Clodomir, né vers 495 ou 496 et mort le 25 juin 524 lors de la bataille de Vézeronce (actuel département français de l'Isère), deuxième fils de Clovis, roi des Francs de la dynastie mérovingienne, est lui-même roi des Francs au titre du royaume d'Orléans de 511 à sa mort, survenue lors d'une guerre contre le roi des Burgondes Godomar III.
Le nom de Clodomir apparait dans les sources sous des formes variables (Chlodomir, Chlodomer). C'est un nom germanique, précisément un nom vieux-francique, langue des Francs saliens à cette époque.
Il est formé de deux éléments sémantiques :
hlod (gloire / illustration), élément que l'on trouve aussi dans le nom de Clovis (Hlodweg) et par la suite dans « Louis » (en allemand Ludwig, en latin Ludovicus)
mir ou mer (fameux / célébré).
Il signifie donc quelque chose comme « celui qui est fameux pour sa gloire ».
Origines familiales, mariage et descendance
Il est le deuxième des quatre fils de Clovis (466-511), roi de Tournai à partir de 481, mais qui, profitant de la chute de l'Empire romain d'Occident, va conquérir une grande partie de l'ancienne Gaule romaine de 486 (royaume de Soissons) à 507 (royaume wisigoth de Toulouse).
Sa mère est une princesse burgonde, Clotilde, de religion chrétienne (arienne), alors que Clovis est à l'origine un païen, jusqu'à son baptême en 496. Le royaume des Burgondes, situé dans le Sud-Est de la Gaule (notamment à Lyon), sera conquis par les Francs en 534.
Les frères de Clodomir sont Thierry (Theudericus), Childebert (Childebertus) et Clotaire (Chlothacharius).
Clodomir épouse, à une date non connue avec précision, Gondioque (Guntheuca) (vers 495-532), qui va lui donner trois fils : Théodoald, Gonthaire (Gunthar) et Clodoald (Chlodoald), canonisé par la suite sous le nom de saint Cloud.
Ingomer « grande race » ou « descendant illustre » (illustre Ingvaeon, ancienne tribu franque), premier fils de Clovis et Clotilde, était mort en bas âge, après avoir été baptisé à l'initiative de Clotilde « dans les vêtements blancs, ceux mêmes dans lesquels il avait été régénéré », sans prendre conseil ou consultation auprès de Clovis. Dans les sociétés germaniques, l'organisation sociale est matrilinéaire, voire matriarcale, les reines germaniques furent donc habituées à commander. Clovis, encore païen, reprocha à la reine : « Si l’enfant avait été voué à mes dieux, il vivrait encore ; mais comme il a été baptisé au nom de votre Dieu, il n’a pas pu vivre ». Clotilde répondit : « Je rends grâce à Dieu tout puissant, Créateur de toutes choses, qui ne m’a pas jugée indigne de voir associé à son royaume l’enfant né de mon sein. Cette perte n’a pas affecté mon âme de douleur, parce que je sais que les enfants que Dieu retire du monde, quand ils sont encore dans les aubes, sont nourris de sa vue ». Cette croyance en la résurrection des enfants baptisés prouve qu'elle était sensible aux débats religieux de son temps. La mort des nouveau-nés étant courante, la notice du prêtre Gennade de Marseille résumant l'œuvre de saint Augustin préconisait de les faire baptiser afin de sauver leurs âmes. Clotilde décida du baptême de Clodomir après sa naissance, en 495, pour que son fils puisse être sauvé en cas de mort prématurée. Clodomir tomba malade et Clovis réprimanda Clotilde pour lui avoir administré un baptême chrétien : « Il ne peut pas lui arriver autre chose que ce qui est arrivé à son frère ; après avoir été baptisé au nom de votre Christ, il mourra aussitôt ». Mais Clotilde pria Dieu et Clodomir guérit.
La succession de Clovis : le partage du royaume franc
À la mort de Clovis, en 511, Clodomir reçut en héritage une partie du royaume des Francs, de même que ses trois frères Thierry, Childebert et Clotaire. Thierry, l'aîné, bien que né d'une épouse de second rang, une princesse franque rhénane, fut largement avantagé en raison du droit de la mère (Mutterrecht).
C'est le royaume d'Orléans, taillé dans l'ancien royaume de Syagrius qui échut à Clodomir. Ce royaume fut le seul composé d'un seul bloc, situé à cheval sur la Loire avec comme capitale Orléans, ville conciliaire en 533, 541, 549 et comportant notamment les évêchés de Tours, Poitiers et d'Orléans, ainsi que la ville de Bourges et le Limousin.
S'il passa son règne à guerroyer, il s'occupa aussi des affaires du royaume. Héritant des fonctions de magister militum que leur avait conféré l'empire romain, les rois francs pouvaient désigner les évêques. Ainsi, en 522 il nomma à la tête de l'évêché de Tours Ommatius, à la suite de la mort de Dinifius.
Faide de Clotilde et expansion du regnum Francorum
En 523-524, Sigismond, roi des Burgondes, devenu veuf, se remaria avec une femme probablement catholique. De son premier mariage avec une fille de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, il avait eu un fils nommé Sigéric, âgé d'une vingtaine d'années. Ce dernier, arien et possible héritier de Théodoric, aurait pu unifier les royaumes burgondes et ostrogoth s'il n'était pas devenu un obstacle pour les futurs enfants de la nouvelle épouse de Sigismond. En effet, elle profita d'un jour de cérémonie pour revêtir les vêtements de la reine Aréagni mère de Sigéric. Celui-ci lui reprocha sa tenue et elle en profita pour faire croire à Sigismond qu'il voulait le tuer pour s'emparer de son royaume et l'unifier à l'Italie. Sigismond, pratiquant une politique catholique probyzantine et antiostrogothique, se laissa aveugler par sa nouvelle épouse : il profita qu'un après-midi son fils était ivre pour lui conseiller de dormir. Il ordonna alors à deux de ses serviteurs de l'étrangler avec un mouchoir, qu'ils tirèrent chacun de leur côté. À peine son fils était-il mort, que le père regretta son geste par des pleurs et en se jetant sur le corps de son fils.