Cnut le Grand (parfois écrit Knut, Knud ou Canut) est un monarque de la maison de Jelling mort le 12 novembre 1035. Il est roi d'Angleterre à partir de 1016, roi de Danemark à partir de 1018 environ et roi de Norvège à partir de 1028.
Fils cadet du roi Sven à la Barbe fourchue, Cnut participe à l'invasion du royaume d'Angleterre d'Æthelred le Malavisé en 1013. Après la mort de son père en 1014, il mène une nouvelle campagne dans le royaume en 1015. Sa victoire sur Edmond Côte-de-Fer à la bataille d'Assandun et la mort prématurée de son adversaire lui permettent d'être reconnu roi du pays. Il y assoit rapidement son autorité, notamment en épousant Emma de Normandie, la veuve d’Æthelred, puis se rend au Danemark en 1019 pour recueillir la succession de son frère Harald. Son règne sur l'Angleterre se caractérise par une volonté de s'adapter au contexte local : il conserve les organes administratifs mis en place par ses prédécesseurs et promulgue deux codes de loi inspirés par l'archevêque Wulfstan d'York qui s'inscrivent dans la tradition législative anglaise.
Après s'être rendu en pèlerinage à Rome en 1027 et y avoir assisté au sacre de l'empereur Conrad II le Salique, Cnut envahit la Norvège en 1028 et en chasse le roi Olaf Haraldsson. Il confie le gouvernement de ce pays à sa première femme Ælfgifu et à leur fils Sven, mais leur impopularité aboutit vers 1034 à leur expulsion au profit de Magnus, le fils d'Olaf.
Cnut est encore relativement jeune lorsqu'il meurt, à la fin de l'année 1035. Son héritage est disputé entre ses fils Harold Pied-de-Lièvre et Harthacnut, qui meurent eux aussi à un jeune âge. Sa lignée mâle s'éteint en 1042, et avec elle disparaît l'union personnelle entre l'Angleterre et le Danemark. Il est aujourd'hui principalement connu à travers l'anecdote apocryphe selon laquelle il aurait tenté en vain d'imposer son autorité à la marée.
En vieux norrois, knútr signifie littéralement « nœud » et constitue à l'origine un surnom donné aux hommes petits et trapus. Ce prénom est devenu Knut dans les langues scandinaves modernes. Il est également orthographié Knud, Cnut, Canut ou Canute en anglais et en français.
Cnut est, avec Alfred, l'un des deux seuls monarques anglais à avoir reçu l'épithète « le Grand » (inn ríki en vieux norrois, den store en danois, the Great en anglais).
La Chronique anglo-saxonne est la principale source littéraire pour l'histoire de l'Angleterre anglo-saxonne. Elle offre notamment un récit détaillé de la conquête de l'Angleterre par Cnut en 1016. Ces événements, ainsi que la querelle de succession à la mort de Cnut, sont également relatés en détail dans l'Encomium Emmae reginae, un panégyrique composé pour la reine Emma de Normandie quelques années après la mort du roi. Les chroniqueurs anglais postérieurs à la conquête normande de l'Angleterre tels que Guillaume de Malmesbury, Jean de Worcester, Siméon de Durham et Henri de Huntingdon font également le récit du règne de Cnut en s'appuyant parfois sur des sources perdues depuis.
En tant que roi de Danemark, Cnut intéresse également les chroniqueurs allemands. La principale source littéraire le concernant est la Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum d'Adam de Brême, rédigée quelques décennies après sa mort. Il est également possible de glaner quelques informations sur l'histoire danoise primitive dans les écrits de Thietmar de Mersebourg, dont la chronique s'arrête à sa mort, en 1018.
Plusieurs scaldes scandinaves contemporains de Cnut ont composé pour lui des poèmes de louange qui portent souvent le titre de Knútsdrápa : c'est le cas d'Óttarr svarti, Sigvatr Þórðarson, Þórarinn loftunga et Hallvarðr háreksblesi. Il subsiste des fragments de leurs drápur sous la forme de citations dans des sagas plus tardives, comme la Knýtlinga saga, rédigée en Islande vers 1250. Les chartes et décrets émis en Angleterre constituent une autre source contemporaine qui offre un éclairage rare sur les affaires du pays, mais il n'en subsiste qu'une quarantaine pour la période 1016-1035, dont un certain nombre de forgeries. C'est le nombre le plus faible pour un roi de la période anglo-saxonne, à l'exception d'Édouard le Martyr, qui n'a régné que trois ans.
Au-delà des sources littéraires, les inscriptions des pierres runiques offrent également quelques informations sur la Scandinavie à l'époque de Cnut, mais leur brièveté les rend difficiles à exploiter. L'archéologie et la numismatique jouent un rôle important dans l'étude du développement urbain au Danemark sous le règne de Cnut et de son père. Les fouilles menées à Viborg, Roskilde et Lund montrent que ces trois villes ont été fondées dans les dernières décennies du Xe siècle.
Cnut est issu de la maison de Jelling, une dynastie qui règne sur le Danemark depuis le début du Xe siècle. Son grand-père Harald à la Dent bleue est le premier roi chrétien du Danemark : il se convertit au christianisme vers 965 et règne jusqu'à la révolte de son fils Sven à la Barbe fourchue, le père de Cnut, vers 986 ou 987. Les chroniqueurs allemands Thietmar de Mersebourg et Adam de Brême rapportent que la mère de Cnut, dont ils ne précisent pas le nom, est une sœur du roi polonais Boleslas Ier qui s'est mariée avec Sven après la mort de son premier mari, le roi suédois Éric le Victorieux. Cette princesse polonaise reçoit par la suite le nom de Sigríðr stórráða (« la Fière » ou « la Hautaine ») dans les sagas. Outre Cnut, Sven a un autre fils avec cette femme, Harald, qui est l'aîné des deux, ainsi que plusieurs filles dont au moins une, Gytha, est le fruit d'une union antérieure.
La date de naissance de Cnut est inconnue. La Knútsdrápa d'Óttarr svarti souligne son jeune âge lorsqu'il part pour la première fois à la guerre. S'il s'agit d'une allusion aux campagnes de 1013-1014, il pourrait être né vers l'an mil ou peu avant, mais le poème pourrait aussi faire référence aux raids menés en Angleterre par Sven entre 1003 et 1005. La présence de Cnut n'y est pas attestée, mais s'il y a participé, il serait alors né vers le début des années 990. La Knýtlinga saga affirme qu'il a trente-sept ans à sa mort, en 1035, ce qui situerait sa naissance vers 998, mais ce même texte lui attribue à tort un règne de vingt-quatre ans en Angleterre.
Première invasion de l'Angleterre (1013-1014)
Cnut apparaît dans les sources en 1013. Cette année-là, son père Sven rassemble une flotte pour envahir le royaume d'Angleterre. Il laisse son fils aîné Harald au Danemark pour assurer la régence, tandis que son cadet Cnut l'accompagne. Cette campagne est d'une autre nature que les raids vikings que subit l'Angleterre depuis plusieurs décennies : l'objectif de Sven n'est pas le pillage, mais la conquête, comme l'illustre l'alliance qu'il conclut avec le duc de Normandie Richard II de Normandie, beau-frère du roi anglais Æthelred le Malavisé. Les Danois accostent au mois d'août à Sandwich, dans le Kent, longent la côte orientale de l'Angleterre vers le nord jusqu'à l'estuaire du Humber, puis remontent la Trent jusqu'à Gainsborough, dans le Lincolnshire, qui devient la base d'opérations de Sven. Les principaux seigneurs du Nord de l'Angleterre viennent lui rendre hommage. Avec des renforts anglais, il marche vers le sud et Oxford, puis Winchester se soumettent sans combattre. Seule Londres lui résiste sous les ordres d'Æthelred et de Thorkell le Grand, ancien viking passé au service du roi anglais. Sven prend alors la direction de l'ouest et se rend à Wallingford, puis à Bath, où les barons locaux se soumettent à lui, avant de revenir devant Londres. Æthelred s'enfuit sur l'île de Wight avant de prendre le chemin de l'exil en Normandie.
C'est vraisemblablement pendant la campagne de 1013 que Cnut épouse Ælfgifu de Northampton. Fille de l'ealdorman Ælfhelm, elle est issue d'une famille aristocratique des Midlands qui possède un certain poids politique dans le Nord de l'Angleterre jusqu'en 1006, année où le père et les frères d'Ælfgifu sont exécutés avec l'assentiment du roi Æthelred. Le mariage d'Ælfgifu avec Cnut est donc éminemment politique et permet à Sven de s'assurer de solides soutiens en Mercie et en Northumbrie.