Amirouche Aït Hamouda (en kabyle : Ɛmiṛuc At Ḥemmuda, ⵄⵎⵉⵔⵓⵛ ⴰⵜ ⵃⵎⵎⵓⴷⴰ; en arabe : عميروش آيت حمودة), né le 31 octobre 1926 à Tassaft Ouguemoun en Algérie et mort au combat au sud de Boussada en Algérie le 28 mars 1959, souvent connu sous le nom de guerre de Colonel Amirouche, était un colonel de l'Armée de libération nationale (ALN) et chef de la wilaya III pendant la guerre d'indépendance de l'Algérie.
Il était surnommé par l'armée française « le loup de l'Akfadou », « Amirouche le terrible » ou encore le « lion du Djebel ».[réf. souhaitée]
Il est né le 31 octobre 1926, à Tassaft Ouguemoun, une petite localité du Djurdjura. Orphelin, il est le fils d'Amirouche Aït Hamouda et de Fatima Aït Mendès Bent Ramdane. À la mort de son père, il hérite de son prénom, comme l’exige la tradition. Un an après sa naissance, sa mère veuve prend ses deux enfants, Boussad, l’aîné, et lui-même ; elle quitte le village de son époux pour rejoindre le hameau dont elle est originaire, Ighil Bwammas, à une encablure de là. La famille des oncles maternels étant elle-même très pauvre, le jeune Amirouche devra apprendre de bonne heure à se rendre utile pour survivre et, le cas échéant, à aider sa mère et son frère, pourtant plus âgé que lui de trois ans. Dans la région, une coutume veut que les garçons dont les parents sont morts ou particulièrement indigents servent chez des familles plus aisées dans lesquelles ils sont nourris en échange d’une aide confinant à la servitude. Il arrive ainsi que des personnes passent leur vie dans une forme de servage perpétuel, sans autre garantie que celle de se voir accorder leur pitance quotidienne. Ce statut est dénommé « acrik », ce qui équivaut à celui du serf de l’Europe médiévale. C’est à ce sort qu’était destiné Amirouche Aït Hamouda dès sa prime enfance. Il réussit cependant à se faire scolariser tout en s’acquittant de ses nombreuses et pénibles tâches. Ces quelques années d’école sont déterminantes dans son existence : il y apprend à lire et à écrire et développe une capacité d’écoute, ce qui lui permettra de satisfaire son esprit curieux tout au long de sa vie.
Amirouche se marie, à Oued Fodda, avec sa cousine germaine. Son oncle-beau-père, plus riche que le reste de la famille, l'aide à monter un petit commerce de bijouterie à Relizane. C'est dans cette ville de l'Oranie qu'il retravaille et vend, entre autres pièces, les colliers, les bracelets et les bagues des Aït Yenni, dont la renommée artistique s'étend bien au-delà de la Kabylie. Cet artisan bien établi a un jeune garçon, Amrane Ait Hamouda, dit Nouredine, futur député du RCD.
Amirouche s'engage en politique. Il approuve le leader nationaliste de la ville, le Dr Ahmed Francis, qui dénonce - c'est l'époque du proconsulat de Marcel-Edmond Naegelen - les élections truquées. Les options qu'il prend sont cependant plus radicales que celles du responsable de l'UDMA. Non content d'adhérer au MTLD et de quitter Relizane pour aller s'employer, à Alger, comme permanent au siège de ce mouvement, place de Chartres, il entre à l'OS Lorsque la répression s'abat sur l'Organisation Spéciale du MTLD, en 1950 - 1951, Amirouche est incarcéré. Libéré, mais interdit de séjour à Alger, il retourne, à sa sortie de prison, à Relizane, mais il va clandestinement passer les dimanches dans la capitale. Bien qu'il soit fort anticommuniste, il va souvent rendre visite à des amis du journal du PCA Alger républicain. À cette époque, selon les sources, il semble s'être rapproché de l'Association des oulémas musulmans algériens. Il avait également, d'après son compagnon de guerre, le cheikh Tahar Ali Aldjet, le projet d'ouvrir des zawaya au sein de la Wilaya III dans le but de promouvoir l'arabe et l'islam dans la population mais également aux expatriés algériens. Il accordait par ailleurs, selon son autre compagnon de guerre, Salah Mekacher, une grande importance à la langue arabe.
Étant surveillé de près par les polices d'Alger et de Relizane, il décide de se rendre en France en 1951. Il demeure à Paris, 79 rue de l'Église, et est de permanence au siège central de l'Association des oulémas musulmans algériens à Saint-Denis. En 1952, son activisme lui vaut d'être arrêté à deux reprises par la police française : le 2 janvier pour avoir distribué des tracts intitulés « crimes nationalistes en Tunisie » et le 18 mai pour avoir participé à une manifestation du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Amirouche est en effet un membre actif de la section (kasma) du MTLD dans le 3e arrondissement, l'une des premières à adhérer à la Fédération de France du FLN après le début de la révolution algérienne. Dans la foulée de la Toussaint rouge, Amirouche rentre à Alger et y apprend que son père , tout comme d'autres notables de la région, s'est vu imposé pour un million de francs - « au hasard et injustement », proteste-t-il - par un leader local trop zélé du FLN. Il entre en contact avec le FLN de la région des Ouacifs, règle à l'amiable cette affaire et rejoint le groupe armé FLN le plus proche.
Amirouche numéro 2 de la wilaya III
Amirouche arrive à la wilaya III un moment crucial, puisque le chef du maquis de la zone de Michelet, Amar Ait Chikh, vient d'être tué dans un accrochage avec une unité française. Il se trouve ensuite rapidement à la tête de huit cents hommes et devient le numéro 2 de la wilaya III (Kabylie).
Il devient, selon son biographe Saïd Sadi, la bête noire de la France, qui mobilise vainement, pour en venir à bout, près de 11 000 hommes, auxquels s’ajoutent les unités locales, 8 généraux et 27 colonels lors de l’opération Brumaire en 1958.
Il est surnommé par l'armée française « le loup de l'Akfadou », « Amirouche le terrible » ou encore le « lion du Djebel ».
L'image du colonel Amirouche est cependant loin de faire l'unanimité en Algérie. Il est notamment fortement critiqué pour les purges sanglantes qui se déroulent dans la wilaya III durant l'opération bleuite et qui affaibliront durablement celle-ci.
Il est trahi par certains de ses camarades et tombe dans une embuscade tendue par l'armée française le 28 mars 1959, en compagnie de Si El Haouès.
Krim Belkacem saisit le jeune chef d'une proposition précise, et qui est acceptée d'enthousiasme : Amirouche quittera sa « région d'origine » des Ouacifs, où il ne serait pas prudent de séjourner plus longtemps, et il deviendra le responsable FLN de toute la vallée de la Soummam, de El Kseur à Bouira. Son rôle sera d'implanter de nouveaux maquis dans cette zone, et d'établir, via Bouira, une liaison avec la wilaya II (Constantinois) dont la Wilaya III (Kabylie) est coupée.
Un mois plus tard, des groupes de choc FLN bien organisés opèrent dans la vallée de la Soummam et Amirouche a noué, par courriers spéciaux, un contact avec les chefs des wilayas voisines. La direction du FLN constate qu'elle peut avoir, pour la première fois, une vision globale de l'action de l'ALN dans toute l'Algérie.
En mai-juin 1955, les opérations de l'armée française prennent, cependant, une telle ampleur que toutes les communications des wilayas sont à nouveau interrompues, y compris celle d'Amirouche avec la wilaya II. Néanmoins, ce dernier a remporté une victoire en écrasant, après un combat, le maquis MNA de Bellounis, qui était la plus grosse épine plantée au cœur de l'organisation FLN de Kabylie.
Amirouche, qui établit son quartier général à l'est du Djurdjura, dans la région des Bibans, s'est hissé au rang de principal adjoint de Krim Belkacem. Ce dernier le charge alors d'assurer la sécurité de la tenue du Congrès de La Soummam le 20 août 1956, concentrant dans la zone de l'endroit où devait avoir lieu la rencontre plusieurs centaines d'hommes tout en mettant au point une diversion pour attirer les forces d'occupation dans une autre partie de la Kabylie.
La réputation d'Amirouche est telle que les volontaires affluent dans ses groupes armés, dans ses maquis qu'Abane appellera un jour, au cours d'une réunion de direction du FLN, les « maquis modèles ». En juin 1955, le chef kabyle se trouve à la tête de 800 soldats constitués en unités homogènes dont la plus petite est le détachement de onze hommes. Bien armés, tous ces combattants sont aussi bien habillés grâce aux collectes d'argent que les percepteurs d'Amirouche effectuent dans différentes localités de Kabylie, surtout entre le 20 et le 30 de chaque mois, lorsque les travailleurs partis pour la France « l'exil au front », selon la formule de Si Muhand U M'hand, envoient leur mandat postal au pays natal. Les malades et les blessés sont soignés dans un service de santé qui fonctionne avec la collaboration secrète des médecins d'Alger[réf. nécessaire].