Claude de Forbin, chevalier puis comte de Gardanne, né le 6 août 1656 à Gardanne, mort à Marseille le 2 mars 1733, est un officier de la Marine royale française et mémorialiste français du Grand Siècle.
Né dans une famille de la noblesse provençale, il perd son père étant encore jeune et sert dans les galères. Sous les ordres de son oncle le commandeur de Gardanne, il prend part à la campagne de Sicile à la fin de la guerre de Hollande. La paix revenue, il intègre la Marine royale, mais il se bat en duel, tue son adversaire et doit partir se cacher pour échapper à la condamnation à mort qui frappait alors les duellistes. Gracié par la faveur de son oncle, le cardinal de Janson, il participe aux campagnes contre les pirates barbaresques menées en Méditerranée par le comte d'Estrées et Duquesne. En 1685, il sert dans la flotte chargée d'emmener un ambassadeur et plusieurs jésuites auprès de Narai, le roi de Siam. Sur place pendant trois ans, il est nommé amiral et général du roi de Siam, avant de regagner Pondichéry puis la France.
En 1689, il est placé sous les ordres de Jean Bart à Dunkerque avec qui il s'adonne à la guerre de course. Promu capitaine de vaisseau, il est chargé — toujours en compagnie de Jean Bart — d'escorter des navires marchands lorsque les deux hommes sont attaqués par une flotte anglaise plus puissante et faits prisonniers. Envoyés à Plymouth, ils parviennent malgré leurs blessures à s'échapper et à regagner la France à la rame. Pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg de Forbin sert sous les ordres de Tourville au cap Béveziers (en 1690), à la bataille de la Hougue (en 1692) et lors de la prise du convoi de Smyrne au large de Lagos (en 1693). Dans les années qui suivent, il capture encore plusieurs navires avant d'être fait chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1699. Il reprend du service pendant la guerre de Succession d'Espagne, en Méditerranée, en mer du Nord et dans la Baltique. Il est alors élevé au grade de chef d'escadre. Entretenant de mauvaises relations avec le Secrétaire d'État à la Marine Pontchartrain il demande à quitter le service en 1710 et se retire sur ses terres au château de Saint-Marcel, à Marseille, où il meurt le 2 mars 1733.
Claude de Forbin naît le 6 août 1656 dans une ancienne famille de la noblesse provençale. Il est le cinquième fils de Pierre de Forbin, seigneur de Gardanne (mort en 1663) et de sa femme Anne de Mérignon (morte en 1679), fille d'Antoine de Mérignon, premier consul de Grasse.
Ayant perdu son père à l'âge de sept ans, il révèle dans son enfance un caractère difficile. Il est destiné par sa mère au service de l'duel. Son oncle, commandeur de Gardanne et capitaine de galère, la convainc de le laisser s'engager dans la marine, sous le comte d'Estrées en Amérique.
Forbin sert d'abord sur les galères où il est garde de l'étendard. Il fait partie, en cette qualité, de l'escadre de Valbelle, qui allait participer, avec une intrépidité devenue légendaire, à la campagne de Messine en 1675. Les gardes de l'étendard ayant été réformés, il prend du service dans l’armée de terre et entre dans une compagnie de mousquetaires, commandée par un autre de ses oncles, le bailli de Forbin. Il fait ainsi la campagne de Flandre en 1676, pendant la guerre de Hollande. L'année suivante il rentre dans la marine royale et est nommé enseigne de vaisseau au département de Brest.
Carrière dans la marine royale
En 1678, la France est en paix. Mais le bouillant Forbin s'accommode mal de la discipline. Ayant voulu faire un tour en Provence avant de se rendre à sa destination, il se bat en duel et tue le chevalier de Gourdon et est lui-même blessé. La cause même du duel reste obscure. Dans ses Mémoires, Forbin raconte un événement ayant eu lieu alors que tous deux se trouvaient à l'Académie militaire, en compagnie du chevalier de Saint-Pol :
« Saint Pol, un de mes camarades, avoit joué au piquet contre le Chevalier de Gourdon, et il lui avoit gagné vingt écus. La difficulté étoit de païer, celui-ci n'avoit pas le sol, et Saint Pol vouloit être satisfait à toute force. Peu s'en fallut qu'ils n'eussent une affaite ensemble. Pour l'empêcher, je mis la main à la poche, et je païai les vingt écus pour le Chevalier de Gourdon, qui promit de me les rendre incessamment. Mais il ne tint pas parole et soit faute d'argent, soit mauvaise volonté de sa part, je ne sais lequel des deux, il demeura un tems considérable sans parler de rien. »
Ennuyé de ne pas être payé, Forbin se saisit de l'épée en argent que le chevalier de Gourdon avait posée à ses côtés et lui dit qu'il la lui rendrait quand ce dernier l'aurait remboursé. Deux ans plus tard, se souvenant de cet affront et ayant l'intention de se venger, le chevalier de Gourdon provoque Forbin en duel.
« Le lendemain de mon arrivée, je rencontrai le Chevalier de Gourdon, qui etoit Enseigne de Marine ; le tems avoir mûri son courage ; en sorte qu'aïan gardé le ressentiment de l'affront que je lui avois fait, en lui ôtant son épée il voulut en avoir satisfaction. Nous nous battîmes devant l'Evêché, je lui donnai un coup d'épée dans le ventre, & un autre dans la gorge, où par un coup de parade mon épée resta »
Mais, à son arrivée à Brest, il apprend qu'il est activement poursuivi pour ce fait et, afin d'échapper à l'édit du roi qui condamnait sévèrement les duellistes, il ne trouve, dit-il dans ses Mémoires, d'autre moyen que de se faire condamner par le parlement d'Aix comme meurtrier. Condamné à avoir la tête tranchée, il court à Aix-en-Provence avec des lettres de grâce obtenues par l'intervention du cardinal de Janson, un autre oncle, et l'affaire se termine après quelques heures de prison. Néanmoins il a perdu son emploi et doit user d'un subterfuge pour le retrouver, avec la complicité de sa famille. En effet, un de ses frères était enseigne de marine et voulait quitter le service pour des raisons de santé. Aussi, il prend sa place à la faveur de leur âge proche et de la ressemblance entre eux deux, sans attirer l'attention.
Campagnes aux Amériques et en Méditerranée (1680-1685)
Forbin est alors employé à entraîner les troupes de marine, il le fait si bien qu'il obtient des témoignages publics de satisfaction de ses chefs. En 1680, il suit le vice-amiral d'Estrées dans une campagne pacifique aux Antilles. La flotte mouille au Petit-Goave sur l'île Saint-Domingue, où l'on trouve une troupe de flibustiers, et à leur tête le chevalier de Grammont, qui revenaient de piller Maracaïbo et plusieurs autres villes de la Nouvelle-Espagne.
Il prend part aux expéditions et bombardements d'Alger en 1682 et 1683, sous les ordres du grand Duquesne, et y montre « beaucoup de hardiesse et de sang-froid ». Au retour de la seconde de ces expéditions, il est récompensé par le grade de lieutenant de vaisseau, et sert en cette qualité sur un bâtiment commandé par le marquis de Villette-Mursay, chargé de conduire une ambassade extraordinaire en Portugal.
Expédition au royaume de Siam (1685-1688)
Constance Phaulcon, Grec devenu ministre principal du roi de Siam Narai, eut l'idée d'envoyer des ambassadeurs à Louis XIV de la part de son maître, dans le but de solliciter son alliance comme garantie contre l'ambition des Hollandais, désireux alors de soumettre toutes les Indes orientales à leur commerce. Louis XIV décide, à son tour, de se faire représenter extraordinairement auprès du roi de Siam, dans le but de prendre possession des ports et des établissements qui lui sont offerts en échange de son aide mais également pour répandre la religion chrétienne dans ces pays.
Forbin obtient d'être nommé major de l'ambassade dont le chevalier de Chaumont, capitaine de vaisseau, est le chef. Il est chargé de l'armement à Brest du vaisseau L'Oiseau et de la frégate La Maligne, qui doivent transporter l'ambassadeur et sa suite, composée de six pères jésuites, embarqués comme mathématiciens, de quatre missionnaires, de l'abbé de Choisy, et de plusieurs gentilshommes. Partis de France le 3 mars 1685, les navires parviennent le 23 septembre à la Barre de Siam, un grand banc de vase formé par le dégorgement du Ménam, à l'embouchure de ce fleuve sur lequel est située Voudra, l'ancienne capitale du royaume de Siam.