Ce Jour-là

Codex Borbonicus

Manuscrit mésoaméricain

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Le codex Borbonicus est un manuscrit mésoaméricain peint sur du papier d'amate et plié en accordéon. Ce document pictographique de tradition nahua servait de rituel divinatoire, mais aussi de diurnal pour la célébration des fêtes religieuses. Si sa date d'exécution exacte demeure inconnue, elle est néanmoins estimée aux alentours de la conquête espagnole du Mexique, c'est-à-dire entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle. De la sorte, il n'est pas possible d'affirmer avec certitude s'il s'agit d'un authentique codex préhispanique ou, à contrario, d'un ouvrage colonial.

Le codex Borbonicus tient son nom du Palais Bourbon où il est conservé dans les collections de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale sous la cote Y120. Parmi les quelques codex d’origine aztèque retrouvés, ce manuscrit est l’un des héritages les plus précieux qui aient pu être préservés.

S'il existe un consensus pour affirmer que le codex Borbonicus a été élaboré dans le bassin de Mexico, il n'en va pas de même quant à la date de sa réalisation. Car certains mésoaméricanistes le considèrent comme un document peint avant la conquête du Mexique (Hamy 1899 ; Caso 1967), tandis que d’autres estiment que son style pictographique porte les traces d'une influence espagnole (Robertson 1959). Il pourrait alors s'agir d'une "commande" des autorités de la Nouvelle-Espagne cherchant à se documenter sur une population qu’elles devaient administrer et évangéliser.

Plus récemment, Batalla Rosado soutient pour sa part que le style des scribes ayant réalisé le codex Borbonicus s'inscrit pleinement dans la tradition précolombienne et ne révèle aucun type d'influence européenne. Selon lui, ce manuscrit a été confectionné par des indigènes et destiné à des « lecteurs » indigènes. Quoi qu'il en soit, la question n’a toujours pas été tranchée et l’étroitesse de la fenêtre chronologique de réalisation entre 1507, année de la célébration d’une cérémonie du "Feu nouveau" représentée dans le manuscrit, et, peut-être, la décennie ayant suivi la Conquête, soit les années 1521 à 1530 – rend le recours aux méthodes de datation usuelles, comme le carbone 14, totalement inutile.

Sans que l'on ait pu déterminer comment le codex Borbonicus était parvenu en Europe, la première mention de son existence date de 1778 : il se trouve alors à la Bibliothèque du monastère de l’Escurial en Espagne. Par la suite il aurait été dérobé soit lors de la guerre d'indépendance espagnole (1808-1814), soit au moment de l'expédition d'Espagne (1823), pour réapparaître en 1826 dans une vente publique en France. C'est alors que Pierre-Paul Druon, bibliothécaire de la bibliothèque de l'Assemblée nationale qui mène une politique d'achats de documents rares, l'acquiert pour la somme de 1 300 francs-or. Conservé depuis lors dans cette même bibliothèque, le codex Borbonicus a été officiellement désigné comme trésor national en 1960, et ainsi interdit de sortie du territoire français.

Des fac-similés du codex ont été publiés en 1899 et en 1974, et plus récemment en 2021. Le premier est une lithographie en couleur d’une copie réalisée manuellement (Hamy 1899) tandis que le second est une reproduction d’origine photographique (Durand-Forest 1974) réalisée par Akademische Druck und Verlagsanstalt, à Graz en Autriche. Le document original n’est pas accessible au public, mais une reproduction peut être vue au Musée national d'anthropologie de Mexico ou encore à la bibliothèque Claude-Lévi-Strauss à Paris.

Les premières études complètes du codex Borbonicus furent d’une part, celle réalisée en 1898 par Francisco del Paso y Troncoso sans édition en fac-similé et, d’autre part, celle publiée par Ernest Hamy en 1899 qui accompagnait la reproduction en chromophotographie, éditée par Ernest Leroux et financée par le duc de Loubat. Avant cela, en 1859, Joseph-Marius-Alexis Aubin avait présenté une brève description des parties essentielles du codex et en 1855 José Fernando Ramírez avait écrit sur le document un mémoire toujours inédit.

En décembre 2024, des représentants des Ñähñu, peuple autochtone du Mexique, demandent un retour du codex dans leur pays, plaidant que ce manuscrit pluri-centenaire décrit des traditions qu’ils perpétuent encore.

Cette demande de restitution est appuyée par les députés LFI Arnaud Le Gall et Sophia Chikirou. Cette dernière, ancienne présidente du groupe d’amitié France-Mexique de l’Assemblée nationale, estime qu'« il s’agit d’une question de mémoire et de justice, qui doit être dissociée des relations diplomatiques. Nos deux pays ont beaucoup en commun et tout ce qui blesse la relation doit être soigné ».

L'analyse codicologique du codex Borbonicus, effectuée dans les années 70 par Jacqueline de Durand-Forest, révèle de manière convaincante que le support de la couche picturale est composé de plusieurs pièces d'un papier fabriqué à base de fibres d'écorce de ficus battues (liber), que les Mexicains appellent papel amate. Ces pièces d'environ 40 centimètres de côté sont collées entre elles pour former une bande longue d'un peu plus de 14 mètres. L'ensemble est plié en accordéon et se structure ainsi en 36 planches peintes uniquement sur le recto. Dans son état original, le codex était protégé par deux couvertures qui ont été arrachées (probablement par le vendeur) pour éviter toute traçabilité puisqu'elles contenaient le sceau de la bibliothèque de l’Escorial, emportant avec elles les deux premiers et les deux derniers feuillets. La comparaison avec d'autres manuscrits renforce cette hypothèse et laisse ainsi penser qu'il comptait initialement 40 pages.

Bien qu'invisible à l’œil nu, la présence d'un substrat préparatoire, sur les deux côtés du document, a été révélée par des analyses physico-chimiques récentes (2017). Cette étape d’application a eu lieu après l’encollage de l'ensemble des feuillets, mais avant le pliage des pages. Les figures polychromes du codex ont donc été tracées sur une couche d'enduit blanc à base de gypse. Néanmoins, comme l'atteste une pratique observée sur d'autres manuscrits précolombiens, il semble que ce produit a peut-être été bruni avant de recevoir les couleurs. Par ailleurs, un badigeon fait à base de gypse (peut-être le même que celui appliqué directement sur le substrat) a été utilisé pour couvrir certaines erreurs ou masquer des repentirs.

La totalité des matières picturales utilisées dans le manuscrit ont été identifiées comme des préparations d’extraits colorants organiques animaux ou végétaux (noir de carbone, rouge cochenille, indigo et bleu Maya).Toutes ces sources de colorants sont mentionnées dans la littérature historique comme étant des préparations traditionnelles précolombiennes. Malgré le temps et les conditions de conservation qui n'ont pas toujours été optimales, la gamme chromatique du codex Borbonicus se caractérise par sa luminosité.

Des analyses non destructives effectuées entre 2013 et 2017 attestent de la réalisation de deux parties distinctes par des scribes - voire des ateliers, et/ou à des époques - différentes (au contraire du support). Car au changement stylistique des planches 23 à 36 se superpose une rupture technique avec l'emploi d'une palette de couleurs plus large dans cette deuxième partie, incluant plusieurs tons de bleu et de vert, ainsi que du mauve. Dans la première partie quant à elle composée des pages 3 à 22, on note en particulier l'utilisation d'un ton gris foncé tirant sur le marron, de même qu'un vert qui connaît peu de variations tonales au fil des autres pages. Au demeurant, l'usure de ces 20 premières planches est plus grande, ce qui suggère qu'elles ont été consultées plus fréquemment.

Finalement, l'analyse des encres utilisées pour tracer les gloses en espagnol, qui commentent le contenu du codex et sont éventuellement contemporaines de sa création, révèle elle aussi une différence de composition élémentaire entre les deux parties du document. Celle-ci s'ajoute donc à la différence visuelle déjà décrite par del Paso y Troncoso pour qui plusieurs commentateurs du XVIe siècle ont participé à la rédaction de ces gloses.

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