Ce Jour-là

Comès

Auteur belge de bande dessinée

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Didier Comès, de son vrai nom Dieter Herman Comes, né le 11 décembre 1942 à Sourbrodt (province de Liège) et mort le 6 mars 2013, est un scénariste et dessinateur belge de bande dessinée principalement connu pour Silence, son œuvre majeure.

D’abord dessinateur industriel, il commence la publication de bandes dessinées dans le quotidien belge Le Soir à l’âge de 27 ans. Il travaille ensuite pour plusieurs magazines jeunesse avant de livrer son œuvre majeure Silence à la revue (À suivre) qui est un immense succès, récompensé par l'Alfred du meilleur album au Festival d'Angoulême en 1981. Il publie ensuite de nombreux autres récits longs dans ce journal puis en albums jusqu’en 1995. Comès livre ensuite deux nouveaux albums inédits Les Larmes du tigre (2000) et Dix de Der (2006). Il meurt d’une pneumonie, à l’âge de 70 ans ; il est alors en retraite en Ardenne.

Enfance et première expérience professionnelle

Une enfance marquée par la guerre (1942-1959)

Dieter Comes est né à Sourbrodt, un petit village belge situé au bord du plateau des Hautes Fagnes qui, lorsqu’il naît en 1942, est annexé depuis un an par le IIIe Reich comme l’ensemble des Cantons de l’Est. Enfant d’une mère francophone et d’un père germanophone enrôlé par l’armée allemande et envoyé sur le front russe durant la guerre, Comes se qualifie lui-même comme un « bâtard alsacien », né à la frontière entre deux cultures. De cette enfance, les œuvres de Comès tirent leurs principaux thèmes comme la guerre, la marginalité, la recherche d’une identité ou encore le folklore fantastique et rural de sa région natale.

Après la libération, Comès reçoit la nationalité belge et son prénom, aux consonances allemandes, est alors francisé en Didier. Il intègre ensuite l’école francophone de Malmédy où ses maîtres d’écoles l’obligent à écrire de la main droite alors qu’il est gaucher de naissance. Comès continue à écrire de la main droite mais dessine toujours de la main gauche.

Didier Comes n’a pas de vocation précoce pour la bande dessinée. Ainsi, il quitte l’école à l’âge de 17 ans avec un diplôme de dessinateur industriel. Il intègre très vite le monde du travail dans une usine de textile à Verviers. C’est à cette même époque que Comès commence à fréquenter d’autres illustrateurs tels que René Hausman et Paul Deliège.

Une première passion : le jazz

Didier Comes ne s'épanouit pas dans son travail qui se rapproche pourtant, d’une certaine manière, d’une activité artistique. Ce n’est en réalité pas dans le dessin que Comès va trouver, dans un premier temps, sa voie mais dans le jazz. En effet, Didier Comes est un passionné de jazz, passion musicale qu’il pratique en tant que percussionniste semi-professionnel. Toute sa vie, Comès reste nostalgique des percussions mais aussi du public. Son parcours de musicien l'amène plus tard dans une courte bande dessinée à rendre hommage à l’une des icônes de la musique des années 1960, John Lennon, assassiné en 1980. La bande dessinée le Scarabée cassé, parue dans le numéro hors-série « Spécial John Lennon », est donc un très bel hommage féerique et poétique à l’une des icônes du groupe des Beatles.

La carrière d’un véritable « sorcier » de la bande dessinée

Premières expériences dans la presse jeunesse (1969-1979)

Travaux dans la presse jeunesse : les aventures d’Ergün l’errant

Ce n’est qu'en 1969 que Didier Comes, âgé de 27 ans, se lance dans la publication de bande dessinée avec une série de gags mettant en scène le personnage d'Hermann dans le supplément Jeunesse du quotidien belge Le Soir. C’est alors dans des journaux destinés à la jeunesse que Comès se fait la main comme auteur de bande dessinée même si le format très commercial de ces histoires ne lui convient pas vraiment. Ainsi, Comès dessine les aventures d’Ergün l’errant, récit de science-fiction, publié dans le journal Pilote en 1973. Cette première série de bande dessinée, Le Dieu vivant, suit parfaitement les codes de son temps. En effet, ces planches dévoilent l’aventure d’un héros exilé de la terre et qui erre dans l’espace à bord de son vaisseau spatial. Il échoue alors sur une planète dirigée par un “dieu vivant” qui exerce sa domination sur les peuples locaux, notamment le peuple des femmes-fleurs chassées pour leur sang offrant au “dieu” l’immortalité. C’est à la suite d'une série de péripéties naissant dans le but d’aider ce peuple opprimé que Ergün va découvrir la supercherie de ce faux dieu qui se révèle être une simple terrienne ayant survécu au crash de son vaisseau et ayant profité de la crédulité de ces peuples primitifs.

Afin de créer son univers, Comès emprunte de nombreux éléments aux romans de l’américain Edgar Rice Burroughs notamment les hommes papillons ou encore les remparts du temple. Cependant, Comès semble avoir plus directement été influencé par les représentants du space opéra français notamment Druillet et Mézières. Ainsi, on retrouve des similitudes dans la diégèse de l’œuvre de Comès et l’Empire des mille planètes de Christin et Mézières avec l’évocation d’un terrien se cachant derrière un casque dominant un peuple primitif. Enfin, Comès s’inspire aussi des comics d'horreur américains avec l’évocation du vampirisme ou encore du personnage de Pustule, un personnage à la frontière entre un homme et une araignée. Pour ce qui est du dessin, Comès utilise la couleur de manière métaphorique ; ainsi les teintes de rouge symbolisent-elles toute la violence mais aussi l’amour du récit, tandis que le noir en fait ressortir le côté dramatique. Il y a un véritable travail esthétique sur les personnages notamment le peuple des femmes-fleurs dont le corps se confond avec la nature ou encore les hommes papillons. Enfin, Comès joue habilement entre un style de dessin hyper-réaliste et un dessin beaucoup plus humoristique.

La suite des aventures de Ergün l’errant est racontée dans un second récit, Le Maître des ténèbres, qu’il dessine en 1974. L'éditeur d'origine ayant perdu 20 planches, il redessine les planches en 1979 pour une prépublication en 1980 dans la revue (À Suivre) et publication en album dans la collection « Les romans (À Suivre) » l'année suivante. Cette nouvelle aventure basée cette fois-ci autour de la mort, nous donne à voir une aventure initiatique à la frontière entre le monde des vivants et le monde des morts qui aboutit simplement à la soumission à une force supérieure : Lucifer. Dans cette seconde aventure de science-fiction, Comès reprend les codes du récit fantastique notamment avec l’effet de miroir entre le récit de science-fiction et le rêve du héros qui, lui, se rapproche du fantastique. De même, Comès reprend le thème du personnage qui est à la fois le héros mais aussi la victime. En effet, tout au long de ce rêve initiatique, le héros ne semble pas avoir de réel pouvoir sur son destin et se laisse guider par les êtres fantastiques qu’il rencontre. Pour ce qui est du dessin, Comès nous offre de magnifiques cases qui nous invitent à entrer dans ce monde fantastique basé pourtant autour de la mort. Comès dans son style s’inspire ici des œuvres baroques flamandes qui font partie de sa culture.

Une période de doute pour Comès à la suite de la publication de L’ombre du corbeau (1976-1977)

Cette œuvre marque un premier tournant dans la carrière de Didier Comès. En effet, L’Ombre du corbeau est un récit qui rompt avec la science fiction mais qui se place dans la continuité de ce que Comès entreprend dans Le Maître des ténèbres en nous offrant un récit onirique basé sur un univers entre les morts et les vivants. L’histoire de Comès se développe sur un grand no man’s land dans les Ardennes où les Allemands et les Français se font face durant la guerre de 1914-1918. Nous retrouvons alors un jeune soldat allemand nommé Goetz qui se retrouve projeté par un tir d’obus dans ce royaume fantastique où vivent des personnages s’inspirant de la mythologie gréco-romaine : les Parques. Ainsi, Goetz découvre, dans un cadre magique mais familier, quatre personnages représentant chacun une façon de mourir. Il y a la grand-mère qui est l’allégorie de la mort lente, Douce, une jeune femme croyant au grand amour qui, comme son nom le laisse supposer, est l’allégorie de la mort douce, Aaron, le jeune frère au visage angélique qui se révèle cruel, représentant la mort cruelle, et enfin la petite sœur, Chrystal, qui s’occupe, elle, du sort funeste des animaux. Avec ces quatre personnages, Goetz vit une aventure extraordinaire. Goetz, accueilli chez les Parques, va très vite s’attirer la colère du jeune frère cruel, jaloux de la relation que Goetz entretient avec Douce. C’est ainsi indirectement, par la création d’un avion en bois, que Goetz va voir mourir dans les flammes son alter-ego le capitaine et aviateur français Pierret.

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