Ce Jour-là

Clown

Personnage comique de l'univers du cirque

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Un clown (parfois appelé pitre ou paillasse) est un personnage comique de l'univers du cirque. Visages disparaissant sous le maquillage, vêtus de façon spectaculaire, les clowns se partagent traditionnellement en « Augustes » et en « Clowns blancs ». Cependant, d'autres formes de clown, décrits dans les chapitres « La comédie clownesque » et suivants, existent en dehors du cirque depuis le XVIe siècle.

Le substantif masculin clown (API /klun/) est un emprunt à l'anglais clown, un substantif attesté depuis la seconde moitié du XVIe siècle, d'abord sous les graphies cloyne et cloine (en 1563), puis sous les graphies clowne (en 1567) et cloune (en 1570), d'où clown, au sens de « homme rustre, paysan », d'où « bouffon, fou » et plus spécifiquement, à partir du XVIIIe siècle, « pantomime, personnage des arlequinades et du cirque ». Le mot vient du germanique klönne signifiant « homme rustique, balourd », depuis un mot désignant, à l'origine, une « motte de terre ». En anglais, on trouve aussi clod et clot, signifiant aussi bien « motte » que « balourd, plouc ». Ainsi, le mot anglais clown a d'abord désigné un paysan puis un rustre et au XVIe siècle il est passé dans le vocabulaire du théâtre pour désigner un « bouffon campagnard ».

Cependant l'étymologie de l'anglais clown reste discutée. À la suite de Ben Jonson, certains auteurs ont considéré l'anglais clown comme dérivé du latin colonus. Le mot clown aurait donc une origine latine « colonus », le colon qui se prononce « couloun » en occitan. Il s'agissait des colons romains, légionnaires « retraités » à qui l'on attribuait des terres dans les provinces dont la Narbonnaise qui correspondait géographiquement en grande partie à la Provence et au Languedoc. Ces « coulouns » dépenaillés, un peu étranges aux yeux des gens du cru étaient volontiers raillés par la population locale. Par extension le mot a désigné des paysans un peu attardés, rustres et est passé à la langue anglaise après la longue période de présence anglaise dans le sud-ouest occitan.

En français, clown est attesté dès le début du XIXe siècle. Il apparaît pour la première fois en 1816, sous la graphie claune, citée comme « prononciation exacte du mot anglais », dans la première édition des Animaux savants. La graphie clown est attestée dès 1823 dans le Diorama de Londres d'Eusèbe de Salle.

En italien, clown se dit pagliaccio, substantif masculin, et en espagnol, payaso. Il est dérivé, avec le suffixe -accio (« -asse »), de paglia (« paille »). Attesté au XVIIIe siècle, pagliaccio a d'abord désigné un bateleur de foire qui était chargé d'attirer le public en contrefaisant les tours de force ou d'adresse de ses camarades. Dans cette fonction, au sein des troupes de parades, le personnage de Paillasse a pris naissance sur la scène française vers la fin du XVIIe siècle.

Même s'il tire sa filiation de personnages grotesques anciens, notamment ceux de la Commedia dell'arte, le clown proprement dit est une création relativement récente. Il apparaît pour la première fois en Angleterre au XVIIIe siècle, dans les cirques équestres. Les directeurs de ces établissements, afin d'étoffer leurs programmes, engagèrent des garçons de ferme qui ne savaient pas monter à cheval pour entrecouper les performances des véritables cavaliers. Installés dans un rôle de serviteur benêt, ils faisaient rire autant par leurs costumes de paysans, aux côtés des habits de lumière des autres artistes, que par les postures comiques qu'ils adoptaient, parfois à leurs dépens.

Les clowns suivaient le mouvement des numéros présentés, en les caricaturant pour faire rire (le clown sauteur, le clown acrobate…). Ce personnage évolua pour devenir de moins en moins comique : distingué, adoptant des vêtements aux tissus nobles et de plus en plus lourds avec l'emploi des paillettes, il fit équipe avec l'auguste. Ce dernier devint le personnage comique par excellence, le clown servant de faire-valoir. C'est la configuration que l'on connaît aujourd'hui. L'auguste prit peu à peu son autonomie, quand certains trouvèrent le moyen de faire rire la salle sans avoir besoin du clown pailleté. L'auguste s'imposa alors en tant qu'artiste solitaire, proposant parfois à un spectateur de lui servir de partenaire.

Le clown peut porter un pseudonyme inspiré du langage enfantin (en langue française, l'utilisation du redoublement de syllabe ou de sons est ainsi courant), comme Jojo, Kiki, etc.

Le clown blanc, maître de la piste, apparemment digne et sérieux, est le plus ancien type de clown. L'auguste au nez rouge, personnage loufoque et grotesque, a fait son apparition vers 1870. Avec les trios de clowns, créés au début du XXe siècle, est apparu le contre-pitre, le clown qui ne comprend jamais rien.

Le clown blanc, vêtu d'un costume blanc, est, en apparence, digne et autoritaire. Il porte le masque lunaire du Pierrot : un maquillage blanc, et un sourcil (plus rarement deux) tracé sur son front, appelé signature, qui révèle le caractère du clown. Le rouge est utilisé pour les lèvres, les narines et les oreilles. Une mouche, référence certaine aux marquises, est posée sur le menton ou la joue. Le clown blanc est beau, élégant. Aérien, pétillant, malicieux, parfois autoritaire, il fait valoir l'auguste, le met en valeur.

L'auguste porte un nez rouge, un maquillage utilisant le noir, le rouge et le blanc, une perruque, des vêtements burlesques de couleur éclatante, des chaussures immenses ; il est totalement impertinent, se lance dans toutes les bouffonneries. Il déstabilise le clown blanc dont il fait sans cesse échouer les entreprises, même s'il est plein de bonne volonté. L'auguste doit réaliser une performance dans un numéro au cours duquel les accidents s'enchaînent. Son univers se heurte souvent à celui du clown blanc qui le domine.

Le contre-pitre est le second de l'auguste et son contre-pied. « Auguste de l'auguste », c'est un clown gaffeur qui ne comprend rien, oublie tout, et dont les initiatives se terminent en catastrophes, relançant les rires.

L'excentrique est un clown d'inspiration britannique, dérivé de l'auguste. Toutefois, il se distingue de ce dernier par son caractère : s'il reprend bien la maladresse et la malchance propre à l'auguste, l'excentrique se compose une personnalité intelligente. Sur le plan vestimentaire, l'excentrique reprend les codes de l'auguste (habits à carreaux, grosses chaussures, etc.). Contrairement au clown blanc, à l'auguste et au contre-pitre qui ont généralement besoin de se compléter les uns les autres pour jouer leurs entrées clownesques, l'excentrique est souvent seul sur scène.

Après les années 1890, les clowns acrobates deviennent aussi des clowns parleurs. Foottit et Chocolat, « le plus célèbre duo de clowns de la belle époque », inventent la comédie clownesque. Sans négliger le répertoire de leur prédécesseurs, ils ne se contentent plus de parodier les numéros de cirque qui les ont précédés, ils cherchent aussi leurs personnages dans la vie sociale. Maitre blanc et valet noir, ils reproduisent la violence des rapports sociaux et raciaux. Ils s'inspirent aussi du mimodrame et du transformisme, comme dans la parodie de Cléopâtre jouée par Foottit en 1890 en imitant Sarah Bernhardt. Avec eux le jeu du clown se rapproche du jeu de l'acteur, mais un acteur sans psychologie qui, comme le dit Pierre Étaix, « n'existe que dans le temps où il agit » et dont Henry Miller dit qu'il est un « poète en action » .

À partir des années 1920, les Fratellini réinventent ce genre clownesque. À trois, ils forment une véritable petite troupe et leurs entrées, prenant de plus en plus de place dans le spectacle tant ils deviennent célèbres, sont presque des comédies en raccourci. Tristan Rémy dans son ouvrage Les clowns qui fait autorité en la matière, écrit qu'ils concentrent en eux les trois aspects essentiels de la comédie clownesque : « François, le clown, dernière incarnation de la fantaisie d'esprit latin; Paul, l'auguste, type d'origine germanique, qui, francisé, a remonté la pente depuis son ancêtre le palefrenier maladroit et à qui la dignité restitue l'emphase et la responsabilité ; et enfin, Albert, le pitre, refuge des suprêmes exagérations de la pantomime anglaise.».

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