Ce Jour-là

Cinq journées de Milan

Insurrection populaire survenue à Milan en 1848

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Les cinq journées de Milan est l'expression qui désigne la révolution que connaît Milan dans le prolongement du Printemps des peuples et qui commence le 18 mars 1848 contre l'autorité de l'empire d'Autriche. Milan est alors une des capitales du royaume lombardo-vénitien. Les impériaux qualifient ces événements de guerre civile tandis que les Milanais parlent de mouvement de libération face à une occupation étrangère.

À l'issue de cinq jours de combats, la population de la ville chasse les autorités et les troupes autrichiennes. La municipalité instaure un gouvernement provisoire modéré en conflit avec les opposants milanais, républicains et fédéralistes présents dans la ville. La municipalité fait appel à son voisin, le roi Charles-Albert de Sardaigne, qui voit là l'occasion d'agrandir son royaume. Charles-Albert déclare la guerre à l’Autriche et annexe la Lombardie, qu'il est cependant contraint d'abandonner après ses revers militaires, ce qui l'oblige à abdiquer.

L'insurrection provoque une vive émotion et attire à elle des éléments révolutionnaires, comme Mazzini et Garibaldi alors exilés, suscitant de larges craintes chez les monarchistes.

L'insurrection constitue, dans l'historiographie du Risorgimento, un des épisodes majeurs de l'unification italienne, car elle est la seule initiative populaire victorieuse d’envergure et inaugure les événements qui vont conduire à l'unité de l'Italie.

Après la révolution qui renverse Louis-Philippe Ier en France, les Hongrois se soulèvent et demandent à l'Autriche l'application d'une constitution moderne, démocratique et représentative. Les étudiants viennois réclament à leur tour la liberté de la presse et la réforme des institutions. L'armée réprime violemment la contestation qui s'étend au reste de la population. L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche décide alors de se séparer du chancelier Metternich avant d'accepter une constitution et de former un nouveau gouvernement. La révolution s'étend cependant à tout l'empire, notamment dans le royaume lombardo-vénitien, où Venise est la première à s'insurger.

Milan est, conjointement avec Venise, l'une des capitales du royaume lombardo-vénitien, un État dépendant de l'Empire autrichien constitué par la volonté de Metternich au cours du congrès de Vienne, qui suit la chute de l'Empire napoléonien. Les principales villes de la péninsule italienne disposent d'une intelligentsia qui mène depuis de nombreuses années une activité nationaliste. Il en est ainsi, à Venise, avec Daniele Manin et, à Milan, avec Carlo Cattaneo.

Dès janvier 1848, la situation à Milan s'envenime. Un boycott du tabac (« sciopero del fumo »), destiné à pénaliser les taxes du gouvernement autrichien, s'aggrave, provoquant des exactions de la part des troupes impériales et la mort de 6 personnes et 50 blessés. Ces événements s'étendent à d'autres villes, notamment Pavie, et contribuent à augmenter la haine de la population envers les Autrichiens. Vienne applique une politique répressive et décrète l'arrestation de militants nationalistes. Le 30 janvier, le transit des armes et munitions de guerre est interdit et, le 1er février, la censure est instaurée, ce qui provoque de nouveaux désordres. Le 17 mars, la nouvelle de l'insurrection viennoise arrive à Milan.

Au cours de ces journées, le vice-roi du royaume lombardo-vénitien, l'archiduc Rainier d'Autriche, et le gouverneur de Milan, Johann Baptist Spaur, sont tous deux absents. Seul le maréchal Radetzky, un général octogénaire mais énergique et rigide, assure l’intérim. À Milan, la garnison autrichienne est nombreuse, 14 000 hommes puissamment armés, essentiellement des Hongrois, Croates et autres Slaves.

Le comte O'Donnell, qui remplace le gouverneur absent, annonce l'intention de l'empereur de faire une loi sur la presse et de réunir, avant le 3 juillet, une assemblée des différentes nationalités sous l'emprise autrichienne. Les intentions étant trop imprécises, Attilio De Luigi, mazzinien, et d'autres nationalistes décident d'organiser une manifestation populaire. Ils évoquent aussi les noms des futurs membres d'un gouvernement provisoire.

Cesare Correnti prépare une proclamation qui demande la liberté de la presse, la création d'une garde civile, la convocation d'une représentation nationale et la neutralité de l'armée. Le podestat Gabrio Casati et certains membres de la municipalité constituent l'aile modérée et souhaitent obtenir des concessions de Vienne mais se refusent à une insurrection armée.

Contrairement aux Vénitiens, qui souhaitent l'autonomie, les Milanais envisagent l'union avec le Piémont, tout en espérant une action militaire de celui-ci, ce qui les mettrait à l'abri d'une répression autrichienne. Certains, comme Carlo Cattaneo, méfiants à l'égard de Charles-Albert de Sardaigne et sceptiques quant au succès d'une révolution, souhaitent quant à eux obtenir une autonomie de la Lombardie.

Un groupe armé de Milanais, qui précède l'arrivée de Casati devant le palais du gouverneur, tue une sentinelle et capture O'Donnell. Celui-ci est alors contraint de signer trois décrets : la destitution du chef de la police, l'ordre à la police de remettre ses armes à la municipalité et la création de la garde civile. Casati, Cernuschi et des insurgés sont pris dans une fusillade orchestrée par un détachement autrichien et, alors qu'ils recherchent encore une solution pacifique, le chef de la police, Torresani-Lanzfeld, refuse les décrets d'O'Donnell obtenus sous la contrainte.

La garde civile se forme spontanément tandis que Radetzky organise rapidement des contre-mesures. Les détachements autrichiens sortent des casernes et occupent les points stratégiques. La population organise les premières barricades, jette par les fenêtres le mobilier et les matelas. Les premiers tirs avec un armement sommaire ont lieu, accompagnés de jets de vases de fleurs depuis les balcons et de tuiles depuis les toits.

Les Autrichiens capturent une centaine de personnes dont des conseillers municipaux et l'ancien général Teodoro Lechi, à peine a-t-il accepté le commandement des milices révolutionnaires. Celles-ci sont ensuite conduites à la Rocchetta, au château des Sforza, où un grand nombre d'entre elles reste jusqu'à la fin de l'insurrection tandis que d'autres vont être emmenées par Radetzky comme otages.

Toute la ville se révolte, les détachements autrichiens se trouvent isolés par 1 600 barricades qui communiquent entre elles par l'intermédiaire des Martinitt, les enfants des orphelinats. Les révolutionnaires sont de toutes les tendances : parmi eux, on trouve des mazziniens, des fédéralistes, des partisans de la monarchie piémontaise ainsi que d'ardents catholiques. Une des barricades est tenue par des séminaristes et la population en appelle au pape Pie IX en raison du crédit dont il bénéficie grâce aux mesures qu'il a prises : amnistie générale pour les détenus et les exilés politiques et adoption d'une constitution.

Radetzky menace de bombarder la ville dont les insurgés sont des ouvriers, des artisans, des étudiants et de nombreuses femmes qui ne disposent que de peu d'armes. Des meneurs se révèlent comme Manara, Cernuschi, Agostino Anfossi. Les Autrichiens abandonnent le centre au profit du château et des bastions.

Tandis que les combats s'amplifient, Cattaneo forme un conseil de guerre avec Cernuschi, Clerici et Terzaghi afin de coordonner l'insurrection, notamment pour prendre les portes de la ville et rallier la campagne lombarde. La communication entre les deux positions se fait par des ballons dont l'objectif est de mobiliser la Lombardie.

Dès que l'insurrection est connue, elle suscite une vive émotion dans toute la péninsule italienne. Les premiers secours arrivent de Côme, Pavie et même de la Suisse italienne. Les patriotes génois demandent à partir pour Milan, on note la présence de Nino Bixio et de Goffredo Mameli qui part, dans la nuit, avec 300 mazziniens. Des volontaires viennent d'autres régions. Ils sont cependant stoppés dans leur marche par les troupes piémontaises qui leur interdisent le passage. Les volontaires, souvent républicains, font plus peur au roi Charles-Albert que les Autrichiens. Les premiers n'arrivent à Milan que le 23 alors que la ville est libérée.

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