Ce Jour-là

Claude Gellée

Peintre et graveur lorrain (1600-1682)

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Claude Gellée ou Gelée, dit « le Lorrain », Claude Lorrain ou traditionnellement juste Claude, né à Chamagne vers 1600 et mort à Rome le 23 novembre 1682, est un peintre, dessinateur et graveur lorrain. Il passe la majeure partie de sa vie en Italie et est l'un des premiers artistes importants, à l'exception de ses contemporains de l'âge d'or de la peinture néerlandaise, à se concentrer sur la peinture de paysage. Ses paysages sont généralement rattachés au genre plus prestigieux de peintures d'histoire par l'ajout de quelques petits personnages représentant fréquemment une scène de la Bible ou de la mythologie gréco-romaine. Actif pendant la période du baroque, il s’inscrit dans le courant du classicisme français. Aujourd’hui 51 gravures, 1 200 dessins et environ 300 tableaux subsistent de sa vaste production.

À la fin des années 1630, il s'impose comme le principal peintre paysagiste d'Italie et bénéficie d'honoraires importants pour son travail. Ses paysages deviennent progressivement plus grands, avec moins de personnages, peints avec plus de soin et produits à un rythme moins soutenu. Il n'est généralement pas un innovateur dans la peinture de paysage, sauf lorsqu'il introduit le soleil et sa lumière dans de nombreuses peintures, ce qui était inusité avant lui.

Il est aujourd'hui considéré comme un peintre français, mais il est né dans le duché de Lorraine, alors indépendant et rattaché au Saint-Empire romain germanique ; presque toute son œuvre est réalisée en Italie et avant la fin du XIXe siècle, il est considéré comme un peintre de « l'école romaine » et ses clients sont pour la plupart italiens. Après sa mort, il devient très populaire auprès des collectionneurs anglais et le Royaume-Uni conserve nombre de ses œuvres, qui ont même influencé le jardin à l'anglaise.

La vie de Claude Lorrain est surtout connue par ses deux premières biographies : la Teutsche Academie de Joachim von Sandrart (1675) et la Notizie de' professori del disegno da Cimabue in qua de Philippe Baldinucci (1682-1728). Sandrart et Baldinucci ont connu personnellement le peintre, mais à une cinquantaine d'années d'intervalle, respectivement au début de sa carrière et peu avant sa mort. Sandrart a vécu avec lui pendant un certain temps, tandis que Baldinucci n'est probablement pas un de ses intimes et tire une grande partie de ses informations des neveux de Claude, qui vivaient avec lui.

Claude Gellée naît à Chamagne, village de l'actuel département des Vosges, près de Lunéville, au sud de Nancy, qui fait alors partie du duché de Lorraine, un État indépendant. Sa pierre tombale indique 1600 comme année de naissance, mais des sources contemporaines indiquent une date ultérieure, vers 1604 ou 1605. Il est le troisième des cinq fils et des sept enfants de Jean Gellée et Anne Padose, d’origine paysanne et peu fortunés.

Selon Baldinucci, les parents de Claude meurent tous deux quand il a douze ans, en 1612 ; il vit alors à Fribourg avec un frère aîné, Jean Gellée. Jean est artiste en marqueterie et enseigne à Claude les rudiments du dessin. Claude se rend ensuite en Italie, travaillant d'abord à Naples pour Goffredo Wals, un peintre de paysages mal connu originaire de Cologne, avant de rejoindre l'atelier d'Agostino Tassi à Rome.

Le récit de Sandrart sur les premières années de Claude est cependant tout à fait différent ; les érudits modernes préfèrent généralement celui-ci, ou tentent de combiner les deux. Selon Sandrart, Claude ne réussit pas bien à l'école du village et est apprenti chez un pâtissier. Avec une compagnie de collègues cuisiniers et boulangers (la Lorraine a alors une grande réputation en matière de pâtisserie), il se rend à Rome et est finalement employé comme domestique et cuisinier par Tassi. C’est à cette époque qu'il aurait inventé la pâte feuilletée. En plus des travaux domestiques, Claude est chargé de broyer les couleurs de son maître et a ainsi l’occasion de le voir peindre. Il s’essaie lui-même à la peinture et étonne Tassi, au point que celui-ci commence son éducation dans l’art pictural. Wals et Tassi sont tous deux paysagistes, le premier très obscur et produisant des vues à petite échelle qui ont influencé Claude, tandis que Tassi — connu comme le violeur d'Artemisia Gentileschi — possède un grand atelier spécialisé dans les fresques des palais.

Il n’est pas possible d'accréditer si sa première formation est avec Tassi puis avec Wals, ou vice versa, étant donné les rares données conservées sur l’artiste au cours de ces années.

Bien que les détails de la vie de Claude avant 1620 restent flous, la plupart des érudits modernes s'accordent à dire qu'il est apprenti chez Wals vers 1620-1622 et chez Tassi entre 1622/23 et vers 1625. Baldinucci rapporte qu'en 1625, Claude entreprend un voyage à Lorette, à Venise, au Tyrol et en Bavière et retourne à son lieu d’origine, s’installant à Nancy pendant un an et demi, où il collabore comme assistant avec Claude Déruet, peintre de la cour ducale, à l’église des Petits-Carmes de Nancy, et travaillant sur les fonds d'un projet de fresque perdue. Il quitte son atelier relativement vite, en 1626 ou 1627, à la suite de quoi toute sa carrière se déroulera à Rome. Il s'installe dans une maison de la Via Margutta, dans le quartier des artistes, près de la Piazza di Spagna et l'église et couvent de la Trinité-des-Monts, demeurant dans ce quartier pour le reste de sa vie. Il ne se marie pas, et vit simplement parmi ses amis.

Au cours de ses voyages, Claude séjourne brièvement à Marseille, Gênes et Venise et a l'occasion d'étudier la nature en France, en Italie et en Bavière. Sandrart rencontre Claude à la fin des années 1620 et rapporte que l'artiste a alors l'habitude de dessiner à l'extérieur, particulièrement à l'aube et au crépuscule, réalisant sur place des études à l'huile. À la fin des années 1620, il demeure un artiste indépendant ; sa première toile datée est un sujet pastoral peint en 1629, Paysage avec bétail et paysans (Philadelphia Museum of Art), qui montre déjà un style et une technique bien développés ; La Tempête figure dans les toutes premières œuvres.

Il forge son propre style, influencé par les grands paysages d’Annibale Carracci. Peu à peu, l’effet de la lumière devient sa préoccupation majeure.

Dans les années 1630, il commence à consolider sa réputation comme peintre, exécutant des paysages inspirés de la campagne romaine, aux impressions bucoliques et pastorales. Il signe ses tableaux « le Lorrain », de sorte qu’il commence à être connu sous le nom de Claude Lorrain. Il est en contact avec Joachim von Sandrart et d’autres étrangers établis à Rome comme Herman van Swanevelt, Cornelis van Poelenburgh et Bartholomeus Breenbergh, avec lesquels il s'initie à la peinture de paysage. Il se lie également d’amitié avec Nicolas Poussin, un autre Français basé à Rome. Peu à peu, sa situation s'améliore, de sorte qu’il peut prendre à son service un assistant, Gian Domenico Desiderii, qui travaille avec lui jusqu’en 1658.

Vers 1630, il peint plusieurs fresques dans les palais Muti et Crescenzi de Rome, technique qu’il n’utilise plus ensuite. Sa réputation ne cesse de croître, comme en témoignent les commandes de l'ambassadeur de France à Rome (1633) et du roi d'Espagne (1634-1635). Baldinucci rapporte qu'une commande particulièrement importante lui vient du cardinal Guido Bentivoglio, qui a été impressionné par les deux paysages peints par Claude pour lui, Paysage avec danse paysanne (1637) et Vue du port (1637), et qui recommande l'artiste au pape Urbain VIII. Claude réalise quatre tableaux pour le pape en 1635-1638, deux grands et deux petits sur cuivre. Il commence à jouir d’une certaine renommée dans les cercles artistiques de Rome. Les cardinaux Fabio Chigi et Giulio Rospigliosi, qui deviendront les papes Alexandre VII et Clément IX, sont également ses mécènes.

Admis à l’Accademia di San Luca de Rome, où se trouve aujourd'hui une de ses Marine de 1633, il peint de nombreux ports imaginaires, invitations au voyage, à l’architecture néo-classique de la Renaissance italienne, baignés par la lumière rasante d’un soleil couchant situé dans la ligne de fuite du tableau. On y retrouve souvent des scènes d’embarquement grouillant de débardeurs affairés (Marine, 1634 ; Port de mer au soleil couchant, 1639 ; Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse, 1642).

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