Clotilde, Chrodichild ou Chrodechilde, née vers 474 ou 475 peut-être à Vienne, Montmirey-Le-Chateau, Lyon ou Genève, morte autour de 545 à Tours, est une princesse burgonde, devenue reine des Francs en épousant Clovis vers 492/493 ou 502. Cette sainte est vénérée en Occident comme en Orient.
La majorité des informations sur sa vie provient de Grégoire de Tours, qui écrit des passages hagiographiques à son propos.
Elle est canonisée vers 560 par le pape Pélage Ier. L'Église orthodoxe et l'ancien Martyrologe romain la fêtent le 3 juin (Dies natalis), et l'Église catholique le 4 juin.
Clotilde est une princesse burgonde qui est la fille du roi burgonde Chilpéric II, lui-même fils du roi Gondioc et frère de Gondebaud, Godegisile et Gondemar, et de Carétène (ou Agrippine) avec qui il se partage le royaume des Burgondes. Sa mère est inconnue, et si certaines sources la lient à Carétène, il semble que celle-ci est l'épouse de Gondebaud, son oncle.
L'enfance et la jeunesse de Clotilde se déroulent à la cour burgonde sous les règnes de Gondioc, mort dans les années 470, puis de Chilpéric Ier, mort vers 480, puis sous le règne conjoint des quatre fils de Gondioc. Deux d'entre eux, Gondemar et Chilpéric II, père de Clotilde, disparaissent durant les années 480, laissant la place à Gondebaud et Godegisile, seuls rois des Burgondes dans les années 490. Cette disparition de deux des frères est l'objet d'un certain nombre d'interrogations.
Dans son Histoire des Francs, Grégoire de Tours donne une version tragique de la disparition de Chilpéric II. Selon lui, le père et la mère de Clotilde seraient exécutés par Gondebaud, son oncle, mais il ne précise pas pour quelles raisons, ni dans quelles circonstances. Le récit, très court, du massacre est ensuite repris par le Liber historiæ Francorum, chronique du VIIIe siècle, qui en augmente la portée tragique en introduisant deux fils de Chilpéric, décapités par l'oncle régicide.
Cependant, les chercheurs remettent en question désormais cet assassinat renseigné dans l'ouvrage de Grégoire de Tours en y voyant une condamnation par l'évêque nicéen de l'arianisme de Gondebaud, qui aurait pu le pousser à accentuer les traits négatifs du récit, ou à plus vraisemblablement l'inventer complètement. Il est probable que Gondebaud soit lui-même nicéen, bien que Grégoire de Tours semble l'ignorer.
Selon Grégoire de Tours, Clotilde et sa sœur Croma échappent au massacre. Chez Frédégaire, sa sœur se nomme Sedeleuba et non Croma. Croma est condamnée à l'exil selon Grégoire et le Liber historiæ Francorum, qui disent que Croma « change d'habits », ce qui est interprété comme le choix de la vie monastique par Frédégaire. Pour Grégoire, Clotilde est aussi exilée, alors que chez Frédégaire, elle est laissée dans un statut indéterminé et dans le Liber historiæ Francorum, elle demeure à la cour de Gondebaud.
Chez Grégoire, Clovis entend parler de Clotilde, la fait venir par ambassadeur et l'épouse dès qu'il la voit. Dans le Liber historiæ Francorum et pour Frédégaire, Clotilde se trouve à la cour de Gondebaud où des ambassadeurs francs la remarquent et la signalent à Clovis, qui envoie son conseiller Aurélien pour la demander en mariage, avec des récits différents dans les deux ouvrages quant aux actions d'Aurélien, de Clotilde et de Gondebaud.
Quoi qu'il en soit de la véracité de ces épisodes et de ces récits contradictoires, Clotilde reçoit vraisemblablement de sa jeunesse une éducation soignée et chrétienne, peut-être transmise par la reine chrétienne Carétène, que l'on pense épouse de Gondebaud.
Les noces de Clotilde et de Clovis ont lieu sans doute à Soissons à une date incertaine (les historiens les ont datées vers 492-493 au Ve siècle mais penchent plutôt vers 502, soit au VIe siècle, la princesse devenant sa seconde épouse. La rencontre a eu lieu à Villery (Villariacum) à quinze kilomètres au sud de Troyes, sur la voie romaine. Il s'agit très probablement d'un mariage politique, pour rapprocher le royaume des Francs et le royaume des Burgondes, s'il s'agit de 492-493, la volonté était peut-être de signer une alliance, s'il s'agit de 502, cela pourrait faire suite aux traités de paix signés après la guerre de 500 opposant les Francs et les Burgondes, puisqu'il est habituel entre les royaumes germaniques de signer des actes de paix, par des mariages royaux. Cela pourrait, de surcroît, expliquer le récit de Grégoire de Tours, qui mentionne l'envoi d'ambassadeurs à la cour burgonde, qui auraient été envoyés principalement pour signer la paix avant de revenir avec un mariage royal, pour sceller la paix.
Selon Grégoire de Tours, elle a exercé une influence pour l'amener au baptême. Avant cet événement, dont la date n'est pas connue avec une absolue certitude, elle prend même l'initiative de faire baptiser ses deux premiers fils sans prendre l'avis de son époux. Le premier, appelé Ingomer, meurt immédiatement après le baptême. Grégoire de Tours rapporte que le roi en éprouve de l'amertume et en fait le reproche à la reine. La même chose faillit arriver après la naissance de Clodomir (vers 495), mais ce dernier se rétablit. Le couple a d'autres enfants, d'abord deux fils, Childebert (vers 497) et Clotaire (vers 498), puis une fille, Clotilde, qui sont tous baptisés et parviennent à l'âge adulte.
Grégoire de Tours raconte que, au cours de la bataille de Tolbiac (496), Clovis invoqua le "Dieu de Clotilde" (Jésus) en lui promettant que, s'il était vainqueur, il se convertirait.
Le baptême du roi Clovis accompagné de 3000 guerriers et de ses deux sœurs Alboflède et Lanthechilde fut célébré lors d'un Noël, vraisemblablement entre 496 et 499 par l'évêque Remi, à Reims.
Clovis et Clotilde résident le plus souvent à Clichy, Épineuil, Chelles, Rueil ou Bonneuil. Après sa victoire de Vouillé sur les Wisigoths en 507, le roi fait de Paris sa capitale.
Avant que Clovis ne meure en 511, le couple souverain avait fait bâtir la basilique des Saint-Apôtres sur la rive gauche de la Seine, où le roi fut inhumé.
Selon Grégoire de Tours, la reine restait encore à Paris, en continuant probablement à influencer ses trois fils, Clodomir, Childebert et Clotaire, mais notamment afin de soutenir Clodomir et sa famille.
Puis, vraisemblablement à la suite de la mort de Clodomir en 524, Clotilde se retira à Saint-Martin de Tours.