La Cilicie est une région historique d'Anatolie méridionale et une ancienne province romaine située dans l'actuelle Turquie. Elle était bordée au nord par la Cappadoce et la Lycaonie, à l'ouest par la Pisidie et la Pamphylie, au sud par la mer Méditerranée et au sud-est par la Syrie.
Elle correspond approximativement aujourd'hui à la province turque d'Adana, une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.
La Cilicie, un des royaumes antiques d'Anatolie, apparaît dans l'histoire sous la dénomination de « Khilakkou » dans les sources assyriennes et égyptiennes. Elle est disputée entre les Phrygiens, les Cimmériens, les Assyriens et les Ourartéens, avant de devenir un royaume indépendant au VIIe siècle av. J.-C., avec Tarse pour capitale. Au Ve siècle av. J.-C., alors qu'elle est devenue perse en 548, Hérodote la décrit sous le nom de « Cilicie » (Κιλικία), comme une satrapie dont l’étendue est plus grande que dans les acceptions ultérieures données à ce nom. Au nord, elle va jusque sur le cours du Halys (Kızılırmak). À l’est, elle va jusqu’à l’Euphrate et au sud jusqu’aux environs de l’embouchure de l’Oronte. Hérodote distingue la « Cilicie montagneuse » et la plaine de Cilicie appelée « Plaine Aléienne ». La plaine Aléienne d’Hérodote correspond sans doute à la partie marécageuse en bord de mer, formée par les sédiments des deux fleuves Seyhan et Ceyhan et qui correspond bien au vocable turc de Çukurova. Le cours de ces deux fleuves s'est modifié à plusieurs reprises. À certaines périodes, ils ont eu une embouchure commune, ce qui explique que le Seyhan n'est parfois cité que comme un affluent du Ceyhan. Actuellement leurs embouchures sont distantes de plus de 60 km.
Entre les années 1851 et 1853, Victor Langlois effectue un voyage en Cilicie et dans le Taurus par ordre de l’empereur Napoléon III. Ce récit de voyage permet de résoudre nombre de problèmes posés par les changements de toponymes.
La statue de Çineköy permet de savoir que la Cilicie était peuplée par les Hiyawa/Ahhiyawa, peuple présent depuis au moins le IIe millénaire av. J.-C., et dont la capitale était Mopsueste. Ce royaume s’est allié à l’Assyrie. Le roi Midas envahit la Cilicie.
Alexandre le Grand conquiert la Cilicie sur Darius en 333 av. J.-C. après la bataille d'Issos ; à sa mort, elle échoit au Royaume séleucide avant d'être partagée entre le royaume de « Cilicie trachée » à l'ouest (Τραχεία Κιλικία : la « Cilicie âpre », avec la capitale à Korakesion, l'actuelle Alanya) et le royaume d'Arménie (sous Tigrane II) à l'est.
Au Ier siècle av. J.-C., Rome fait de la Cilicie une province de son empire. D’après la géographie de Strabon (fin du Ier siècle av. J.-C. - début du Ier siècle) la Cilicie commence à Alanya à l'ouest et va jusqu’à Tarse à l'est. Strabon signale un peu plus loin dans le texte que « quelques auteurs » font commencer la Cilicie non pas à Alanya, mais à Kelenderis (aujourd'hui Aydıncık) soit près de 130 km plus à l’est. À l'inverse, Pline l'Ancien place la limite occidentale de la Cilicie sur le fleuve Mélas (aujourd'hui Manavgat Nehri) soit 55 km plus à l'ouest. À Tarse (Ταρσός = Tarsos), ou plus précisément à Mezitli (Soli/Soles ; appelée ensuite Pompeiopolis), on entre dans la plaine de Cilicie, dite « Cilicie pédicule », aujourd'hui Çukurova en turc. Dans cette description de Strabon, la Cilicie trachée comprend les actuels districts d’Alanya et de Gazipaşa dans l’actuelle province d’Antalya et l’İçel dans l'actuelle province de Mersin, moins les districts d’Anamur et de Bozyazı si l’on considère que la limite ouest de la Cilicie est Aydıncık. Les districts du sud de l’actuelle province d’Adana forment la Cilicie pédicule. Les actuels districts côtiers d’Erzin, Dörtyol et Iskenderun, dans le Hatay, formaient la « Cilicie de l’Issos ».
Vers 27 apr. J.-C., sous l'empereur Tibère, la Cilicie est rattachée à la province de Syrie. Certaines parties de la région restent néanmoins dirigée par des souverains locaux jusqu'à l'annexion complète par Vespasien en 74. La province est suffisamment importante pour qu'un proconsul, Appius Claudius Pulcher, y soit nommé en 53 av. J.-C..
Septime Sévère y remporte une bataille contre Pescennius Niger en 194.
Vers 297, l'empereur Dioclétien opère un redécoupage des provinces. La Cilicie est alors divisée en trois parties : l'Isaurie au sud d'Iconium (Konya), approximativement les provinces turques de Konya et d'Antalya ; Cilicia prima avec comme capitale Tarse, et comme autres villes Adana et Pompeiopolis (Soles), approximativement la province de Mersin et une partie de la province d'Adana ; Cilicia secunda avec comme capitale Anazarbe (Aǧaçli) et comme villes Mopsueste (Yakapinar), Ægée (Yumurtalık) et Issos d'Alexandrie (aux environs d'Iskenderun), approximativement l'est de la province d'Adana et les districts maritimes de la province du Hatay.
Sous la domination romaine, la région achève de s’helléniser et se christianise au IIIe siècle.
En 622, Héraclius y remporta une bataille contre Khosro II.
Liste (partielle) des proconsuls romains de Cilicie
Lucius Cornelius Sulla (vers -96)
Cnaeus Cornelius Dolabella (-80)
Publius Valerius Vatia Isauricus (-78 à -74)
Lucius Licinius Lucullus Anticus (-73 à -65)
Titus Ampius Balbus (-57 à -56)