Le chemin de fer djibouto-éthiopien est une ancienne ligne à voie unique et métrique longue de 784 km, reliant Djibouti, la capitale de la république homonyme, à Addis-Abeba, capitale de l'Éthiopie.
La ligne a été construite entre 1897 et 1917, et inaugurée le 9 mai 1917.
La société exploitante s'est appelée Compagnie impériale des chemins de fer éthiopiens (CIE), puis Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien (CFE) à partir de 1909, avant de devenir la Compagnie du chemin de fer djibouto-éthiopien (CDE) en octobre 1981. L'exploitation de la ligne s'est définitivement interrompue dans les années 2000.
Elle est remplacée depuis 2016 par la nouvelle ligne à voie normale reliant Addis-Abeba à Djibouti.
La construction du chemin de fer est à replacer dans le contexte historique marqué par la volonté des puissances coloniales de dominer la Corne de l'Afrique. L'empereur Ménélik II, sorti victorieux de la bataille d’Adoua, tenait à l’indépendance de son pays.
Le premier projet de construction ferroviaire dans la Corne de l'Afrique semble être celui élaboré par Brémond, en 1883, qui envisageait de relier la côte à l'Awash. Mais c'est l'ingénieur suisse Alfred Ilg qui obtient le 9 mars 1894 une concession de Menelik II qu'il essaye de mettre en œuvre avec le commerçant Léon Chefneux. Cette concession prévoit « la construction et l'exploitation d'un chemin de fer allant de Djibouti à Harrar, de Harrar à Entotto, et d'Entotto au Kaffa et au Nil Blanc» (art. 1). Ce n'est qu'après la victoire éthiopienne d'Adwa que les autorités françaises autorisent le passage gratuit de la ligne sur le territoire de la Côte française des Somalis.
La ligne prévue par la concession devait se diviser en trois sections : un point terminal partant de Djibouti pour arriver à Harar, une étape intermédiaire qui relierait Harar au comptoir d’Enttoto, et un dernier tronçon parcourant l’Afrique Nilotique.
Le projet souleva de nombreuses objections tant en Éthiopie que dans les territoires parcourus par la ligne. Les dignitaires des groupes locaux craignaient que le chemin de fer n'accentue la colonisation européenne. Les propriétaires de caravanes de chameaux considéraient ce projet comme entrant en concurrence directe avec leurs activités. Les Européens (Italie et Royaume-Uni) firent eux aussi part de leurs réserves quant à l'impact de l'entreprise ferroviaire sur leurs propres intérêts économiques.
En 1896 se crée la première compagnie ferroviaire, privée, la Compagnie impériale du chemin de fer franco-éthiopien (CIE), au capital de 2 millions de francs répartis en 4 000 actions.
Après que, le 5 novembre 1896, Menelik accepte que la première section ne se termine pas à Harar mais reste dans la plaine, la construction de la ligne commence à Djibouti en octobre ou novembre 1897. Un premier tronçon, entre Djibouti et Dewele (108 km) est ouvert à l'exploitation le 14 juillet 1900.
Les fonds sont insuffisants et la société fait appel à des capitaux britanniques (les frères Ochs). Cependant, les frais financiers et de complexes manœuvres financières (par exemple le capital n'est pas appelé et la société utilise de coûteux emprunts), maintiennent la compagnie au bord du dépôt de bilan. C'est la convention dite « Bonhoure-Chefneux », du 6 février 1902, approuvée par la loi du 4 avril, qui, en accordant à la compagnie une subvention annuelle de 500 000 francs en échange du retrait des capitaux britanniques, permet d'amener la voie à la ville nouvelle de Dire Dawa en décembre 1902.
Alors que les travaux avancent, les tribus nomades somalis s'inquiètent de la fin de leur contrôle du commerce caravanier. Les relations des habitants avec la compagnie et ses salariés sont tumultueuses et très violentes. En février 1899, neuf ouvriers sont tués dans une attaque du chantier. Le service de sécurité de la compagnie organise des représailles, attaque les campements, razzie les troupeaux… En février 1900, le gouverneur dénonce les pratiques des constructeurs qui « peuvent se résumer en cinq mots : refus de paiement, ligotage des indigènes, bastonnades, viols de femmes, au besoin assassinats ».
Les discussions s’apaiseront après qu’un des délégués français écarta les jambes et s’exclama : « Dans l’immensité de votre territoire nous ne vous demandons rien que l’espace entre mes deux pieds, comment pouvez-vous nous le refuser ? »[réf. nécessaire]. Les chefs de tribus acceptèrent mais obtinrent la gratuité du transport pour les personnes membres de leur clan[réf. nécessaire].
La Compagnie rencontre des difficultés multiples. Le chantier a été sous-évalué (225 km au lieu des 310 réels), le terrain est difficile, et surtout l'argent manque et les travaux piétinent. Le trust britannique piloté par les frères Ochs tente de prendre le contrôle de la Compagnie. Ils proposent dès 1898 de garantir le financement en échange de l'abandon du monopole sur les voies ferrées vers le Shewa, et donc la possibilité de construire un embranchement vers les ports britanniques du Somaliland, Zeila ou Berbera. Le Comité de l'Afrique française et les milieux coloniaux obtiennent que le caractère français de la ligne soit maintenu. La convention de 1902 (voir plus haut) qui met la compagnie sous contrôle des autorités coloniales, et des techniques de construction sommaires (comme la « ligne molle » qui fait traverser les rivières temporaires en posant la voie sur le fond sans construire de pont) permettent au chemin de fer d'atteindre la plaine où s'établit Dire Dawa en décembre 1902.
Cependant la prise de contrôle par un État étranger de la compagnie chargée de la construction de la principale infrastructure de transport du pays ne peut laisser les autorités éthiopiennes indifférentes. Menelik n'accorde donc pas l'autorisation de construction de la deuxième section, et tente de s'appuyer sur les autres puissances européennes. Mais l'accord du 13 décembre 1906 qui partage l'Éthiopie en zones d'influences réservées à la France, l'Italie et le Royaume-Uni ne lui laisse aucune chance. Il marque aussi l'abandon par la France de la troisième section, entre Addis Abeba et le Nil.
La Compagnie impériale, abandonnée par la France, l'Éthiopie et le Royaume-Uni, est amenée au dépôt de bilan le 3 juin 1907. Elle a dépensé en tout 47,8 millions de francs, dont 10 millions de frais financiers, 4 millions de droits à Ilg et Chefneux et 32,5 millions de frais de construction. C'est l'administration coloniale de Djibouti qui prend alors en charge sa gestion provisoire en régie.
Malgré quelques tentatives de résistance, Menelik est contraint en 1908 de signer sous la pression de l'envoyé français Antony Klobukowski deux accords. Le premier, signé le 10 janvier 1908, est un traité d'amitié qui prévoit un régime dit de « capitulation » pour les Européens résidant en Éthiopie, qui relèvent alors en droit civil et pénal de leur consul. Le second, le 30 janvier 1908, est la concession de la ligne à un Français, son médecin, le docteur Joseph Vitalien, représentant d'une compagnie à créer chargée de l'exploitation du tronçon existant et de la construction de la deuxième section.
La nouvelle « Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien » est constituée par de grandes banques françaises, sous la houlette de la Banque de l'Indochine. Entre le 5 et le 8 mars 1909, plusieurs accords organisent les relations entre le gouvernement français et la compagnie et l'indemnisation des actionnaires de la Compagnie impériale. En échange de la garantie financière totale de l'État, la construction, l'exploitation et la gestion de la ligne sont contrôlées par le gouvernement français sur l'ensemble du tracé. Le chemin de fer est alors une enclave souveraine française en Éthiopie, marquant la faiblesse de l'indépendance éthiopienne à ce moment.