La société des Amis de la Constitution, plus connue ensuite sous le nom de Club des jacobins, est le plus célèbre des clubs révolutionnaires de la Révolution française. « C’est ici que s’est préparée la Révolution, dit Georges Couthon en 1793, c’est ici qu’elle s’est faite, c’est ici que se sont préparés tous les grands événements ».
Appelé d'abord Club breton, le club tient son nom du couvent des jacobins de la rue Saint-Honoré (collège des Jacobins) où il s’est installé en 1789, dans une salle louée par le couvent de l'Annonciation, fondé entre 1611 et 1613 par Sébastien Michaëlis comme extension du couvent des jacobins de la rue Saint-Jacques (Jacobus en latin).
Le Club des jacobins est une société de pensée qui a constitué, pendant la Révolution française, à la fois un groupe de pression et un réseau d’une remarquable efficacité. L’action du club, essentielle dès le début de 1790, devient dominante entre 1792 et 1794. À la fin de 1793, environ 6 000 sociétés de même type sont en correspondance avec lui dans toute la France. La chute de Robespierre marque la fin du grand rôle politique exercé par le club et entraîne sa dissolution en novembre 1794.
Depuis cette époque, le nom et l’adjectif s’appliquent à un homme, une femme ou un courant politique partisan d'un pouvoir centralisé de l’État et hostile à toute idée de son affaiblissement ou de son démembrement.
L’histoire du Club des jacobins peut être divisée en trois périodes, que Michelet caractérise à travers les hommes : « Il y a eu le jacobinisme primitif, parlementaire et nobiliaire, de Duport, Barnave et Lameth, celui qui tua Mirabeau. Il y a eu le jacobinisme des journalistes républicains, orléanistes, Brissot, Laclos, etc., où Robespierre domina. Enfin… le jacobinisme de 1793, celui de Couthon, Saint-Just, Dumas, etc., lequel doit user Robespierre, s’user avec lui ».
Le 30 avril 1789, les députés bretons aux états généraux — notamment Le Chapelier, Lanjuinais et Glezen, avocats au barreau de Rennes — fondent, à Versailles le Club breton, bientôt ouvert à d’autres députés patriotes. Après les journées des 5 et 6 octobre et le transfert de l'Assemblée constituante à Paris, à la suite du roi, ce club se reconstitue sous le nom de « Société des amis de la Constitution » et s’installe au couvent des Jacobins, nom qui va faire sa célébrité.
L’objet du club est à l’origine de préparer les séances à l’Assemblée, en discutant d’avance les textes qui doivent y être débattus et de travailler à l’établissement et à l’affermissement de la Constitution. Le succès est rapide : 200 adhérents à sa création, déjà plus d’un millier en décembre 1789. Le recrutement désormais n’est plus réservé aux seuls députés, mais une cotisation (24 livres) et la nécessité d’être présenté par cinq parrains confèrent à la société un caractère fermé. On y trouve toutes les têtes du parti patriote, de Mirabeau à Robespierre, de La Fayette à Pétion, en passant par le triumvirat Duport, Barnave et Lameth.
Très vite, le club s’entoure en province de sociétés filiales à qui il donne une investiture. Près de 150 filiales fin 1790, assez nombreuses déjà pour constituer un réseau national doté, dès octobre 1790, d’un Journal des Sociétés des amis de la constitution, fondé par Choderlos de Laclos. Un comité de correspondance, le plus important du club, contrôlé par Barnave et ses amis veille aux relations entre la société mère et les filiales.
L’analyse sociale du recrutement, à Paris comme en province, fait apparaître la même prédominance de l’élite du tiers état : négociants, magistrats, officiers, médecins, rentiers.
À Paris, c’est Mirabeau qui, par son éloquence, exerce, au moins jusqu’en décembre 1790, la plus grande influence au Club des jacobins. Le 2 mars 1791, Lameth détruit son influence en l’accusant de collusion avec les « aristocrates ». Dès lors, c’est le triumvirat qui domine aux jacobins.
En raison de son refus de prêter le serment civique, Bergasse se trouva en butte avec le Club des jacobins et n’eut pas l’occasion de démontrer à l’Assemblée à quel point les assignats allaient conduire, d’un point de vue monétaire, à la ruine du pays à travers la spéculation, l’agiotage, l’affaiblissement du commerce extérieur et intérieur, la fuite des capitaux et numéraires (métaux précieux) par opérations d’arbitrage entre billets de caisse d’escompte d’une part, métaux précieux d’autre part et finalement lettres de change entre Paris et Londres. Bergasse prédit l’affaissement très important de la devise. Les assignats furent donc adoptés avec l’appui de Mirabeau et l’hyperinflation ainsi que des troubles politiques très importants s’ensuivirent.
Mais la fuite du roi en juin 1791 et son retour changent la donne. Les décrets qui déclarent l’inviolabilité du roi et le rétablissent dans ses fonctions provoquent une scission. Le 16 juillet 1791, la veille de la fusillade du Champ-de-Mars, désertant les jacobins, Barnave entraîne la majorité modérée (dont la quasi-totalité des députés) et va s’installer au couvent des Feuillants. Aux jacobins, seuls restent une dizaine de députés : Robespierre, Pétion, Roederer, Buzot, Grégoire et quelques autres. Mais la scission provoquée par Barnave va se révéler un échec politique, aussi bien à Paris qu’en province (à l’automne 1791, on dénombre 442 sociétés jacobines contre 60 feuillantes et 110 hésitantes). En juin et en septembre 1791, la société a procédé à un certain nombre d'exclusions liées à l'introduction de la question coloniale dans la vie politique française. Les 10 et 12 juin sur demande de Danton, plusieurs députés des colonies sont suspendus (Gouy d'Arcy, Moreau de Saint-Mery, Jean-Baptiste Gérard, Joseph Curt) pour avoir violé le serment du jeu de paume en boycottant l'Assemblée nationale depuis son vote du 15 mai 1791 qui accordait l'égalité politique à une partie des hommes de couleur libres. Après la fuite de Varennes, ils adhéreront au club des Feuillants.
Le 25 septembre ce fut au tour de Barnave, Alexandre et Charles de Lameth, Goupil de Prefeln et Adrien Duport, dont les noms étaient encore inscrits dans les procès-verbaux de la société. Ici ce fut la radiation pure et simple, car la veille ils avaient fait révoquer ce même décret que l'abbé Grégoire avait appelé dans un discours au club même à maintenir le 16 septembre. Le 26 septembre dans une adresse aux nouveaux législateurs, lue au Club des jacobins l'abbé Grégoire appelle ces députés à voter le rétablissement des hommes de couleur libres dans leurs droits.
Malgré cette victoire, les jacobins n’obtiennent qu’un succès relatif aux élections de septembre 1791 à la législative : leurs candidats sont battus à Paris, même s’ils connaissent en province un sort meilleur. Dans la nouvelle Assemblée, 136 députés s’inscrivent aux jacobins, 260 aux Feuillants. Les autres, plus de 300, refusent de choisir entre les factions. Mais en novembre 1791 c'est un jacobin, le plus proche ami de Robespierre, Jérôme Pétion, qui est élu maire de Paris à la place de Bailly et contre le feuillant Lafayette. Mais le club a changé de rôle. Grégoire et Roederer reformulent les principes d’organisation et la doctrine. De club de discussion, il est devenu une machine politique au service d’une deuxième révolution.
La nouveauté majeure est sans doute la modification du rapport entre le club et l’Assemblée nationale. Désormais, le club n’est plus essentiellement destiné à préparer les débats à l’Assemblée. Il prend une autonomie réelle. C’est une autre Assemblée. Les grands débats politiques ont lieu maintenant aussi bien au Club des jacobins qu’à l’Assemblée législative, cette dernière se trouvant sans cesse contestée par ces gardiens de l’esprit révolutionnaire que deviennent les jacobins. L’Assemblée législative est composée d’hommes nouveaux, un décret, voté sur proposition de Robespierre, ayant interdit aux Constituants de siéger dans la nouvelle assemblée.
Brissot énumère dans un discours, le 28 septembre, les tâches qui incombent au club : discuter les lois à faire et créer les conditions d’une discipline parlementaire, mais aussi « soumettre la conduite des fonctionnaires publics à la censure rigoureuse du tribunal de l’opinion publique », et surtout « dénoncer les mauvaises lois et rechercher les moyens d’obtenir leur révocation ».