de « civiliser » le continent africain. Elle aboutit à la création de l'Association internationale africaine. Dès 1878, le roi Léopold II saisit l'occasion de la traversée du continent par H.M Stanley pour l'inviter à se joindre aux travaux de la nouvelle association.
En 1879, la Belgique crée aussi l'Association internationale du Congo qui présente des objectifs plus explicitement économiques ; elle reste toutefois en relation avec l'Association internationale africaine qui lui offre un paravent philanthropique. Stanley est chargé de retourner au Congo avec la mission secrète d'établir un État, le futur État indépendant du Congo, dont il serait le chef au nom de l'Association internationale africaine.
Dans le même temps, la France, représenté par le baron Alphonse de Courcel affirme son intérêt pour la région : l'officier Pierre Savorgnan de Brazza remonte le bassin du Congo pour fonder Brazzaville en 1881. Le Portugal, qui s'appuie sur des traités antérieurs signés avec l'empire Kongo, revendique une souveraineté sur ces mêmes territoires. Il passe le 26 février 1884 un accord avec le Royaume-Uni pour bloquer l'accès de l'océan Atlantique à l'Association internationale du Congo. Le Portugal conçoit alors l’idée d’une conférence internationale pour le partage de cette région. L’idée fut immédiatement reprise par l’Allemagne avec le chancelier Bismarck qui convoqua la conférence de Berlin le 14 novembre 1884.
Bismarck se pose en médiateur de la crise accompagné par Paul von Hatzfeldt, secrétaire d’État allemand aux affaires étrangères, profitant de l'occasion pour affirmer un peu plus le rôle central de l'Allemagne dans le concert des nations. Quatorze puissances participent aux débats : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire ottoman, Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie et Suède-Norvège. Les peuples et les rois africains sont tenus à l'écart de toutes les discussions. La conférence présente un ordre du jour plus important que la simple question congolaise. On y parle principalement de la liberté de navigation et de commerce ainsi que des modalités d'installation sur les côtes.
Deux conceptions s'opposent. D'un côté, Bismarck entend garantir la liberté de navigation et de commerce dans toute la zone. De l'autre, le Portugal, soutenu par le président du Conseil français Jules Ferry, conçoit les colonies comme un monopole commercial détenu par la métropole. Finalement, la conférence établit une liberté de commerce étendue dans les bassins du Congo et du Niger, mis à part dans le domaine du transport d'armes.
La conférence de Berlin soulève aussi la question de l’esclavage en Afrique. À la veille de la conférence, la majorité des états présents ont déjà aboli la traite négrière avec notamment la France en 1848 ou le Royaume-Uni en 1807 ; seul le Brésil, ancienne colonie portugaise, ne l’a pas aboli. Cependant, les 14 puissances signataires réaffirment leur volonté et consacrent un chapitre à la traite des esclaves dans l’acte général de la conférence. Celui-ci comprend un article, l’article 9, qui informe que toute puissance ayant un droit de souveraineté ou d’influence dans les territoires formant le bassin conventionnel du Congo reconnaissent que ces territoires ne pourront servir ni de marché ni de voie de transit pour la traite des esclaves. Ils s’engagent aussi à employer tous les moyens en leur pouvoir pour mettre fin à ce commerce et pour punir ceux qui s'en occupent. La conférence n’avait donc pas pour but d’abolir l’esclavage puisqu'il était déjà interdit par la plupart des puissances mais elle en a fait un thème politique central du discours colonial européen. Les puissances occidentales prétendent lutter contre la traite orientale arabe et les systèmes esclavagistes internes en Afrique pour légitimer la colonisation, en favorisant le « travail libre ». Cependant, malgré les résolutions prises lors de la conférence, de nombreux empires introduisent le travail forcé dans les colonies ainsi que le recrutement coercitif, perpétuant des formes d’exploitation violente dans le but de rendre la colonisation aussi peu coûteuse que possible, notamment dans le Congo belge, l’Afrique-Équatoriale française, l'Afrique orientale allemande, l’Angola portugais.
Les frontières du nouvel État sont fixées : au total, Léopold II de Belgique reçoit, à titre personnel, deux millions et demi de kilomètres carrés qui deviendront plus tard l'État indépendant du Congo. Au nord-ouest de l'État ainsi formé, 500 000 km2 reviennent à la France (bientôt baptisé Congo-Brazzaville). La France se voit aussi attribuer la partie intérieure du Niger dont le Royaume-Uni contrôle le delta. Du côté allemand, on espère que les concessions territoriales faites à la France atténueront le ressentiment né de la perte de l'Alsace-Lorraine à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Le Portugal abandonne ses prétentions au nord de l'estuaire du Congo, sauf en ce qui concerne l'enclave de Cabinda.
Son acte, le 26 février 1885, établit les points suivants :
Toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l'intérieur jusqu'à rencontrer une « sphère d'influence » voisine. Mais le traité exclut le principe de l’hinterland qui permet l'annexion automatique de l'arrière-pays par un État maîtrisant son littoral[réf. nécessaire].