Clément Oubrerie, né le 23 décembre 1966 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et mort à Saint-Georges-d'Oléron (Charente-Maritime) le 1er mars 2026, est un illustrateur et dessinateur français. Il a travaillé dans les domaines de l'animation, de l'illustration de la littérature jeunesse et de la bande dessinée.
Débuts et littérature jeunesse
Clément Oubrerie est le fils de l'architecte José Oubrerie (1932-2024), assistant de Le Corbusier, et de Michelle Nedelec, artiste en peinture et gravure.
Il suit des études d'arts graphiques à l'École supérieure d'arts graphiques (ESAG). En 1992, il interrompt sa formation et part s'installer aux États-Unis où est déjà installé son père. Il va commencer à travailler dans le domaine de l'illustration et l'animation. Pendant ce séjour qui durera deux ans, il réalisera les illustrations des livres The Kooken et It's hard to read a map with a beagle on your lap. Il revient à Paris en 1994 et va devenir illustrateur pour des livres jeunesse. Il réalisera ainsi une cinquantaine de livres jusqu'en 2005.
En 2005, il publie le premier tome de la série Aya de Yopougon chez Gallimard sur un scénario de Marguerite Abouet. Ils obtiendront le Prix Révélation au festival d'Angoulême 2006. Les tomes 2 à 6 seront publiés à un rythme de un par an entre 2006 et 2010. Puis, en 2022 et 2023, les auteurs donneront une suite avec les tomes 7 et 8. L'histoire raconte le quotidien des habitants de Yopougon, quartier d'Abidjan en Côte d'Ivoire et pendant les années soixantes-dix. On suit plus particulièrement la vie de la jeune Aya, entouré de sa famille et ses amis. La série sera un grand succès éditorial et traduite en plus d'une quinzaine de langues. Pour le tome 3, publié en 2007, F. Mayaud écrit : « les couleurs pastel diffusent toujours cette même impression de légèreté et de fraicheur, parfaitement en phase avec l’ambiance du récit, qui constituait le trait de caractère principal des deux premiers. Cela contribua sans aucun doute à leur succès tant auprès du public que de la critique (prix du premier album 2006 à Angoulême). Le duo constitué par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie parvenait à atténuer le misérabilisme ambiant par le biais de l’humour et d’un dessin avenant ». Pour le tome 5, D. Lemétayer note la complémentarité entre humour et dénonciations de maux de la société et écrit : « En filigrane, et malgré l’insouciance qui semble régner, sont, une fois encore, évoqués le patriarcat, la question de l’émancipation féminine ou de l’acceptation, que ce soit celle de l’homosexualité ou bien encore de l’immigré ».
En 2008, il adapte seul (scénario, dessin, couleur) le roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro. L'adaptation est réussie et comme le note D. Wesel : « Surprenant, désorientant, déstabilisant… les qualificatifs ne manquent pas pour décrire cette belle adaptation de Raymond Queneau par Clément Oubrerie ».
Suivent en 2012 et 2013 l'adaptation en bande dessinée de Jeangot, avec Joann Sfar et Mâle Occidental Contemporain avec François Bégaudeau.
De 2012 à 2014, il dessine la série Pablo sur un scénario de Julie Birmant. Quatre tomes seront réalisés, couvrant la jeunesse de Pablo Picasso au début du 20ème siècle et à Paris. La série recevra plusieurs prix dont le Grand prix RTL de la BD en 2012 et l'Étoile du Parisien en 2013. Pour le dernier tome, concluant les années de Picasso à Montmartre, M. Leroy note « Une très belle série qui s'achève dans le chaos des créatifs, avec une ambiance qui préfigure avec quinze ans d'avance le tourbillon des Années Folles. Une magnifique introduction à un monument de l'histoire de l'art du XXe siècle. ».
De 2014 à 2016, il illustre l'adaptation réalisée par Stéphane Melchior du premier tome de la trilogie A la croisée des mondes, le roman de Philip Pullman. Pour le premier des trois albums, Les Royaumes du Nord tome 1, ils obtiendront le Fauve jeunesse d'Angoulême 2015.
En 2016 et 2017, et avec Julie Birmant au scénario, il publie en deux tomes une biographie de la danseuse Isadora Duncan. Les livres racontent la vie de cette danseuse américaine qui décide de danser et enseigner sans barrière ni mercantile ni occidentale. Invitée à Moscou, elle va danser aussi bien devant des paysans que devant Lénine et transmettre son énergie et sa passion. Comme le note M. Moubariki : « Aussi à l'aise sur les paysages que l'architecture moscovite, c'est lors des scènes de danse que son trait fin et vif offre toute sa dimension. Le dessinateur s'émancipe alors des cases pour mieux restituer la magie de ces moments ».
Entre 2017 et 2019, Clément Oubrerie réalise le dessin et le scénario d'une série en deux tomes intitulée Voltaire amoureux. Les ouvrages racontent la jeunesse de Voltaire au moment ou il essaie de se détacher de son inlfuence paternelle et ou il se rêve en nouveau philosophe du siècle. On suit le parcours amouteux d'un jeune homme ambitieux, à la fois mondain et populaire. Comme le note L. Moeneclaey : « Le tempérament fougueux et railleur du personnage s'épanouit dans le trait semi-caricatural du dessinateur. Son style alerte et spontané se manifeste par la finesse des contours et un aspect brossé dans les décors et les costumes, ajoutant de la structure et du relief ».
En 2018, en collaboration avec un collectif anonyme de scénaristes appelé Cépanou, il dessine le livre Cyberfatale. Dans sa chronique, J. Milette écrit : « Le trait de Clément Oubrerie est reconnaissable entre tous. Dans Si ça sort, on est morts, il adopte néanmoins un style un chouïa plus caricatural et nerveux que de coutume. Les réactions des protagonistes sont excessives : yeux gigantesques de colère ou d’étonnement, visages entourés de gouttes de sueur pour marquer la peur ou la nervosité, etc. Le contour irrégulier des cases contribue également à renforcer l’instabilité des situations ».
De 2018 à 2020, il réalise avec Julie Birmant la série Renée Stone en trois volumes aux éditions Dargaud. La série raconte les aventures d'une romancière connue qui part voyager en Ethiopie. Elle rencontrera John un archéologue, Alfred un explorateur et elle partira à la recherche du trésor du roi Assurbanipal. Comme le chronique J. Milette : « Le dessin semi-réaliste de Clément Oubrerie demeure de belle qualité. Ses comédiens se montrent très expressifs, peut-être ont-ils même tendance à surjouer, ce qui n’est certainement pas un reproche dans cette série au côté pulp bien assumé. ».
En 2020 et 2021, il collabore avec Leïla Slimani et adapte la biographie de Suzanne Noël avec la bande dessinée À mains nues en deux tomes. L'histoire raconte la vie de cette chirurgienne, une des premières en France, qui a été précurseure en chirurgie réparatrice (au lendemain de la Grande Guerre) et en droits des femmes. Sur le graphisme, S. Salin de BD Gest' note « Le dessin de Clément Oubrerie fait toujours écho à cette période de bouillonnement artistique au travers de la présence récurrente de tableaux accrochés aux murs et d’un traitement visuel porté par la couleur ».
En 2023 et 2024, il dessine la série en deux volumes Dali avec Julie Birmant au scénario. Les livres racontent les débuts artistiques de Dali et sa rencontre avec sa compagne Gala. Comme le note F. Houriez de BD Gest' : « Graphiquement, Clément Oubrerie opte pour un subtil mélange de classique – qui garantit l’accessibilité de l’album – et d’audaces, comme l’exige le sujet traité. Ses personnages sont emplis de vie, Cadaqués et Montmartre dégagent des atmosphères opposées et prenantes, la première solaire et méditerranéenne, la seconde obscure et urbaine » .
Il est cofondateur, avec Joann Sfar et Antoine Delesvaux, d'Autochenille Production, un studio dont les deux premiers longs métrages sont Le Chat du rabbin (2010, César du meilleur film d'animation) et Aya de Yopougon (2013), qu'il coréalise avec Marguerite Abouet.
Il a également signé, avec Éric et Ramzy, la série Moot-Moot (Cristal de la série Annecy 2008) pour Canal+.
Sa première épouse est Marguerite Abouet. Ils créent ensemble la série de bande dessinée Aya de Yopougon. Ils ont un fils, Jules, né en 2006. Ils divorcent quelques années plus tard mais poursuivent leur collaboration, notamment sur Aya de Yopougon.