Ce Jour-là

Christian de Chergé

Prêtre religieux français, martyr d'Algérie

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Christian de Chergé (18 janvier 1937 - 21 mai 1996) est un prêtre catholique français de l'ordre cistercien de la Stricte Observance qui fait partie des sept moines de Tibhirine vivant en Algérie pris en otage et assassinés en 1996.

Reconnu martyr par l'Église catholique en janvier 2018, il a été proclamé bienheureux avec les dix-huit autres martyrs d'Algérie le 8 décembre 2018.

Charles-Marie-Christian de Chergé naît le 18 janvier 1937 à Colmar (Haut-Rhin), dans une famille de noblesse d'ancienne extraction (1489), originaire du Poitou. La famille compte notamment dans les générations précédentes des officiers et un historien en la personne de Charles de Chergé (1814-1885).

Christian a sept frères et sœurs (dont l'une deviendra xavière). Il passe une partie de sa petite enfance à Alger où son père, officier d'artillerie polytechnicien, sert comme chef d'escadron au 67e régiment d’artillerie d’Afrique. La famille retourne plus tard à Paris, où il entre à l'école Sainte-Marie de Monceau, dirigée par les religieux marianistes, et fait du scoutisme à la Troupe 104e Paris (Sainte-Marie de Monceau) et 27e Paris (Saint-Philippe-du-Roule), qui porte son nom depuis 1998. À Sainte-Marie, de 1947 jusqu'en 1954, année de son baccalauréat, il mène une scolarité brillante. En 1954, il fait partie des neuf élèves présélectionnés pour le prix des anciens élèves ; de fait, dans la section scientifique, il est alors premier en physique et histoire, second en géographie et troisième en mathématiques, chimie, sciences naturelles et anglais, ce qui lui vaut de recevoir le premier prix d'excellence. Sa vocation se précise dès l'âge de huit ans. En 1956, il entre au séminaire des Carmes.

Son père, le général de division Guy de Chergé est né en 1906 et meurt en 1978 ; sa mère, Monique de Chergé, est née en 1912 et meurt en 2001.

Il retrouve l'Algérie en 1959 pour effectuer son service militaire comme aspirant. Il est placé au contact de la population dans les SAS. Il apprécie ces missions parfois menées dans des situations difficiles mais grâce auxquelles il noue des liens d'amitié. Il se souviendra fortement d’un Algérien qui risqua sa vie pour lui : Mohamed, un garde champêtre, père de dix enfants. À Christian qui lui avait promis de prier pour lui, Mohamed, en musulman, avait répondu : « Je sais que tu prieras pour moi. Mais vois-tu, les chrétiens ne savent pas prier ! » Mohamed protège Christian alors que, isolé, il est menacé par des fellagas. Le lendemain matin, Mohamed est retrouvé assassiné. Christian n'oubliera jamais cet ami :

« Dans le sang de cet ami, j’ai su que mon appel à suivre le Christ devrait trouver à se vivre, tôt ou tard, dans le pays même où m’avait été donné le gage de l’amour le plus grand. » L'indépendance de l'Algérie est proclamée en 1962.

Il est ordonné prêtre en l'église Saint-Sulpice de Paris en 1964. Il dit sa première messe en l'église Saint-Philippe-du-Roule, paroisse de sa famille. De 1964 à 1969, il est chapelain à la basilique de Montmartre et directeur de la maîtrise. Il accomplit en 1969 son désir profond d’entrer à la Trappe pour revenir en Algérie, au monastère de Tibhirine (abbaye Notre-Dame de l'Atlas). Il y arrive en 1971 après le noviciat à l’abbaye d’Aiguebelle. Il étudie la culture et la langue arabes à Rome, chez les pères blancs, à l'Institut pontifical d’études arabes et d’islamologie de 1972 à 1974. De retour dans cette petite communauté, il insuffle un esprit d'ouverture au voisinage. Il exerce plusieurs fonctions, comme la culture du verger et l'entretien des ruches.

En 1984, il est élu prieur titulaire. de l'abbaye Notre-Dame de l'Atlas, qui n'est plus rattachée à Aiguebelle :

Il se consacre au dialogue islamo-chrétien. Il étudie et médite les sourates du Coran relatives à « Jésus, fils de Marie », aux « gens du Livre » et aux chrétiens, compare les termes des deux religions, les concepts, comme celui de la Miséricorde et du « Miséricordieux », « Ar rahman », et « Rahma » (رحمة Miséricorde). Il travaille sur un des principaux noms d'Allah, le Dhikr et sur la parabole des Vierges folles et des Vierges sages. Il cherche à percer la clef du mystère de la place de l'Islam dans le « Mystère du Salut », en refusant l'idée d'une religion « scandaleuse ». Il souligne les « faiblesses» des chrétiens à vivre l'Évangile. Il connaissait en plus de la langue arabe plusieurs langues, dont le latin, le grec et l'hébreu.

Christian de Chergé redécouvre sa vocation au cours d'une nuit mystique, une « nuit de feu », selon un terme pascalien, le 21 septembre 1975, où se noue dans la chapelle du monastère une prière commune entre lui et un "priant" musulman.

Il aime commenter cette sourate du Coran : « Ceux qui sont les plus disposés à sympathiser avec les musulmans sont les hommes qui disent : « Nous sommes des chrétiens. » Cela tient à ce que ces derniers ont parmi eux des prêtres et des moines et à ce qu’ils ne font pas montre d’orgueil. » (Coran, 5, 82). De leur côté, les musulmans soufistes du groupe de prière aimaient volontiers citer les Évangiles, qu'ils connaissaient. Ce dialogue spirituel qui n'était pas à sens unique, était relié aux œuvres actives du monastère comme le soutien scolaire, l'éducation, les soins au dispensaire, les repas communs et l'amitié.

Ami de la paix, il dénonce tous les conflits (Liban, Amérique latine, Angola) qui, dit-il, ne pourraient que le détruire.

À Tibhirine, au printemps 1979, Christian fonde avec Claude Rault, un père blanc devenu évêque du Sahara, le groupe Ribât-el-Salâm (Le Lien de la paix), qui échange sur la tradition et la spiritualité musulmane. À ce groupe viennent s’adjoindre, en 1980, des musulmans de la confrérie soufie Alawiya fondée par le cheikh Ahmad al-Alawi. Ce groupe se réunit régulièrement dans le monastère. « Le Ribât tenait grande place dans l’itinéraire de Christian et de la communauté des moines, offrant un lieu réel d’échange et de prière entre chrétiens et musulmans, dans le respect et la confiance mutuelle ».

Il doit être une "école d'humilité": "venez à moi parce que je suis doux et humble de cœur: cette image de Jésus hante l'Islam qui a toujours attendu des Chrétiens qu’ils la lui restituent" (septembre 1989).

Les « chapitres » de Tibhirine

Le père de Chergé prit en notes, d'une petite écriture serrée et très lisible, sur de grande feuilles, les chapitres des moines du monastère, dès qu'il en fut prieur. Les moines de Tibhirine se réunissaient en effet tous les matins en chapitre pour commenter les Écritures saintes et les Textes fondateurs..

Cela constituait ce qu'il appelait des « mini-séries ». Y sont abordés les thèmes suivants : les psaumes, les Communautés du Proche-Orient, la conversion, les commentaires de la règle de saint Benoît avec la méditation des vertus monastiques les plus chères à Saint Benoît telles que la prière et le travail (« Ora et Labora » est la devise bénédictine), Saint Bernard, la vie de Charles de Foucauld, le Cantique des cantiques, les Constitutions cisterciennes depuis Vatican II, la situation d’Église, le charisme du martyre, principalement.

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