Ce Jour-là

Complot des blouses blanches

Prétendu complot en URSS

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Le complot des blouses blanches (russe : дело врачей, delo vrachei; littéralement « l'affaire des médecins ») est l'affaire tournant autour d'un prétendu complot de médecins soviétiques, en majorité juifs, accusés en janvier 1953 d'avoir assassiné deux dirigeants soviétiques et d'avoir prévu d'en assassiner d'autres. Il s’agissait d’une machination montée de toutes pièces par le NKVD pour le régime stalinien, et l’affaire est abandonnée deux mois après la mort de Staline.

Après la Seconde Guerre mondiale, une forme communiste d’antisémitisme se développe progressivement en Union soviétique et dans les pays satellites, contre les juifs non pas en tant qu’ethnie (национальность), mais en tant que groupe confessionnel[réf. nécessaire] (la tradition religieuse étant officiellement un « archaïsme rétrograde » et un « opium du peuple ») réparti sur plusieurs continents (donc soupçonné d’être « cosmopolite »). Les souffrances des Juifs durant la guerre sont évoquées uniquement en tant que persécutions et massacres de civils soviétiques par les fascistes, toute analyse de la « solution finale » et de la thèse du « judéo-bolchévisme » étant interdite comme « point de vue nationaliste bourgeois » : la publication du Livre noir est arrêtée en 1947. La situation empire après la naissance de l’État d'Israël et le soutien manifesté à ce pays par les États-Unis : le Comité antifasciste juif est dissous en 1948 et ses principaux membres arrêtés (ils seront exécutés en 1952). Cet antisémitisme d’État d’abord insidieux apparaît au grand jour en janvier 1949 lorsque la presse lance la campagne contre le « cosmopolite sans racine ».

Lors des procès de Prague organisés par le président communiste tchécoslovaque Klement Gottwald en novembre 1952, quatorze cadres du Parti communiste tchécoslovaque sont accusés d’avoir organisé un « complot titiste ». Onze sont condamnés à mort, trois à la prison à vie. Sur les quatorze accusés, onze sont juifs, dont Rudolf Slánský.

Depuis le début des années 1950, Staline soupçonne le chef des services secrets MVD, Lavrenti Beria, de vouloir lui nuire. Un « complot » dont Beria ignorerait l’existence donnerait un bon prétexte à Staline pour l’accuser d’incompétence et l’écarter du pouvoir au profit de Viktor Semyonovich Abakoumov.

Le 1er décembre 1952, Joseph Staline déclare au Politburo : « Tout sioniste est l’agent du service de renseignement américain. Les nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les États-Unis, là où ils peuvent devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu’ils ont une dette envers les Américains. Or parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes. ». Semion Ignatiev, nommé récemment ministre de la Sécurité de l’État, est chargé de mettre en œuvre les accusations et d’obtenir des aveux.

L’« affaire » éclate publiquement le 13 janvier 1953, lorsque la Pravda publie un long article intitulé « Sous le masque des médecins universitaires, des espions tueurs et vicieux ». Cet article, inspiré d’une dépêche de l’agence soviétique TASS dénonce un « complot de bourgeois sionistes », organisé par « l’organisation juive internationale bourgeoise-nationaliste » : le Congrès juif mondial, qui, à en croire ce journal officiel du Parti communiste de l'Union soviétique, serait financée par la CIA. À la différence des campagnes précédentes contre les « cosmopolites », qui visaient habituellement les Juifs de manière sous-entendue sans que cela n'apparaisse immédiatement, cette fois la propagande désigna immédiatement les Juifs. Le 8 février dans la Pravda fut annoncée la publication d'un feuilleton dont le titre était Les Naïfs et les charlatans, dans lequel les Juifs étaient présentés comme des escrocs. À la suite de cela, la presse soviétique s'empara du sujet et publia des articles satiriques consacrés à des personnes réelles ou imaginaires s'occupant de transactions louches et portant toutes des noms, patronyme et nom de famille juifs. Le plus connu des créateurs de ce feuilleton fut Vasili Ardamatskiï, qui publia dans la revue Krokodil le 20 mars 1953 Pinia de Jerminka qui fut considéré comme antisémite.

En mars 1953 commencèrent à courir des rumeurs répétées sur la déportation des Juifs vers l'Extrême-Orient. Comme l'écrit Guennadi Kostyrtchenko : « La proportion d'antisémitisme officiel qui existait en URSS au début de 1953 représentait le maximum qui puisse exister dans le système idéologique existant à cette époque ».

Nikolaï Messiatsev, ancien enquêteur dans l'affaire des médecins du ministère de la Défense de l'URSS, chargé de cette affaire par Staline lui-même, affirmait :

« Le « complot des blouses blanches » fut découvert sans difficultés particulières. Les auteurs ne se souciaient même pas d'avoir une protection particulière. Ils avaient choisi sans vergogne à partir de l'histoire médicale des patients (congénitale ou développée) des maladies et intervenaient dans une intention criminelle. Voilà ce que font des « ennemis du peuple ». »

Un groupe de neuf médecins, dont six sont juifs, ayant soigné des membres du Parti communiste de l'Union soviétique auraient empoisonné Andreï Jdanov (mort en 1948) et Alexandre Chtcherbakov (mort en 1945). Selon les mêmes sources, ces médecins étaient, au moment de leur arrestation, sur le point d’assassiner d’importantes personnalités soviétiques, telles Ivan Koniev, Alexandre Vassilievski ou Leonid Govorov. Une femme médecin, Lidia Timachouk, est décorée de l’ordre de Lénine pour avoir dénoncé le groupe.

Parmi les médecins inculpés, se trouvent le médecin personnel de Staline, Vinogradov, et le général et médecin-chef de l’Armée soviétique, Miron Vovsi (en), tous deux praticiens très renommés. De nombreux juifs, médecins et pharmaciens, accusés d’avoir participé de près ou de loin au « complot », sont arrêtés. Au départ 37, mais le chiffre atteint rapidement plusieurs centaines. Le 12 février 1953, Maria Weizmann (en), la sœur de Chaim Weizmann, premier président d’Israël, est arrêtée.

L’affaire eut un important retentissement international et indigna le bloc de l’Ouest. Albert Einstein, Winston Churchill et d’autres personnalités envoyèrent des télégrammes de protestation au ministère soviétique des Affaires étrangères et exigèrent une enquête.

Le 9 février 1953, une bombe explose à la légation soviétique à Tel-Aviv. Malgré les excuses de Ben Gourion, l’Union soviétique rompt ses relations diplomatiques avec Israël le 11 février 1953.

Les partis communistes oppositionnels des pays occidentaux, affiliés au Kominform, ont ordre de soutenir la condamnation des médecins. Le Parti communiste français, publia dès le 22 janvier un communiqué dans son journal L'Humanité : « Lorsque, en Union soviétique, est arrêté le groupe des médecins assassins travaillant pour le compte des services d’espionnage terroristes anglo-américains […], alors, la classe ouvrière applaudit de toutes ses forces ».

Du 27 janvier 1953 au 1er février 1953, Ce soir, quotidien communiste que dirige Pierre Daix, publie, à la demande insistante du PCF, une série de six articles signés par Pierre Hervé et qui fustigent « la grande finance juive », l’American Jewish Joint Distribution Committee, qui a fait de la diaspora juive « une arme de guerre froide au service du Département d’État de Washington », les « cosmopolites dégénérés » et les « sionistes trotskistes » (allusion au fait que Léon Trotski, nullement sioniste et même relativement antisioniste, était de famille juive). Il conclut en flétrissant « Israël, le sionisme, le nationalisme bourgeois et le racisme juif. »

Dans ses mémoires publiés en 1976, Pierre Daix évoquera avoir été sous la pression d'Auguste Lecœur, qui n'est pourtant pas cité dans le livre détaillé sur l'affaire.

De même, France Nouvelle, l'hebdomadaire publié par le comité central du Parti communiste français, publia en première page de son édition du 24 janvier 1953, un article se félicitant de ce que « la bande de monstres à face humaine, répugnants de lâcheté et hideux d'ignominie » ait été arrêtée : « L'Union soviétique a mis la main sur des Judas. »

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