Claude Lelouch, né le 30 octobre 1937 à Paris 9e, est un réalisateur, producteur, scénariste et cadreur français.
Alors qu'il commence sa carrière au début de la Nouvelle Vague, s'il en épouse certains principes (tournages légers, économie proche de l'artisanat, soin apporté à l'improvisation et à la recherche d'une certaine véracité), son nom reste rarement associé au mouvement. Après plusieurs films passés plutôt inaperçus, il rencontre le succès en 1965 avec Une fille et des fusils, puis enchaîne l'année suivante avec Un homme et une femme, qui lui apporte la reconnaissance tant en France qu'à l'étranger. Les années 1980 et 1990 le voient produire et réaliser de grandes fresques romanesques et des épopées sentimentales, aux formes amples, ouvertes et chorales (Les Uns et les Autres, Partir, revenir, Il y a des jours... et des lunes, La Belle Histoire, Les Misérables), qu'il alterne avec des marivaudages résolument optimistes, plus légers dans leur forme et leur propos (Tout ça… pour ça !, Le Courage d'aimer, Un plus une). Son style tourbillonnant, son inclination pour le lyrisme, voire l'emphase, ne font pas l'unanimité et la critique — contre laquelle il gardera une rancœur tenace — lui reproche souvent sa superficialité et son mauvais goût foutraque. Collectionnant les succès autant que les échecs, Lelouch poursuit son œuvre jusqu'aux années 2020.
Il a notamment reçu l'Oscar du meilleur film en langue étrangère et la Palme d’or du Festival de Cannes pour Un homme et une femme, le Golden Globe du meilleur film étranger et le grand prix du cinéma français pour Vivre pour vivre, et a été nommé deux fois aux César : une première fois en 1982 pour le César du meilleur film pour Les Uns et les Autres et une seconde fois en 2002 pour le César du meilleur film de l'Union européenne pour 11'09"01 - September 11.
Claude Barruck Joseph Lelouch est le fils de Simon Lelouch, né en 1904 à Alger (alors dans le département d'Alger), et d'Eugénie Abeilard, née en 1911 à Ifs (département du Calvados), dont le mariage a lieu en août 1933.
Simon, issu de la communauté des juifs d'Algérie (« indigènes israélites d'Algérie », naturalisés français en 1870 par le décret Crémieux), s'est installé à Paris où il est confectionneur dans le quartier du Sentier. Eugénie se convertit au judaïsme avant de l'épouser.
À la suite de la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne (3 septembre 1939), la famille s'installe par prudence, le temps du conflit, en Algérie française. Mais, en 1942, Eugénie Lelouch décide malgré l'avis défavorable de Simon, de revenir avec Claude à Nice, où sa sœur s'apprête à accoucher.
En novembre 1942, ils se retrouvent pris au piège en zone libre, qui, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, est à son tour occupée par les Allemands ou, en ce qui concerne les Alpes-Maritimes, par les Italiens. Les liaisons sont donc interrompues entre la France et l'Algérie. En septembre 1943, l'Italie signe l'armistice avec les Alliés et évacue sa zone d'occupation en France où les soldats italiens sont remplacés par des Allemands.
Dès lors, repérés par la police comme juifs, ils sont traqués par la Gestapo. Ne pouvant mettre Claude à l'école, sa mère le cache pendant la journée dans des salles de cinéma où, totalement fasciné, il ne se lasse pas de regarder plusieurs fois de suite le même film. Naît ainsi une grande histoire d’amour avec le cinéma.
Formation et débuts dans le cinéma comme reporter
Après la guerre, il fait des études secondaires, mais échoue au baccalauréat.
Son père lui offre alors une caméra pour lui donner la possibilité de commencer sa vie en tant que caméraman d'actualité. Il commence sa carrière en tournant des reportages (Une ville pas comme les autres, USA en vrac, etc.).
Il est un des premiers à filmer la vie quotidienne en URSS, avec une caméra cachée sous son imperméable. Pendant son séjour en URSS, il assiste aux studios Mosfilm au tournage d'un film qui va lui donner le goût de la mise en scène, Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov : « J’ai su dès ce jour-là que la caméra était l’acteur invisible, mais principal de tous les films de l’histoire du cinéma et en particulier de tous mes films. »
Quand il rentre de Moscou, encore sous le choc de Quand passent les cigognes, il est appelé à effectuer son service militaire. Grâce au reportage tourné en Russie, il est affecté au service cinématographique des armées. Il tourne d’abord comme caméraman d'actualités, puis comme metteur en scène. Il réalise sept films pour l'armée. C’est là qu’il comprend, en filmant des gens qui ne sont pas de bons acteurs (des officiers ou des soldats), à quel point la direction d’acteur est capitale dans le cinéma.
Le reportage tourné en URSS, Quand le rideau se lève, lui permet de gagner assez d'argent pour créer une société de production, Les Films 13. Il continue cependant des reportages, notamment en filmant beaucoup de manifestations sportives, comme le Tour de France ou les 24 Heures du Mans.
Les années 1960 : Un homme et une femme
En 1960, il se lance donc dans la production de son premier long-métrage, autoproduit, Le Propre de l'homme. Il dit lui-même avoir commis toutes les erreurs que l’on pouvait faire sur un premier film… Tellement d’erreurs que la critique dans les Cahiers du cinéma commençait ainsi : « Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n'en entendrez plus jamais parler ». Le film est refusé par les distributeurs et sera projeté au Cinéma d'Essai, sans aucun succès. S'ajoute à cet échec le décès de son père, quatre semaines après la première projection désastreuse du film, à laquelle ses parents ont assisté.
La même année, il fonde sa société de production, qu’il souhaite appeler Les Films de l’Apocalypse mais le notaire, effaré par cette raison sociale, lui propose autre chose « écoutez, nous sommes le 13 du mois, il est 13 heures, et je viens de m’apercevoir que Claude Lelouch comptait 13 lettres… Est-ce que vous avez quelque chose contre le chiffre 13 ? » La société s’appellera donc Les Films 13.
Pour remonter la pente, il se retrouve réalisateur de scopitones, l’ancêtre du clip. Il met ainsi en images une centaine de chansons, parmi les plus populaires de l’époque. Lelouch fait tourner Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Jeanne Moreau, Claude Nougaro, Dalida, Claude François, Les Chats sauvages, Danyel Gérard — Sherry avec Mike Shannon — et dit avoir appris, pendant cette expérience, la force de la musique dans un film.