Un clipper (ou klipper) est un bateau à voile à trois mâts ou plus, caractéristique de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle, fait pour convoyer le plus vite possible des denrées périssables, grâce à une voilure importante et une coque effilée en bois ou en acier.
Créés sur la côte est américaine, les clippers furent à leur apogée au milieu du XIXe siècle sur les routes commerciales du thé et du coton de l'Empire britannique et sur la liaison, via le Cap Horn, entre New York et San Francisco au moment de la ruée vers l'or.
Les clippers ont un gréement variable réparti sur trois mâts ou plus à phare carrés ou voiles auriques. C'est la forme générale, élancée à nombreuses voiles, et sa capacité à transporter rapidement une cargaison commerciale qui définit le terme « Clipper ». Toutefois, les clippers, comme nombre de bateaux de commerce de l'époque, sont généralement des quatre ou trois-mâts carrés, ou des quatre ou trois-mâts barques (des voiles carrées sur le mat de misaine et le grand mât, et des voiles auriques sur le mât d’artimon).
Le terme clipper vient du verbe anglais to clip pris dans l'acception de « filer à vive allure » (le substantif anglais clip ayant le sens de « vitesse », comme dans going at a good clip). Il apparaît en France au début du XIXe siècle.
Contexte d'une évolution technique
Les clippers sont nés aux États-Unis d'Amérique, où le commerce était totalement libre-échangiste, afin de transporter rapidement des passagers et des marchandises à haute valeur ajoutée.
La marine marchande britannique et en particulier la Compagnie des Indes Orientales, qui bénéficiait d'un monopole royal, utilisait des navires beaucoup plus lents, aux formes guère différentes des navires des XVIIe et XVIIIe siècles, les East Indiamen. Ces navires à l'aspect pataud étaient conçus pour pouvoir se défendre sur des eaux peu sûres (pirates et corsaires des guerres napoléoniennes), ils étaient donc larges, massifs et portaient une batterie de canons dans l'entrepont. Le cas échéant, ils pouvaient être reconvertis en navires de guerre.
Une conjonction de facteurs : concurrence des vapeurs, découverte de mines d'or en Californie et en Australie (ruée vers l'or), introduction par les Anglais de l'opium en Chine, créa une demande pour des navires plus rapides, qui n'avaient plus à être armés.
Les chantiers navals américains (en particulier celui du Bostonien Donald McKay (en) construisirent alors des navires aux formes fines et étroites, dépourvus d'armement défensif, et équipés d'un « gros moteur », c'est-à-dire d'une énorme voilure.
Pour permettre les réductions de voilure en équipage réduit, les huniers et les perroquets furent dédoublés (hunier fixe et hunier volant), les cacatois, ordinairement le dernier étage de voilure des navires à phares carrés, étaient parfois surmontés de contre-cacatois (appelés en anglais moonsail, moonraker, skysail) utilisables seulement par petit temps.
Aux allures portantes, la voilure pouvait être également augmentée dans le sens latéral en utilisant des bonnettes, installées sur des tangons prolongeant les vergues, le tout donnant l'aspect d'un « nuage de voiles volant sur la mer ».
Un gréement aussi complexe et puissant était très exigeant quant à la manœuvre, nécessitant de fréquents (et dangereux) ajustements pour marcher au maximum sans « casser du bois ».
Les équipages américains étaient donc menés à la dure, comme en témoigne le folklore et les chansons de bord liées à la fameuse compagnie Black Ball Line et le témoignage de l'écrivain américain Richard Dana.
Les clippers américains de la ruée vers l'or étaient construits pour aller vite et non pas pour durer (utilisation de bois blancs) et bon nombre d'entre eux étaient abandonnés dès leur arrivée en Californie. Comme en témoignent des photos prises en 1849-1850 à San Francisco, la pénurie de main d'œuvre qualifiée poussa au développement de la pratique du shangaïage.
La marine marchande britannique, après l'abrogation des lois protectionnistes et du monopole de l'East India Company se lança aussi dans la construction de clippers pour les destinations lointaines (laines et blés d'Australie, thés de Chine et de Ceylan, opium, produits coloniaux des Indes) inaccessibles aux vapeurs de l'époque, trop gros consommateurs de charbon.
Contrairement aux clippers américains, les navires anglais étaient conçus pour durer : charpente interne en chêne, puis en fer (construction composite), bordage en teck de Birmanie. C'est cette robustesse qui a permis au Cutty Sark de parvenir jusqu'à notre époque.
L'ouverture du Canal de Suez, impraticable pour les purs voiliers, le perfectionnement des machines à vapeur (invention du condenseur) sonnèrent le glas de l'ère des clippers.
Après 1870, les voiliers, construits en fer, puis en acier, se cantonnèrent aux routes très lointaines, dépourvues de dépôts de charbon (nitrates du Chili, bois d'Orégon, laine d'Australie, nickel de Nouvelle-Calédonie), mais ces navires, conçus pour la charge utile et l'économie, n'avaient plus l'élégance des clippers.