Ce Jour-là

Combat naval à Cherbourg

Combat naval pendant la guerre de Sécession

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Le combat naval à Cherbourg, connu aux États-Unis sous le nom de Battle of Cherbourg, quelquefois Battle off Cherbourg ou Sinking of CSS Alabama est un combat naval qui opposa, le 19 juin 1864, lors de la guerre de Sécession américaine, un navire de la marine confédérée, le CSS Alabama à un navire de la marine de l'Union, l'USS Kearsarge au large du port français de Cherbourg dans la Manche et se conclut par le naufrage du navire sudiste.

Le navire sudiste CSS Alabama est construit en secret en 1862 par le constructeur naval britannique John Laird Sons and Company, à Birkenhead dans le Merseyside, en Angleterre du Nord-Ouest. Long de 66 mètres sur 9,60 mètres, doté de deux machines à vapeur de trois cents chevaux, gréé en trois-mâts barque, il comporte huit canons. Sillonnant pendant près de deux ans l'Atlantique et l'océan Indien, ce bâtiment corsaire, dont les officiers étaient des marins confédérés mais l'équipage majoritairement anglais, arraisonna 447 navires marchands et en brûla cinquante-deux. Il coule le navire USS Hatteras en janvier 1863.

Le 11 juin 1864, l’Alabama se présente devant le port de Cherbourg pour y effectuer des réparations, dans les cales sèches du port. Il s'agit aussi de relâcher des prisonniers nordistes détenus à bord. Son commandant, le capitaine Raphael Semmes, demande à entrer dans l'arsenal. Cela embarrasse la France de Napoléon III, qui, officiellement, maintient une politique de neutralité depuis le début de la guerre de Sécession. Malgré une opinion publique française largement acquise à la cause abolitionniste du Nord, le Second Empire éprouve une certaine sympathie pour les États confédérés, principalement pour des raisons économiques. Mais après la défaite sudiste à Gettysburg, il est hors de question pour Napoléon III de soutenir ouvertement les sécessionnistes.

Le préfet maritime de Cherbourg, le vice-amiral Dupouy, autorise l’Alabama à débarquer ses prisonniers et à mouiller dans la rade de Cherbourg. il prévient immédiatement Paris de la nouvelle. Le vice-consul des États-Unis à Cherbourg, Édouard Liais, avertit aussitôt le ministre des États-Unis en France ; ce dernier alerta par télégraphe l’USS Kearsarge, qui se trouvait dans le port de Flessingue, aux Pays-Bas. L’Alabama attendait toujours l'autorisation d'entrer dans l'arsenal quand, le 14 juin 1864 vers midi, le Kearsarge arriva devant la grande digue protégeant la rade de Cherbourg. Aussitôt, le commandant Semmes décida de l'affronter. Il fit donc transmettre un cartel au commandant fédéral John Ancrum Winslow et informa le préfet maritime qu'il ne souhaitait plus réparer, mais demanda à remplir ses soutes de charbon.

Le commandant Semmes fit savoir au préfet maritime, le samedi 18 juin 1864, qu'il sortirait affronter le Kearsarge le lendemain matin. La nouvelle se répandit à Cherbourg, mais aucun journal local ou national n'annonça le futur combat. Certes, des journalistes parisiens étaient bien présents, mais ils étaient venus pour l'inauguration du casino-bains de mer de Cherbourg, dont de nombreux clients devaient arriver le dimanche en début de journée par le train de plaisir Paris-Caen.

Le dimanche matin, 19 juin 1864, à 9 h 30, l’Alabama quitte le port par la passe ouest de la rade. Il est suivi par la frégate cuirassée La Couronne, chargée de garantir sa sortie des eaux territoriales françaises. Quinze mille badauds étaient attroupés sur les hauteurs, les quais ou la grande digue pour assister au duel annoncé. Quelques-uns avaient loué de petites barques de pêcheurs pour assister au combat.

Winslow donne l’ordre au Kearsarge de mettre le cap vers le nord-est afin de feindre une fuite. Le corsaire sudiste entame alors la poursuite. Soudainement, le navire de l’Union fait volte-face. Les deux adversaires faisaient alors route l'un sur l'autre.

L’Alabama ouvrit le feu à une distance d'un mille environ ; son commandant avait décidé de combattre à tribord. Semmes et Winslow essayant chacun d'infliger à l'adversaire un coup en enfilade, les deux bâtiments commencèrent alors à décrire une première boucle, bientôt suivie par six autres. Le jusant les entraîna vers l'ouest à la vitesse de trois nœuds.

La canonnade dura un peu plus d'une heure et tourna à l'avantage du Kearsarge qui disposait d'une pièce en moins mais pouvait compter sur ses deux canons Dahlgren de 11 pouces (28 cm environ). De plus, son commandant avait pris la précaution, dès avril 1863, de faire entrecroiser des chaînes d'ancre le long de la coque de son bâtiment, à la hauteur des machines. Ce dispositif, masqué par une paroi de bois, ne s'est pas vraiment révélé décisif. À l'inverse, les tirs de l’Alabama, deux fois plus nombreux, furent bien plus imprécis que ceux de son adversaire. D'après le rapport de son commandant, les canonniers nordistes ont fait feu 173 fois, usant essentiellement d'obus et visant bas.

Atteint par plusieurs coups au niveau de sa ligne de flottaison, l’Alabama prit de la gîte, puis commença à s'enfoncer par l'arrière. Le commandant Semmes fit alors larguer quelques voiles à l'avant pour tenter de regagner le port, mais le navire commence à couler. Il se résout à abandonner le navire.

Commença alors le sauvetage. Le Kearsarge sortit des eaux soixante-six marins, et un bateau-pilote cherbourgeois en recueillit neuf ; il s'agissait pour une bonne part de mercenaires enrôlés à Liverpool ou lors d'escales. Néanmoins, c'est un yacht anglais, le Deerhound, qui récupéra la plupart des officiers dont le commandant Semmes et son second, Kell, puis les conduisit à Southampton. Cela leur permit de regagner les territoires du Sud des États-Unis et de participer à d'autres opérations.

Tandis que le Kearsarge arraisonne un bateau français pour réclamer ses prisonniers, les autres embarcations fuient la scène du combat.

Le combat a fait trente victimes. L’Alabama a perdu vingt-neuf hommes. Certains ont été tués lors du combat, d'autres se sont noyés et quelques-uns sont morts de leurs blessures. À bord du Kearsarge, on a dénombré trois blessés, soignés à l'hôpital de la Marine dans la même salle que leurs adversaires. C'est là que William Gowin, le seul mort nordiste, a expiré. Cela explique que trois morts de la guerre de Sécession reposent dans le vieux cimetière de Cherbourg-Octeville.

Furieux que des Français et des Anglais aient aidé les naufragés à s’échapper, Winslow fait envoyer une lettre à Amédée Bonfils, agent consulaire des États confédérés à Cherbourg :Ils sont mes prisonniers et je demande qu’ils se rendent à bord du Kearsarge pour s’y constituer prisonniers. S’ils cherchent à se délier de cette obligation, ils ne doivent plus attendre aucune clémence.

Monsieur, j’ai reçu votre lettre. Je ne connais aucune loi de la guerre qui empêche un soldat de s’échapper d’un champ de bataille après un revers, lors même qu’il aurait été déjà fait prisonnier. Je ne puis non plus comprendre comment les autorités des États-Unis peuvent prétendre retenir des prisonniers dans les limites de l’Empire français.Comme le navire CSS Alabama avait été construit en Angleterre illégalement au regard des accords de neutralité de ce pays, une procédure judiciaire fut engagée par les États-Unis à l'encontre de l'Angleterre à la fin de la guerre de Sécession. Par un jugement rendu à Genève en 1872, les États-Unis obtinrent le paiement par la Grande-Bretagne de 15,5 millions de dollars-or comme dédommagement du rôle de la Grande-Bretagne dans l'armement de vaisseaux confédérés et des pertes relatives à ces vaisseaux subies par les États Nordistes. Plus de 6 millions de dollars étaient dus au titre des prises et des navires coulés par le seul CSS Alabama.

En novembre 1984, le chasseur de mines Circé de la Marine nationale découvrit une épave par environ soixante mètres de fond au large de Cherbourg. Le navire se situait à un peu moins de 10 km au large de Cherbourg. Le capitaine de vaisseau Max Guerout confirma plus tard qu'il s'agissait bien des restes de l’Alabama.

La première plongée sur l'épave à lieu en mai 1988.

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