Claude Duneton, né le 21 avril 1935 à Lagleygeolle (Corrèze) et mort le 21 mars 2012 à Lille (à 76 ans), est un écrivain, romancier et traducteur français, historien du langage, chroniqueur à la radio et dans la presse et comédien. Il milite en faveur des langues régionales, notamment l'occitan, et d'une langue française puisant sa source dans le peuple.
Enfance et débuts dans la vie professionnelle
Fils de paysans, Claude Duneton vit une enfance rude sous l'Occupation, quitte l'école par manque d'argent et devient apprenti ajusteur à Brive. Il est à nouveau scolarisé en classe de cinquième à l'âge de 16 ans et, sautant des classes, il entame une scolarité brillante. Il termine major de sa promotion de l’École normale de Tulle et intègre même le prestigieux lycée Henri-IV à Paris.
d'culture occitane, il devient cependant enseignant d'anglais, durant une quinzaine d'années, puis abandonne la carrière. Il souhaite une langue française ouverte aux apports populaires et dialectaux, comme l'est, à ses yeux, la langue anglaise ; il l'évoque en 1973 dans son ouvrage Parler croquant, qui rencontre un « immense succès ».
Il se fait également connaître par ses livres sur l'institution scolaire et sur la difficulté à faire aimer les lettres en raison du conformisme de l'enseignement de la langue française et des préjugés de classe, comme il le développe dès 1976 dans son ouvrage Je suis comme une truie qui doute, puis dans Anti-manuel de français (1978), avec Jean-Pierre Pagliano, et dans À hurler le soir au fond des collèges : l'enseignement de la langue française en 1984. Il est également préfacier de l'ouvrage collectif Chère école de notre enfance (2010).
Travaux sur le langage et dans l'édition
À la suite du succès de son ouvrage Parler croquant, le magazine Elle lui propose de tenir une rubrique de langage, au milieu des années 1970. Il y travaille durant presque quatre ans. À la suite de ces chroniques, il s'attèle à la rédaction de La Puce à l'oreille, publié en 1978, une anthologie des expressions populaires avec leur origine, comme l'indique son sous-titre, un de ses livres les plus populaires — dont deux nouvelles éditions revues et augmentées sont publiées, en 1984 et en 2001. Depuis cet ouvrage, il écrit de nombreux autres livres autour des expressions et du langage populaire, et est surtout connu comme un dénicheur d'expressions dont il cherche à retrouver les significations originelles et leurs dérivés ou, comme il les nomme lui-même, leurs « remotivations ».
À partir de 1981, aux côtés de Nicole Vimard, il devient directeur de collection de la nouvelle collection « Points Virgule » des éditions du Seuil. Dès sa création, les deux directeurs acceptent de publier la version française de l'ouvrage d'Howard Buten Quand j'avais cinq ans je m'ai tué, qui avait fait « un flop » dans sa langue originale. Howard Buten déclare vingt ans plus tard : « Cela a tout de suite marché. Le titre en français était meilleur qu'en anglais, la collection venait de démarrer ». L'ouvrage connaît alors le succès grâce à sa version française, et pour cela, « Nicole Vimard et Claude Duneton [sont] deux éditeurs auxquels il voue une reconnaissance éternelle. »
Il retrouve les manuscrits de l'œuvre d'Alain Cahen qu'il fait également publier à titre posthume chez Seuil en 1983, et dont il signe les préface ou postface.
La Chienne de ma vie, publié initialement en 1991, est un récit de son enfance corrézienne, durant l'Occupation. L'ouvrage, qui connaît plusieurs rééditions, est couronné du Prix 30 millions d'amis et du Prix Terre de France / La Montagne en 2007.
À partir du milieu des années 1990, il est chroniqueur au Figaro littéraire, dans la rubrique « Au plaisir des mots » ; en 2004 sont publiées certaines de ces chroniques, dans l'ouvrage du même titre Au plaisir des mots. Il écrit également des dizaines de tribunes pour L'Humanité.
Membre de l'association Défense de la langue française depuis 1996, il est nommé membre du Conseil supérieur de la langue française en 2003.
Ses ouvrages autour de la langue française sont nombreux. Depuis La Puce à l'oreille en 1978, il écrit, entre autres, Le Bouquet des expressions imagées en 1990 — qui lui demande onze années de travail, et qui est récompensé par le Prix Roland de Jouvenel 1991, décerné par l'Académie Française — Le Guide du français familier en 1998, La Mort du français l'année suivante, Au plaisir des mots en 2004, Pierrette qui roule. Les terminaisons dangereuses en 2007, et son dernier ouvrage, Petit dictionnaire du français familier, paru l'année de sa mort, en 2012.
Il contribue également à plusieurs ouvrages sur ce thème, en tant que préfacier, pour Pierre Merle Le Dico de l'argot fin de siècle (1996) et Nouveau dictionnaire de la langue verte (2007), pour Lorédan Larchey, Dictionnaire de l'argot parisien (1996), ou pour Albert Doillon Dictionnaire de l'argot (2007). De façon plus anecdotique, il fait partie du jury de l'académie de la Carpette anglaise.
Il propose en 1985, sous le titre Le Chevalier à la charrette, une adaptation depuis l'ancien français de l'ouvrage du XIIe siècle Lancelot ou le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes, et traduit quelques ouvrages depuis l'anglais – par exemple, en 1991, La Duchesse de Malfi, pièce de théâtre de John Webster (XVIIe siècle).
Au début des années 1990, il présente sur France 3 l'émission Aléas : le magazine de l’imprévisible.
Autour de la chanson française
Il s'intéresse également à la chanson française et préface dans les années 1980 et 1990 plusieurs ouvrages sur le sujet, dont un de Renaud et deux de Gilles Vigneault. En 1984, il écrit La Goguette et la gloire autour du personnage du bossu Mayeux, personnage emblématique du Paris du milieu du XIXe siècle, créé par le dessinateur Traviès. En 1832, Douze aventures érotiques du bossu Mayeux, publiées de façon anonyme, sont censurées. À la suite de ses propres travaux, Claude Duneton attribue l'ouvrage au poète et chansonnier Émile Debraux (1796-1831). Il préface une nouvelle édition de ces Douze aventures érotiques du bossu Mayeux, publiée en 1995 aux éditions Les mille et une nuits, ouvrage dont la paternité est donc attribuée au chansonnier.