Marie Anne Charlotte de Corday d'Armont, connue sous le nom de Charlotte Corday, bien qu'elle-même se soit fait appeler et ait signé sa correspondance de son premier prénom, Marie, née le 27 juillet 1768 à Saint-Saturnin-des-Ligneries (province de Normandie) et guillotinée le 17 juillet 1793 sur la place de la Révolution, à Paris, est une personnalité de la Révolution française. Elle est notamment connue pour avoir assassiné Jean-Paul Marat le 13 juillet 1793.
Marie Anne Charlotte de Corday d’Armont naît le 27 juillet 1768 à Saint-Saturnin-des-Ligneries dans la province de Normandie. Elle est la troisième des cinq enfants de François de Corday d’Armont, gentilhomme normand, ancien lieutenant aux armées du roi puis fermier, et de Charlotte Marie Jacqueline de Gautier des Authieux.
Sa famille appartient à la noblesse d’extraction, que les légendes familiales font remonter aux temps mythiques du duché de Normandie, mais que les généalogistes du roi limitent au XVIe siècle. Parmi ses ancêtres, elle compte le dramaturge Pierre Corneille, figure au prestige indépassable et écrasant.
Sa famille, noble mais désargentée, vit dans une petite maison, la ferme du Ronceray, près de Vimoutiers. Les parents de Charlotte Corday ont eu cinq enfants dont quatre survivent à la petite enfance. Ses frères seront des émigrés de l'armée des princes royaux en exil. L'un d'eux, François de Corday, né en 1774, sera fusillé à Auray en 1795.
En butte à divers conflits familiaux sur la répartition de l'héritage entre lui et ses frères, François, le père, déménage en 1776 à Caen, la grande ville la plus proche. En 1780, la famille, quoique désargentée, s'établit au château de Corday, propriété historique de la lignée paternelle.
Instruction religieuse et philosophique
Veuf en 1782, le père de Charlotte Corday cherche à faire placer ses filles. Refusée quelques années plus tôt dans la prestigieuse maison de Saint-Cyr en raison du manque de prestige militaire de son père, Charlotte, alors âgée de treize ans, est admise avec sa sœur cadette à l'abbaye aux Dames à Caen, qui, en tant qu'abbaye royale, devait accueillir les jeunes filles pauvres issues de la noblesse de la province de Normandie.
L'instruction dans le couvent est soignée. Ses lectures sont alors sérieuses — notamment les auteurs classiques — traduisant une curiosité intellectuelle. Son père lui prête quelques volumes de Montesquieu, Voltaire et de Rousseau, elle acquiert une certaine culture philosophique et donc politique. Elle admire les philosophes, s'ouvre aux idées nouvelles, tout en conservant sa foi religieuse. Elle s'intéresse aux droits naturels, le contrat social et la séparation des pouvoirs.
Pourtant, solitaire, elle est aussi marquée par une piété en voie de transformation, à la fois plus intérieure et spectaculaire : elle cultive le goût du sacrifice, de la mort jeune et de la foi intérieure. C'est au nom de cette foi qu'elle vivra notamment son exécution comme un don de soi, et refusera la confession ultime en prison.
Elle reste pensionnaire à l'abbaye aux Dames jusqu'en février 1791, moment où la congrégation est dissoute à la suite de la nationalisation des biens du clergé et de la suppression des ordres religieux. « Rendue au siècle », la jeune femme retourne vivre chez son père, qui a vendu la ferme « du Ronceray », où elle a grandi, pour en acheter une autre, avec de nouveaux fermages, dite « la ferme des Bois », au Mesnil-Imbert.
Début juin 1791, à l'âge de vingt-trois ans, Marie Anne Charlotte de Corday quitte la campagne pour aller vivre à Caen, chez sa tante, Madame de Bretteville-Gouville, rue des Carmes. Son soutien à la Révolution la met en porte-à-faux avec sa famille qui compte beaucoup de royalistes, ses deux frères soutenant ouvertement l'armée des émigrés. La nuit du départ de son jeune frère pour cette armée, sa famille organise un dîner d'adieu au cours duquel un toast est porté au roi Louis XVI. Charlotte est la seule à ne pas se lever pour le toast. Selon elle, « les rois sont faits pour les nations, mais les nations ne sont pas faites pour les rois ». Quand on lui demande carrément si elle est républicaine, elle répond : « Je le serais, si les Français étaient dignes d'une République ».
Un de ses parents, Frédéric de Corday, racontera plus tard :
« Charlotte avait le feu sacré de l’indépendance, ses idées étaient arrêtées et absolues. Elle ne faisait que ce qu’elle voulait. On ne pouvait pas la contrarier, ceci était inutile, elle n’avait jamais de doutes, jamais d’incertitudes. Son parti une fois pris, elle n’admettait plus de contradiction. Son oncle, le pauvre abbé de Corday m’en a parlé dans les mêmes termes, comme d’une personne qui avait un caractère d’homme. Elle avait, en outre un esprit assez railleur, assez moqueur… Elle était susceptible de sentiments nobles et élevés, de beaux mouvements. Avec l’énergie dont elle était douée, elle s’imposait et n’en faisait jamais qu’à sa tête. Quoique dans la famille les femmes soient toutes énergiques, il n’y en avait pas qui eussent un caractère aussi décidé, aussi capable. Si elle eût commandé un régiment, elle l’eût bien mené, cela se devine. »
Après la fuite et l'arrestation du roi à Varennes en 1791, la Révolution devient de plus en plus extrême et divisée. D'un côté les Girondins, qui ont dominé la politique révolutionnaire depuis octobre 1791, refusent désormais que les foules parisiennes dictent la politique au détriment du reste de la France, et préconisent de freiner la Révolution. En revanche, les Jacobins défendent les désirs des classes populaires parisiennes et souhaitent étendre la Révolution dans une direction sociale.
Lors de l'insurrection du 10 août 1792, le roi est suspendu de ses fonctions, puis incarcéré à la tour du Temple. De nombreux « suspects », dont ses derniers serviteurs, répartis dans les prisons de Paris et de province, sont exécutés sommairement entre le 2 et le 7 septembre 1792. Le député jacobin Jean-Paul Marat, même s'il qualifie, en privé, ces événements de « désastreux », avait incité à une telle violence dans son journal radical l'Ami du peuple. Cet événement refroidit certains partisans de la Révolution. Charlotte Corday quant à elle, est écœurée par la violence collective encouragée par les activistes jacobins. Les massacres de septembre 1792 représentent entre 1 100 et 1 400 prisonniers parisiens exécutés.
La violence politique des Jacobins touche également les Corday personnellement. L'abbé Gombault, prêtre contre-révolutionnaire qui avait administré les derniers sacrements à la mère mourante de Charlotte, est exécuté le 5 avril 1793. Il est le premier à être guillotiné à Caen. Des pamphlets attaquant les Jacobins et les accusant d'être les instigateurs de la violence sont amplement diffusés dans la ville, et il est probable que Corday les ait lus.
Cela s'ajoute aux deux humiliations que subit le père de Charlotte en 1792. En mars, le domestique d'un roturier insulte sa mère, puis le 12 mai, il se fait voler son sabre par un maréchal-ferrant. Ridiculisé aux yeux des habitants du Mesnil Imbert, il se réfugie précipitamment à Caen.
Marat, le symbole de la Terreur