Christiane Rochefort est une écrivaine française, née le 17 juillet 1917 à Paris 14e et morte le 24 avril 1998 à La Garde (Var).
Elle publie certains livres sous les pseudonymes de Benoît Becker et Dominique Féjos, avant le véritable début de sa carrière littéraire avec Le Repos du guerrier, à 41 ans.
Lorsque Christiane Rochefort nait en juillet 1917 son père René Rochefort exerce la profession de téléphoniste et sa mère Jeanne Écolan celui d'employée des postes. Pendant la Seconde guerre mondiale, sa mère Jeanne Écolan était intégrée sous le pseudo de « Flora » au dispositif clandestin de planques de la direction du Parti communiste français chapeauté par Arthur Dallidet puis par son frère Raymond. Elle avait notamment hébergé Henri Raynaud après l'évasion de ce dernier du camp de Châteaubriant en juin 1941.
Christiane Rochefort grandit avec sa mère dans le Limousin, son père les rejoint quand elle a 9 ans. Elle est en classe de philosophie au lycée Fénelon de Paris, où elle passe son deuxième baccalauréat. Elle s'inscrit dans plusieurs filières universitaires (médecine, psychologie, ethnologie) mais ne poursuit pas ses études. Elle rompt avec sa famille alors qu'elle est encore mineure.
Elle pratique différentes activités artistiques, dont l'écriture, le dessin et la sculpture. En juillet 1939 parait "Points de départ pour le renouveau révolutionnaire" texte co-écrit avec le poète Pierre Caminade avec qui elle vit pendant l'Occupation. Elle travaille en tant que secrétaire, journaliste.
Le 17 mai 1946 elle se marie dans le 16e arrondissement de Paris avec Albert Desemberg, journaliste et scénariste connu sous le pseudonyme de Jean Néry.
À partir de 1947 elle travaille 5 mois par an en tant qu'attachée de presse pour le Festival de Cannes.
Afin de pouvoir se consacrer à l'écriture elle divorce d'Albert Desemberg en 1953. Elle partage sa vie avec le poète, scénariste, journaliste Amos Kenan (en) à la fin des années 1950. En 1960 elle écrit « le mariage et l'amour n'ont rien à faire ensemble. Ces deux données sont totalement indépendantes l'une de l'autre ».
Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (22e division). L'éléphant sculpté pour lequel elle a reçu le grand prix de la Ville de Paris en 1958 est placé sur sa tombe.
En septembre 1960, elle signe le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ». Dans le contexte d'alors cette signature est une prise de risque.
Au cours des événements de Mai 68 elle signe plusieurs communiqués : soutien des écrivains aux étudiants, appel au boycott de l'ORTF. Par solidarité avec les cinéastes protestataires elle démissionne de son poste d'attachée de presse du Festival de Cannes.
Christiane Rochefort est aussi connue pour son engagement féministe. Militante, elle s'engage activement au Mouvement de libération des femmes (MLF) groupe avec lequel elle a notamment participé au dépôt de gerbe à la femme du Soldat inconnu à l’Arc de triomphe en 1970. La même année elle participe à la rédaction du contre questionnaire des États généraux du journal Elle. Christiane Rochefort publie à plusieurs reprises des articles et chroniques féministes dans Le torchon brûle et Les temps modernes. Elle a cherché des signatures et fait elle-même partie des signataires du manifeste des 343 femmes déclarant avoir avorté et publié le 5 avril 1971. Dans la suite de cette signature elle contribue avec Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Jean Rostand et quelques autres, à créer le mouvement féministe Choisir la cause des femmes. Elle rédige le préambule de la traduction en français de SCUM manifesto de Valerie Solanas qui sort en 1971. Elle est une des contributrices du Livre de l'oppression des femmes paru en 1972.
Christiane Rochefort s'est également positionnée contre la domination des adultes sur les enfants, sujet auquel elle a consacré plusieurs livres. Elle se positionne également contre le statut de mineur. Interrogée par France Culture en 1976, elle disait :« Les enfants on ne les connaît pas parce que tout en les observant on les contrôle et on les surveille, tout simplement car on est des adultes. On est le pouvoir, l'enfant sait qu'il est contrôlé et qu'il peut être puni.»
Cet engagement transparait dans son œuvre. Dans Printemps au parking (1969), un adolescent fuit sa famille et découvre l'amour homosexuel tandis que Encore heureux qu'on va vers l'été (1975) narre la fugue de toute une classe de cinquième. Enfin dans La Porte du fond (1988), elle raconte l'insoumission d'une jeune fille confrontée à un père incestueux. Refusant le principe de majorité sexuelle elle signe dans le contexte de l'affaire de Versailles une pétition parue le 26 janvier 1977 contre la détention préventive effectuée par les trois accusés d'attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de moins de quinze ans. Quatre mois plus tard elle signe un appel à la révision du code pénal à propos des relations mineurs-adultes, texte qui aborde entre autres la répression des relations homosexuelles.
Écologiste, critique de la société de consommation dans son œuvre, Christiane Rochefort a soutenu en 1974 le premier candidat écologiste à l'élection présidentielle René Dumont. Elle a rejoint Les Amis de la terre dans les années 1980 et a contribué à la revue Le Sauvage, créé par le fondateur de l'association. Dans une de ses œuvres les plus connues, Les Petits Enfants du siècle, « Rochefort s'attaque à l'urbanisme, à la violence de l'architecture, qui impose un mode de vie et de pensée, et elle dénonce les ravages de la société de consommation », détaille la professeure de littérature française Martine Sagaert dans Nouvelles Questions féministes.
« Au fait, j'aime la littérature de révolte, de résistance, de remise au clair », résume l'autrice dans un entretien, en 1981. Se défendant d'être un écrivain engagé elle préférait d'ailleurs employer le terme "écrevisse".
Son premier roman Cendres et ors, sorti en 1956, est remarqué. Elle publie les deux suivants sous le pseudonyme de Dominique Féjos. Deux fois lauréate de prix littéraires (Prix de la Nouvelle Vague en 1958, Prix Médicis en 1988), elle élabore une œuvre composite où les études psychologiques (Les Petits Enfants du siècle, 1961) côtoient les études de mœurs (Le Repos du guerrier, 1958, inspiré de sa vie commune avec Amos Kenan, qui est son premier succès et pour lequel elle manque de peu le prix Femina, Encore heureux qu'on va vers l'été, 1975) et des ouvrages faisant appel au surnaturel et à l'excessif baroques, tel Archaos ou le Jardin étincelant (1973), qui décrit, sous des allures de conte traditionnel sinon d'historiographie officielle imaginaire, la naissance et les aventures de celui qui deviendra, par succession héréditaire, le Roi du pays d'Archaos.
1953 : « Le Démon des pinceaux » dans le recueil mensuel Les Œuvres libres, Fayard