Claude-Henri Grignon est un journaliste et écrivain québécois né le 8 juillet 1894 à Sainte-Adèle et mort dans la même ville le 3 avril 1976.
Critique littéraire et pamphlétaire à ses débuts, il se fait connaître du public sous le nom de plume Valdombre dans les années 1920. Il connaît le succès auprès de la critique et du public en 1933 avec son roman Un homme et son péché, mettant en scène le personnage de Séraphin Poudrier, paysan de Saint-Adèle rongé par le péché d'avarice.
Le succès de son roman campé dans les Laurentides de la fin du XIXe siècle, à une époque où les valeurs conservatrices et l'amour de la terre règnent en dogmes, mène à la création de plusieurs œuvres : notamment une série radiophonique, Un homme et son péché (1939-1962), et deux séries télévisées, Les Belles Histoires des pays d'en haut (1956-1970) et Les Pays d'en haut (2016-2021).
Le succès et la longévité de l'univers fictif créé par Claude-Henri Grignon font de lui l'un des auteurs les plus populaires de la littérature québécoise au 20e siècle.
Claude-Henri Grignon, né Eugène-Henri Grignon, vient au monde à Sainte-Adèle, dans les Laurentides. Il est le benjamin d'une famille de quatre garçons et quatre filles nés du Dr Wilfrid Grignon (1854-1915), un médecin originaire de Saint-Jérôme, et d'Eugénie Baker (1907), une Acadienne d'ascendance américaine.
Son enfance se déroule dans le contexte de la colonisation des Laurentides, à la fin du XIXe siècle. Le père de Claude-Henri Grignon s'était installé à Sainte-Adèle en 1879 – à la demande du curé Antoine Labelle – afin de participer à l'effort de colonisation de cette région du Québec. En tant que médecin, au fil des ans, le Dr Grignon a fini par occuper diverses fonctions au sein de sa communauté (entre autres, celles de conseiller municipal, maire, préfet de comté, commissaire aux permis d'alcool et juge de paix). Par le truchement de ses activités, le Dr Grignon a fait la connaissance de personnages et la découverte de lieux pittoresques dont il recueille les traces.
À travers les récits de son père, Claude-Henri Grignon développe très tôt le goût de l'écriture. Grandissant avec le sentiment d'être investi d'une mission, il se considère responsable de garder vivant le souvenir des « Pays d'en haut », un héritage intimement associé à la survivance de son peuple, lié à un territoire et à une époque bien précise.
De tempérament rebelle et bohème, dès le primaire, Claude-Henri Grignon supporte mal la discipline imposée à son école. Délaissant les classes, il passe son temps au bord de la rivière aux Mulets, à parler avec les draveurs qui y travaillent, ou en forêt, à la chasse et à la pêche.
En 1907, le malheur frappe sa famille. Sa mère Eugénie meurt subitement. Moins d'un an plus tard, son père se remarie avec Hermine Longpré. À la suite de ce remariage, Claude-Henri Grignon est envoyé en pension au Collège Saint-Laurent à Montréal. Cette expérience, dans un milieu et une ville nouvelle, lui est particulièrement pénible. Il y fait toutefois la connaissance de Louis Francœur, futur journaliste de La Patrie et du Star, qui demeure son ami tout au long de sa vie. Revenu à Sainte-Adèle en 1910, son père décide de prendre en main son éducation en embauchant un professeur privé pour son fils. Après un court passage de deux ans à l'École d'agriculture d'Oka, en 1914, Claude-Henri Grignon décide d'abandonner ses études définitivement. Il demeurera toute sa vie un autodidacte.
Le 23 juin 1915, son père meurt subitement à l'âge de 61 ans. Cette mort est un terrible choc pour le jeune homme. L'année suivante, il décide de quitter Sainte-Adèle pour s'installer à Montréal, où il occupe un poste de fonctionnaire au ministère des Douanes.
Malgré ses difficultés scolaires, Claude-Henri Grignon est un grand lecteur. Il affectionne les auteurs français (en particulier ceux du XIXe siècle : Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Charles Péguy et Charles Maurras). Peu à peu, son intérêt pour l'écriture et la lecture l'attire vers le journalisme. Son premier article paraît dans L'Avenir du Nord de Saint-Jérôme, un journal alors identifié au Parti libéral, en septembre 1916. Si ses chroniques concernent au départ des sujets variés, rapidement, son attention se concentre sur la critique littéraire. De sa plume truculente, sous divers pseudonymes, il livre ses premières attaques contre des personnalités, notamment le critique Camille Roy qu'il qualifie « d'écrivain le plus malicieux du Québec ».
Ses talents le font remarquer. Le 15 mai 1920, il commence à collaborer au journal La Minerve dirigé par Arthur Sauvé, alors chef de l'Opposition à Québec. Il y produit une série d'études sur le mouvement littéraire et artistique au Canada français. Ses écrits ont tôt fait d'attirer l'attention d'un journaliste bien connu pour sa verve (et que Grignon a déjà attaqué dans ses écrits), Olivar Asselin. En octobre de la même année, les deux hommes se rencontrent. Malgré les critiques passées, Asselin complimente Claude-Henri Grignon au sujet des textes signés par son plus récent pseudonyme – Valdombre – et lui offre de collaborer à l'une de ses publications.
Le 24 novembre 1920, Claude-Henri Grignon fait son entrée à l'École littéraire de Montréal. Au sein de cette confrérie où il débat fréquemment, il à l'occasion de défendre sa conception de la littérature, opposant les « Vivants » (employant une langue et des thèmes plus près de la vraie vie des Canadiens français) et les « Exotiques » (employant plutôt la langue et les thèmes en vogue dans les salons littéraires parisiens de l'époque). C'est dans ce contexte que Grignon publie un premier ouvrage sous le pseudonyme de Valdombre, Les Vivants et les autres, en mai 1922 :
« Les Vivants, ce sont les régionalistes, les écrivains nécessaires que réclame depuis si longtemps une littérature naissante. Les Vivants, ce sont les hommes de foi qui croient en la beauté d'une âme canadienne que les lettres françaises doivent magnifiquement traduire. Les autres, ce sont les exotiques, faussaires de la pensée et du style. Ne les appelons par des morts : ce serait les trop honorer. »
À la même époque, Grignon fréquente assidûment la bibliothèque Saint-Sulpice. Influencé par le conservateur Ægidius Fauteux, il découvre les écrits polémiques de Léon Bloy. Son style percutant et intransigeant, prônant une littérature catholique et s'opposant aux écrits jugés matérialistes et socialistes (qui donnent lieu à plusieurs débats en France de la fin du XIXe au début du XXe siècle) le marquent profondément.
En 1928, Claude-Henri Grignon publie son premier roman, Le Secret de Lingbergh, offrant un récit romancé de la traversée du célèbre pilote du Spirit of St. Louis de New York à Paris. La critique est mitigée et l'ouvrage est soumis, sans succès, au jury du prix David.
En octobre 1929 au Québec, la bourse s'effondre aux États-Unis. C'est le début de la Grande Dépression. Tout en collaborant à La Nation de Québec, à La Vie canadienne et à d'autres journaux, et malgré l'aide occasionnelle de son ami Olivar Asselin et sa chronique hebdomadaire au Petit Journal, Grignon n'est plus en mesure de continuer à vivre en ville. Il décide alors de quitter Montréal pour se réinstaller à Sainte-Adèle.
En 1933, Claude-Henri Grignon publie un recueil de critiques intitulé Ombres et Clameurs. Les ombres portent sur des ouvrages qu'il n'apprécie pas et les clameurs, sur ceux qu'il approuve. À la même époque, Grignon se retrouve fortement endetté. Tentant de trouver du réconfort dans la foi catholique, son angoisse et sa détresse atteignent leur maximum durant cette période.