Charlotte Puiseux, née le 17 août 1986 dans le 14e arrondissement de Paris et morte le 9 août 2026 à Caen (Calvados), est une chercheuse et militante antivalidiste française, philosophe, conférencière et psychologue clinicienne.
Elle est parmi les premières personnalités en France à consacrer des travaux poussés à la théorisation du validisme systématique de la société et à sa dénonciation. En s'appuyant sur ses travaux universitaires, son militantisme et son expérience directe en tant que femme handicapée, elle met l'accent sur la responsabilité de la société qui infériorise les corps jugés déviants. Autrice d'un apport fondamental aux idées et à la culture crip, elle mêle la réflexion sur le modèle social du handicap à l'intersectionnalité avec diverses assignations sociales, notamment en lien avec la pensée anticapitaliste, féministe et queer.
Charlotte Julie Puiseux naît le 17 août 1986 dans le 14e arrondissement de Paris, « dans une famille d’artisans originaires de la Manche », « garagistes peu politisés ».
Elle a une amyotrophie spinale de type 2, une myopathie rare très invalidante paralysant de nombreux muscles, qui lui est diagnostiquée alors qu'elle a six ans. En fauteuil roulant depuis l'enfance, elle n'a jamais marché. Elle participe au Téléthon à 5 ans ; elle le critiquera plus tard comme « dépolitisant » le handicap.
Elle va à l'école, mais y expérimente douloureusement le validisme ordinaire. Elle résume cette expérience en évoquant des camarades qui lui apportaient une aide — souvent empreinte de présupposés validistes — tout en ne l'invitant jamais à leur anniversaire.
Elle est élève en classe préparatoire littéraire, puis étudiante à l'université. Elle obtient un master en philosophie et en psychologie. Elle interrompt son doctorat pour entrer dans la vie active et exercer la psychologie clinique pendant plusieurs années. Devenue militante pour les droits des personnes handicapées, c'est sous cet angle qu'elle entreprend de nouveau une thèse, dans le domaine de la philosophie politique.
Engagée pour les questions féministes, elle rejoint en 2014 le média Les Ourses à Plumes, dans lequel elle écrit sur les vécus des femmes en situation de handicap et sur le militantisme antivalidiste.
En 2018, elle soutient sa thèse, intitulée « Queerisation des handicaps : le militantisme crip en questions », à l'université Paris-Diderot, sous la direction d'Anne Kupiec.
Elle rejoint le Nouveau Parti anticapitaliste pendant ses études, en millitant au sein de la commission handicap et le quitte par la suite.
En 2022, elle publie De chair et de fer. Vivre et lutter dans une société validiste, où elle partage ses réflexions sur le handicap et le validisme. Elle s'y place à contre-courant de toute complainte essentialiste et misérabiliste, aussi bien que de tout récit axé sur la résilience et le dépassement de soi.
En 2025, elle publie l'essai Plutôt vivre, avec la militante handiféministe et journaliste Chiara Kahn, en réaction au propos de Michel Drucker, « plutôt mourir que d’être handicapé », au moment où il est opéré du cœur en 2021.
Charlotte Puiseux écrit aussi des poèmes sur les luttes et les vécus féministes, crip et queer dans une société marquée par les discriminations structurelles. Cette démarche n'est pas séparée de son travail d'essayiste. Le poème De chair et de fer donne ainsi son titre à l'ouvrage théorique correspondant, au début duquel il est présenté.
Elle meurt le 9 août 2026 à Caen, à l'âge de 39 ans, d'un accident vasculaire cérébral (AVC). Elle était hospitalisée depuis le 3 août à la suite d'un premier AVC. De nombreux hommages lui sont rendus pour saluer une figure importante du milieu antivalidiste, et des condoléances sont adressées à sa famille.
Elle est mariée avec Vincent Colleau. Juste après la naissance de leur fils, alors qu'elle a trente ans, elle s'établit en Normandie, à Avranches, dans le département de la Manche, région d'origine de sa famille, où elle poursuit sa carrière.
Selon Charlotte Puiseux, le handicap est le fruit d'un environnement et d'un regard, celui d'une société qui tient pour une évidence, inscrite dans les corps, l'infériorité de ceux qui ne répondent pas à la norme instituée, dont les possibles ne sont pas ceux tenus pour utiles et moyens. Elle estime que ce processus d'assignation et de hiérarchisation est à rapprocher de l'accusation portée contre les corps queer, déclarés coupables d'être inclassables, « contre nature » et divergents. Elle défend également l'intersectionnalité avec le féminisme (handiféminisme), idée notamment incarnée par un collectif dont elle est membre : Les Dévalideuses.
Sans nier l'état de fait des conditions handicapantes, elle met l'accent sur l'autonomie, l'accessibilité et fustige les programmes verticaux qui se fondent sur la charité, l'aide et la compassion déplacées, sans prendre en compte le point de vue des personnes concernées. Pour elle, les personnes handicapées peuvent rêver d'inclusion sociale, de relations amoureuses, de travailler, sans avoir à rêver de « réparer » leur handicap ; par exemple, dans son cas : de marcher ou de courir ; les personnes handicapées ne devraient susciter ni la pitié, ni une admiration exagérée pour ce qu'elles feraient « malgré » leur condition.
Elle pense, en outre, qu'il n'existe pas de frontière factuelle nette entre les corps valides ou non. Elle conceptualise l'idée d'un « continuum du handicap ».
Elle introduit le terme de « validité », en tant qu'il désigne l'idéal régulateur fixant des frontières entre personnes valides et personnes handicapées. Dans cette perspective, l'idéal de validité crée des injonctions, tout comme l'hétéronormativité en crée pour l'hétérosexualité.