La Cisjordanie (en arabe : الضفة الغربية, Al-Dhifa al-Gharbia : « Rive ouest [du Jourdain] ») est un territoire palestinien, occupé illégalement par Israël depuis 1967, limité au nord, à l'ouest et au sud par la ligne d'armistice du 3 avril 1949 entre Israéliens et Jordaniens, résultant de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, et à l'est par le Jourdain et la mer Morte qui font frontière avec la Jordanie.
Le territoire couvre une surface de 5 860 km2 et est peuplé de Palestiniens (environ 2,8 millions d'habitants essentiellement de confession musulmane, les chrétiens représentant environ 2 % de cette population). En 2024, il compte quelque 650 000 colons israéliens, répartis en plus de 230 colonies (« district de Judée et Samarie »). À ce chiffre de colons, il faut ajouter les quelque 240 000 Israéliens établis à Jérusalem-Est depuis la conquête consécutive à la guerre des Six jours de 1967.
La Cisjordanie englobe les villes de Jérusalem-Est, Jéricho, Naplouse, Hébron, Jénine et Tulkarem, de nombreux lieux saints des trois religions abrahamiques, et également des villes nouvelles construites après 1967 : Ariel, Ma'aleh Adumim, Betar Illit et le Goush Etzion. Ces dernières sont des colonies israéliennes, considérées par les pays membres de l'ONU comme illégales au regard du droit international.
À la suite des accords d'Oslo (1993) et de l'Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (1995), l'État d'Israël en administre seul la plus grande partie, la zone C (60 %) ; la zone B (22 %) est administrée par Israël pour la partie sécuritaire, et par l'Autorité palestinienne pour la partie civile ; la zone A (18 %) est entièrement sous administration palestinienne. L'Autorité palestinienne revendique toute l'étendue de l'ancien territoire annexé par la Jordanie avant le 10 juin 1967, comme base, avec la bande de Gaza, de l'État de Palestine. Si la communauté internationale la considère comme un territoire occupé, l'État d'Israël y voit un territoire disputé, car Israël n'a pas conquis ce territoire sur un État palestinien souverain mais l'a pris à la Jordanie en 1967 à la suite de la Guerre des Six Jours après que la Jordanie l'a attaqué.
Entre 1990 et 2001, le statut du territoire de Cisjordanie fait l'objet de négociations infructueuses entre l'Autorité palestinienne et Israël. Depuis 2002, à la suite de la Seconde intifada, Israël édifie en Cisjordanie une barrière de séparation, sous la forme d'un long et haut mur en béton dans les secteurs urbains, ou sous la forme de barrières hautes, avec zone protégée visant, selon l'armée israélienne, à « lutter contre les intrusions de terroristes palestiniens » sur le territoire israélien. Toutefois, la politique de « discriminations systématiques et le régime de ségrégation » imposés par l’État israélien aux Palestiniens en Cisjordanie constitue un « apartheid » selon la Cour internationale de justice, depuis 2024, qui demande en outre à cette même date l'évacuation d'Israël de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le 20 août 2025, Israël approuve un plan massif d’extension colonial, visant à rendre impossible la création d’un État de Palestine en coupant la continuité territoriale de la Cisjordanie occupée.
Le territoire de la Cisjordanie a différentes appellations qui varient selon l'époque, la langue utilisée ou les motivations politiques des locuteurs. Ainsi, le territoire est-il désigné sous les termes plus ou moins neutres de « Cisjordanie », « rive occidentale » (West Bank en anglais) ou encore « Judée-Samarie ».
En français et dans la plupart des langues latines, le nom propre « Cisjordanie » est la dénomination usuelle du territoire.
L'étymologie du toponyme « Cisjordanie », utilisée par les géographes européens dès le XVIIIe siècle[source secondaire souhaitée], signifie « en deçà du Jourdain » (en référence au fleuve Jourdain). En effet, le terme est composé du préfixe latin cis- signifiant « en deçà de » ou « de ce côté-ci », et de Jordanie, toponyme lui-même dérivé de « Jourdain ». Le terme s'oppose ainsi à l'appellation « Transjordanie », qui désigne le territoire « au-delà du Jourdain ». Initialement, et encore aujourd'hui pour certains chercheurs, le terme « Cisjordanie » (Cisjordan en anglais) désigne toute la région historique nommée Palestine.
À la suite de la partition née de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, le terme est employé spécifiquement pour désigner le secteur situé entre le Jourdain et la ligne d'armistice de 1949, incluant Jérusalem-Est, d'abord sous occupation par le royaume hachémite de Transjordanie, puis depuis 1967 sous occupation israélienne. À partir de 1988, la Cisjordanie est, avec la bande de Gaza, revendiquée par l'Organisation de libération de la Palestine pour la création d'un État de Palestine.
En arabe, langue des Palestiniens, cette région est nommée Al dhifa al gharbia, الضفة الغربية, qui signifie « Rive ouest » [du Jourdain].
Par la traduction littérale de cette appellation en arabe, le territoire est aussi connu en français comme la « Rive occidentale du Jourdain ».
C'est également l’appellation qui est la plus courante en anglais, où le territoire est désigné sous le nom de « West Bank of the River Jordan » (Rive occidentale du Jourdain), ou simplement « West Bank » (Rive occidentale). Jusqu'à ce que la Société des Nations adopte le Mandat britannique en 1922, le terme « Palestine » était un nom géographique d'application assez vague et désignait généralement le tiers sud de la Syrie ottomane. Le Jourdain était alors considéré comme la frontière entre la Palestine occidentale et la Palestine orientale. C'est sous administration britannique (1922-1948), que la rive orientale devient officiellement Transjordan (la Transjordanie) et que the West Bank (la rive occidentale) désigne le reste de la Palestine. À partir de 1948, l'appellation « West Bank » ne désigne plus que le territoire actuel, compris entre la Jordanie et Israël. À la suite de l’annexion jordanienne du territoire, un décret de 1950 du gouvernement jordanien introduit la dénomination « West Bank » et interdit l’usage officiel du terme « Palestine » pour cette zone.
Jusqu'en 1967, les Israéliens utilisent aussi majoritairement l'expression « la Rive occidentale » (en hébreu haGada haMa'aravit הגדה המערבית), ou en abrégé « la Rive » (haGada)[source secondaire souhaitée].
Faisant référence aux régions antiques et bibliques de Judée et de Samarie, l’appellation « Judée-Samarie » — en hébreu יהודה ושומרון (Yehuda vé Shomron) — est parfois utilisée pour désigner un territoire dont une partie deviendra l'actuelle Cisjordanie. Depuis 1967 et le début de l'occupation israélienne, son utilisation sert aussi à affirmer une identité juive du territoire, continuité entre la période biblique et le nouvel État hébreu, mais faisant totalement abstraction de tout ce qui s’est passé entre ces deux périodes. C'est la raison pour laquelle la dénomination anglophone West Bank (« Rive occidentale »), relative à la géographie est plus neutre.
En 1947, la résolution 181 de l'ONU (plan de partage de la Palestine - jamais appliqué) prévoit la création de deux États, l'un juif et l'autre arabe. Dans le texte de la résolution, parmi tous les territoires dévolus au futur État arabe, il est fait mention entre autres de la « région accidentée de Samarie et de Judée » (qui correspond à la région des monts de Judée et de Samarie jusqu'à Beersheba). Les secteurs de Jérusalem et Bethléem y sont quant à eux exclus et relèvent du corpus separatum, zone neutre internationale. Cette « région accidentée de Samarie et de Judée » ne correspond toutefois pas totalement à l'actuelle Cisjordanie, nettement plus réduite du fait des conquêtes israéliennes de 1948-1949, et qui à l'inverse inclut désormais Jérusalem-Est et Bethléem selon la communauté internationale.
En Israël, bien que l'utilisation de l'expression « Judée-Samarie » pour désigner la Cisjordanie soit minoritaire jusqu'en 1967, voire même jusqu'en 1977, cette dénomination est progressivement adoptée avec l'occupation de la Cisjordanie par l'armée israélienne, consécutive à la guerre des Six-Jours. Elle prend un caractère officiel avec une décision prise le 17 décembre 1967 par le gouverneur militaire israélien en Cisjordanie occupée, puis plus résolument depuis l'avènement du premier gouvernement de droite de Menahem Begin et l'accélération de la colonisation, à partir de juin 1977. L'objectif est alors d'hébraïser les toponymes en leur donnant une résonance biblique. Cette appellation est aussi reprise dans le nom israélien de « District de Judée et Samarie », non reconnu officiellement et qui couvre uniquement les colonies israéliennes implantées illégalement dans la zone C de Cisjordanie (territoires entièrement sous contrôle israélien).