Colin Luther Powell, né le 5 avril 1937 à Harlem (New York) et mort le 18 octobre 2021 à Bethesda (Maryland), est un général et homme politique américain. Il est chef d'état-major des armées entre 1989 et 1993 puis secrétaire d'État entre 2001 et 2005 dans l'administration du président George W. Bush.
D'origine afro-caribéenne, Colin Powell naît dans une famille d'immigrants jamaïcains et est élevé dans le quartier de Harlem à New York. Il est le fils de Luther Theophilus Powell (1898-1978), un magasinier expéditionnaire, et de Maud Ariel McKoy (1901-1984), une couturière. Ses ancêtres sont Africains, Écossais et Irlandais. Il a grandi dans le quartier du South Bronx à New York.
Après ses études secondaires à la Morris High School (Bronx) (en), Colin Powell est accepté au City College de New York où il entreprend des études de géologie, il obtient son Bachelor of Arts en 1958. Alors que Colin Powell n'avait guère de projet, il découvre lors de sessions à la Reserve Officers' Training Corps (ROTC) ses capacités de commandement. Il suit l'ensemble du programme en tant qu'élève-officier-cadet et sort avec le grade de « cadet colonel », qui est la plus haute distinction pour un élève-officier. En 1958, il entre dans l'armée de terre avec le grade de Second Lieutenant (équivalent au grade de sous-lieutenant dans l'armée française) et sert dans l'infanterie.
Pour sa première affectation, Colin Powell est envoyé en Allemagne de l'Ouest. En 1962, il sert au Fort Devens (en), dans le Massachusetts, il y rencontre Alma Vivian Johnson (née à Birmingham dans l'Alabama) et il se marie en 1962. Il est parmi les premiers conseillers militaires américains envoyés en 1964 par le président John Fitzgerald Kennedy au Vietnam. Conseiller, en tant que capitaine, placé auprès d'une unité de l'armée sud-vietnamienne, il tente de couper la guérilla du Front national de libération du Sud Vietnam de ses bases sociales en incendiant des villages dans la vallée d'A Shau. Cette stratégie sera critiquée comme cruelle et contre-productive par d'autres conseillers américains mais il justifiera ses actions dans ses mémoires publiés en 1995. Pendant qu'il patrouillait le long de la frontière séparant le Vietnam du Laos, il est blessé en chutant dans un piège du type pieu Punji ; une infection au pied se déclare écourtant ainsi sa présence au Vietnam. À la fin de sa première mission au Vietnam, il est décoré de la Purple Heart et de la Bronze Star. En 1968, il est à nouveau envoyé au Vietnam comme commandant au sein de la 23e division d'infanterie. Lors de cette seconde période au Vietnam (1968-1969), il est victime d'un accident d'hélicoptère et s'illustre par ses actes de bravoure pour sauver ses soldats ; pour cela, il sera décoré de la Soldier's Medal. Il est également chargé d'enquêter sur le massacre de Mỹ Lai et il dissimulera cet « incident » (comme le montrent les journalistes Solomon et Parry). Après deux périodes au Vietnam, il profite d'une bourse de l'armée pour suivre des cours à la George Washington University, où il obtient un MBA en 1971. En 1972, Colin Powell est nommé commandant du 1er bataillon du 32e régiment d'infanterie de la 2e division d'infanterie, stationnant sur la zone démilitarisée de la Corée du Sud. Il est nommé officier de liaison de l'U.S. Army auprès du département de la Défense, en poste à Washington. De 1975 à 1976, il suit des cours au National War College, à Washington DC, équivalent de l'École supérieure de guerre de Paris, il découvre durant cette période Clausewitz et son œuvre De la Guerre. En 1976, il est promu colonel et prend le commandement de la 2e Brigade de la 101e division aéroportée cantonnée à Fort Campbell (en) dans le Kentucky.
En 1986, alors qu'il était assistant militaire du secrétaire d'État à la Défense Caspar Weinberger, il contribue à coordonner le bombardement de la Libye par les États-Unis.
Colin Powell est le premier Afro-Américain à occuper le poste de chef d'état-major des armées, d'octobre 1989 à septembre 1993, qui plus est, sans être passé, ni par West Point, ni par l'Académie navale d'Annapolis ni par l'U.S. Air force Academy de Colorado Springs. En tant que chef d'état-major des armées, il conduit les troupes américaines et alliées à la victoire face à Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe (1990-1991).
Une doctrine militaire porte son nom, la doctrine Powell, dans laquelle il définit les règles pour un engagement des États-Unis dans un conflit militaire. Fondée sur le réalisme et ses expériences en tant qu'ancien combattant de la guerre du Vietnam, la doctrine Powell mettait l'accent sur la sécurité nationale plutôt que sur les droits de l'Homme (tels que représentés par l'internationalisme libéral) et posait une série de questions concernant la sécurité nationale, l'asymétrie de pouvoir et le soutien du public, auxquelles il fallait répondre positivement pour que la force militaire soit considérée comme acceptable.
Conseiller à la sécurité nationale
De 1987 à 1989, Colin Powell est le conseiller à la sécurité nationale du président Ronald Reagan et à ce titre préside le Conseil de sécurité nationale en remplacement de Frank Carlucci. Il est le premier Afro-américain et le plus jeune officier à occuper de telles fonctions. De sensibilité plutôt démocrate[réf. nécessaire], le général Powell reste fidèle au parti de Reagan (républicain), entraînant avec lui bon nombre de Noirs américains, séduits par le culte de l'effort personnel (« self-help ») et de la réussite individuelle, spécifiques des années Reagan. Grand admirateur aussi de Martin Luther King, il dit un jour que « le temps des droits civiques appartient désormais à l'histoire ancienne des États-Unis. »
Après avoir occupé les fonctions du conseiller à la sécurité nationale, Powell a été nommé par le président George H. W. Bush au rôle de chef d'état-major des armées, officier avec le grade le plus élevé dans les forces militaires des États-Unis. Dans ce rôle, il supervise l'invasion du Panama en 1989 et la guerre du Golfe contre l'Irak en 1991.
Le rôle de Powell se poursuivit sous la présidence de Bill Clinton. Contrairement aux administrations Reagan ou Bush, cependant, Powell se trouva souvent en désaccord avec l'équipe diplomatique de Clinton. Durant la campagne présidentielle de 1992, Clinton avait promis de lever l'interdiction des homosexuels dans l'armée, sous la pression des militants homosexuels et à la suite du meurtre d'un sous-officier de la Marine, Allen R. Schindler Jr., qui était homosexuel. Une telle mesure fut impopulaire dans les milieux militaires. Le sénateur Sam Nunn, membre du Parti démocrate, président de la commission des forces armées, réclama le maintien de l'interdiction, et le porte-parole de la Marine, le commandant Craig Quigley, déclara : « Les homosexuels sont notoirement enclins à la promiscuité »; un problème fréquent était la crainte que l'homosexualité ne nuise au moral. Powell s'opposait aux personnes ouvertement homosexuelles ou bisexuelles dans l'armée, mais il était essentiel dans la politique de compromis Don't Ask, Don't Tell « Ne demandez pas, n'en parlez pas », qui permettait aux militaires homosexuels et bisexuels de continuer à servir et interdisait les enquêtes sans preuve d'un tel comportement, tant que ces orientations sexuelles n'étaient pas divulguées ou mises en pratique. En 2010, Powell a soutenu l'abrogation de la politique et l'autorisation pour les militaires ouvertement homosexuels et bisexuels, en disant que « les attitudes et les circonstances ont changé ».
Pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine, Powell était de nouveau en désaccord avec l'équipe Clinton. Composée majoritairement d'internationalistes libéraux, l'intervention était largement prônée. Powell, cependant, estimait qu'une intervention ne pourrait avoir lieu tant qu'un « objectif politique clair » n'aurait pas été défini. Dans ses mémoires, Powell raconta plus tard que Madeleine Albright, ambassadrice auprès de l'ONU, lui avait demandé : « À quoi bon avoir cette armée exceptionnelle dont vous parlez sans cesse si nous ne pouvons pas l'utiliser ? » Ce qui offensa Powell, qui déclara plus tard qu'il pensait qu'Albright considérait le personnel militaire comme « des petits soldats à déplacer sur un échiquier mondial ».