Les Chicago Seven (« les sept de Chicago ») sont sept prévenus (Abbie Hoffman, Jerry Rubin, David Dellinger, Tom Hayden, Rennie Davis, John Froines, et Lee Weiner) accusés de conspiration, incitation à la révolte, et d'autres charges, en rapport avec les manifestations qui s'étaient déroulées à Chicago, lors de la convention nationale démocrate de 1968. Un huitième homme, Bobby Seale, dirigeant des Black Panthers et faisant initialement partie de ce groupe, fut jugé séparément lors du procès.
Tous les 7 ont été accusés puis acquittés par le Département de la Justice des États-Unis pour conspiration, Davis, Dellinger, Hayden, Hoffman et Rubin ont été accusés du crime fédéral de franchissement de frontières fédérales dans un objectif d'inciter à la révolte, Froines et Weiner pour avoir enseigné aux manifestants comment construire des armes incendiaires artisanales mais acquittés de ces accusations. Toutes les charges ont dans un second temps été annulées en appel et le gouvernement n'a pas souhaité que l'affaire soit jugée une nouvelle fois en première instance. Pendant le déroulement du procès, le Juge Julius Hoffman (en) a condamné les accusés et leurs avocats pour plusieurs outrages au tribunal à des peines de prisons allant de 3 mois à plus de 4 ans. Interjetés en appel, certaines ont été jugées une nouvelle fois par juge.
Cette affaire judiciaire à inspiré de nombreuses productions, cinématographiques, musicales et théâtrales.
La planification des manifestation de 1968
David Dellinger, alors à la tête du Comité National pour un Moratoire sur la Fin de la Guerre au Vietnam (Mobe en), réfléchit dès l'automne 1967 à des manifestations contre la guerre lors de la Convention Démocrate de 1968 à Chicago. De son côté, Vernon T. Grizzard, alors vice président de l'organisation étudiante Students for a Democratic Society (SDS, étudiants pour une société démocratique), commence lui aussi à organiser des plans pour une manifestation semblable. L'offensive du Tet lancée en janvier 1968 par les Việt Cộng et l'Armée populaire vietnamienne est un choc pour l'opinion public américaine, qui devient encore plus opposée à la poursuite de la guerre.
Rennie Davis et Tom Hayden deviennent les directeurs de l'antenne du Mobe de Chicago. Des Yippies, notamment Jerry Rubin et Abbie Hoffman, annoncent le 17 mars lors d'une conférence de presse, organiser un « Festival of Love » (festival de l'amour) pour protester contre la « convention of Death » (la convention de la mort du parti démocrate) :"Join us in Chicago in August for an international festival of youth music and theater [...] Come all you rebels, youth spirits, rock minstrels, truth seekers, peacock freaks, poets, barricade jumpers, dancers, lovers and artists [...] We are there! There are 500,000 of us dancing in the streets, throbbing with amplifiers and harmony. We are making love in the parks [...]"Lors d'une réunion de coordination en mars 1968, Hayden et Davis insistent sur leur volonté de faire de cette manifestation un événement non violent et légal.
De nombreuses manifestations ont lieu en avril 1968 après l'assassinat de Martin Luther King Jr, notamment à Chicago. En Juin 1968, Robert Kennedy est assassiné.
Les Mobe et Yippies demandèrent chacun de leur côté un permis pour manifester aux alentours de l'International Amphitheatre, où devait se dérouler la convention, mais celui-ci leur fut refusé par la municipalité dirigée par Richard Daley. Davis fait alors remonter au département de Justice qu'un permis de manifester permettrait un encadrement plus sécurisé des manifestations, ce qui diminuerait les risques de violences et de destruction, mais celui-ci s'oppose également à sa demande. Le Mobe attaque la décision en justice une semaine avant la convention, mais leur recours est rejeté le 23 Août.
Les évènements de Chicago (en)
Plusieurs groupes convergent vers Chicago pour manifester pendant la semaine de la Convention, même si cela leur a été interdit, notamment le Comité National pour un Moratoire sur la Fin de la Guerre au Vietnam (la Mobe), des Yippies, qui s'opposent à la guerre au Vietnam, ainsi que des membres du Black Panther Party et de la Conférence du leadership chrétien du Sud (the Southern Christian Leadership Conference, SCLC) qui luttent contre le racisme.
Des actions de manifestations non violentes s'organisent. Le vendredi 23 août, les Yippies proposent leur propre candidat pour les élections présidentiels, un cochon nommé Pigasus, arrêté peu après par la police alors qu'il « donnait une interview » aux journalistes avec 5 Yippies, peu après relâchés. Le week-end précédent le début de la convention, 10 000 manifestants ont rejoint la ville, dont 2 000 se sont installés au Lincoln Park, qui fut vidé le samedi soir sans autres incidents que l'arrestation de 11 personnes refusant de quitter les lieux grâce à la bonne volonté des participants.
La convention est lourdement protégée. 11 900 membres de la police de Chicago, près de 6000 membres de la garde nationale et 1000 agents de divers services de renseignement sont chargés d'assurer le déroulement de la convention nationale démocratique, avec plus de 5 000 autres membres de la garde nationale et 1 000 agents du FBI en alerte. Les pompiers de la ville sont également mis en état d'alerte et, la veille du début de la convention, 1 500 agents de la police de Chicago, incluant des snipers, sont positionnés autour de l'International Amphitheatre. Pour Walter Cronkite, « la convention démocrate va débuter dans un état policier. Il n'y a pas d'autres façon de le dire ».
Le Dimanche 25 Août, les chefs des différents mouvements auraient demandé à leurs manifestants de tester le blocus policier, alors que plusieurs milliers de manifestants s'étaient de nouveaux réunis dans le Lincoln Park pour célébrer autour de tambours, de feux de camps et de chants. À la fermeture du parc à 23h, la police de Chicago les force à se disperser en utilisant grenades lacrymogènes et matraques. De nombreux actes de violences policières sur les manifestants, journalistes et photographes sont reportés.
Le 26 août, des manifestants montent sur la statue du General Logan dans le Grant Park, la police les déloge violemment, notamment en cassant le bras d'un des manifestants.
Le 27 août, le Mobe obtient un permis pour manifester dans le Grant Park le 28 août. Cela ne suffit pas à Dillinger qui exprime aux médias sa volonté de « marcher, avec ou sans permis », et que le parc ne servirait que de point de rassemblement pour la manifestation.
Au matin du 28 août, Abbie Hoffman est arrêté pour s'être écrit « FUCK » sur le front. Dans l'après-midi, Dellinger, Seale, Davis et Hayden s'adressent à des milliers de manifestants dans Grant Park. Après leurs discours, ils sont plusieurs milliers à vouloir marcher vers l'international Amphitheatre, mais sont stoppés en face du Conrad Hilton Hotel (en), le quartier général de la convention où sont logés les candidats, par ce qui est décrit par David Taylor et Sam Morris du Guardian comme « une phalange de la garde nationale armée de fusils P1, de mitrailleuses et de véhicules blindés recouverts de barbelés ». Une violente confrontation éclate alors entre manifestants et policiers qui fit plus de 200 blessés et 600 arrestations, entièrement filmée par les chaînes de télévision nationale qui stoppèrent leur retransmission de la convention pour l'occasion.
Le lendemain après-midi, une seconde manifestation est organisée, mais est stoppée au croisement de la 18e rue et de la Michigan Avenue par la garde nationale. Après de nouveaux affrontements à la matraque et aux gaz lacrymogènes menant à de nombreuses arrestations, les manifestants se retranchent dans le Grant Park. Quelques heures plus tard, l'hôtel Hilton, où des supporters de McCarthy sont violemment attaqués par la police qui aurait coupé les communications une heure avant pour les empêcher d'appeler à l'aide.
À la suite de ces événements, le procureur général Ramsey Clark, considérant que les violences étaient essentiellement dues aux actions de la police de Chicago, retarda la procédure. Celle-ci fut relancée lorsque Richard Nixon arriva au pouvoir. Le 20 mars 1969, un grand jury fédéral inculpa huit responsables de la manifestation et huit officiers de police, les uns pour conspiration en franchissant les frontières d'un État en vue d'inciter à la révolte, et les autres pour violation des droits civiques. Le procès commença le 24 septembre 1969 présidé par le juge Julius Hoffman (en) (sans rapport avec Abbie), et avec les procureurs Richard Schultz et Tom Foran (en).