Charles de France, comte de Valois, ou Charles Ier de Valois, dit « le Défenseur de l'Église », né à Vincennes le 12 mars 1270 et mort au Perray — aujourd'hui Le Perray-en-Yvelines — le 16 décembre 1325, est le quatrième fils du roi Philippe le Hardi et d'Isabelle d'Aragon. Il est le fondateur de la maison de Valois.
Il reçut en apanage les comtés de Valois, d'Alençon et du Perche, fut roi titulaire d'Aragon (1284-1295), devint en 1290 comte d'Anjou et du Maine, par son mariage avec Marguerite, fille aînée de Charles II d'Anjou, roi de Naples ; par un deuxième mariage, contracté avec l'héritière de Baudouin II de Courtenay, dernier empereur latin de Constantinople, il avait aussi des prétentions sur ce titre.
Petit-fils de Louis IX dit Saint Louis, Charles Ier de Valois est fils, frère, beau-frère, oncle et gendre de rois ou de reines (de France, de Navarre, d'Angleterre et de Naples). Il est a l'origine de la deuxième maison capétienne, les Capétiens-Valois en 1328, par son fils Philippe VI. Ses espérances pour le trône, après les décès sans héritiers mâles de Louis X et Philippe V, furent anéanties par sa propre mort (1325).
Charles est le quatrième fils de Philippe III, lui-même fils du roi Louis IX, et d'Isabelle d'Aragon. Ses trois frères aînés sont les princes Louis, Philippe (né en 1268) et Robert (né en 1269).
Lorsqu'il vient au monde au début du printemps 1270, son père accompagne son grand-père le roi Louis IX à la huitième croisade. Quelques mois plus tard, en août 1270, le roi meurt devant Tunis, laissant le trône à Philippe III qui rentre en France. Mais sur le chemin du retour, sa mère, la reine Isabelle d'Aragon, meurt en janvier 1271 des suites d'une chute de cheval, laissant Charles et ses frères orphelins.
L'enfance de Charles est très mal connue. Son aîné Louis meurt en 1276, faisant de son frère Philippe l'héritier du trône. Son autre frère Robert décède à la même époque. Entretemps, Philippe III s'est remarié avec Marie de Brabant, avec laquelle il a trois enfants : Louis, futur comte d'Évreux, Marguerite qui épouse Édouard Ier d'Angleterre, et Blanche qui s'unit au duc d'Autriche Rodolphe III.
Le 30 mars 1282 se déroulent à Palerme les Vêpres siciliennes. Mécontents de leur roi Charles d'Anjou, oncle de Philippe III de France, les Siciliens massacrent ses troupes et le chassent du pouvoir. Peu après, ils offrent la couronne au roi Pierre III d'Aragon, débarqué à Palerme à la tête d'une flotte aragono-catalane. Par mariage, Pierre III est lié aux Hohenstaufen, anciens rois de Sicile et ennemis jurés de la papauté. Son armée chasse ensuite de l'île l'armée fidèle à Charles d'Anjou, lequel se réfugie à Naples dans la partie continentale de son royaume.
Furieux et inquiet de cette intrusion aragonaise en Italie, le pape Martin IV excommunie Pierre III et lui confisque sa couronne d'Aragon. Le pape prépare par la suite avec le roi de France une croisade anti-aragonaise. Reste à trouver un nouveau souverain pour ce royaume. Leur choix se porte sur le jeune Charles de Valois, fils d'Isabelle d'Aragon, sœur de Pierre III (Charles épousera par ailleurs en 1290 Marguerite, petite-fille de Charles d'Anjou, afin de renforcer sa position en Sicile).
En février 1284, une assemblée réunie à Paris proclame Charles, à quatorze ans, roi d'Aragon sous l'autorité du Saint-Siège, la première de ces couronnes imaginaires qui allaient jalonner son existence. Le 4 mars 1285, Philippe III prend l'étendard à Saint-Denis et lance l'expédition contre l'Aragon. Charles l'accompagne. En juin, ils pénètrent dans le royaume, et c'est au château de Llers que Charles est couronné roi par le cardinal légat. Cependant, celui-ci n'ayant aucune couronne à disposition, il doit se contenter de le sacrer avec son chapeau cardinalice, ce qui lui valut le sobriquet de « roi du chapeau ». Cette croisade d'Aragon entreprise par son père tourne bien vite au désastre. La flotte française est détruite à la bataille des Formigues, tandis que la dysenterie décime la troupe. Au retour de la campagne, Philippe III meurt le 5 octobre 1285 à Perpignan. Son fils Philippe le Bel, frère aîné de Charles, devient le roi Philippe IV.
Par le traité d'Anagni, conclu le 12 juin 1295, la France renonce officiellement à la donation de la couronne d'Aragon qu'avait faite le pape Martin IV à Charles de Valois.
En tant que seul frère germain du roi, Charles de Valois jouit d'une certaine influence au Conseil du roi de France. Toutefois, lui et les autres princes n'ont que peu de prise sur la volonté royale. Philippe le Bel se repose en effet surtout sur un groupe de conseillers issus de la petite noblesse ou de la bourgeoisie que l'on a regroupés sous le nom de légistes : Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Enguerrand de Marigny, Pierre de Latilly, etc..
Premières armes : Hainaut et Guyenne
C'est en 1292 que le comte de Valois mène sa première expédition contre Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, accusé de piller des églises confiées à la garde du roi. Charles rassemble une armée à Saint-Quentin qui suffit à effrayer le comte. Escorté par Charles, ce dernier vient se soumettre à Paris.
Un conflit éclate entre la France et l'Angleterre en 1294 : la Guerre de Guyenne. Charles de Valois est chargé d'envahir la Gascogne, alors fief du roi Édouard Ier d'Angleterre en tant que duc d'Aquitaine. Avec le connétable Raoul de Nesle, il prend Rions le 8 avril puis Saint-Sever, toutefois rapidement repris par les Anglais. Le conflit tournant à l'avantage des Français, il quitte le Sud-Ouest quelques semaines plus tard, laissant le commandement au comte de Foix.
La première campagne de Flandre (1297)
En 1297, Philippe le Bel entre en guerre contre les Flamands qui se sont alliés à l'Angleterre. Charles rejoint l'ost royal à Compiègne le 6 juin, avant de mener avec le connétable de Nesle une percée vers Orchie qu'il prend sans difficulté. Le 23 juin, il retrouve son frère devant Lille. Le roi le charge alors de pousser jusqu'en Flandre occidentale. Il balaie une armée yproise sur la Lys le 16 juillet, prend Warneton et pille sauvagement les campagnes environnantes, provoquant la colère et même des représailles de la part des paysans flamands. Après un court retour à Lille, il repart vers le nord en compagnie de son cousin Robert d'Artois. Les deux hommes remportent la bataille de Furnes le 20 août.
Charles prend ensuite Courtrai puis rejoint son frère à Bruges, tandis qu'Édouard Ier a débarqué à Damme. Il s'empare de cette cité, mettant en fuite la flotte anglaise, mais Édouard s'est depuis longtemps installé à Gand. L'hiver approchant, aucune des armées n'est en mesure de progresser et une trêve est signée en octobre.
Philippe IV récompense très généreusement son frère pour ses faits d'armes. Il érige son comté d'Anjou en pairie et lui offre l'hôtel de Nesle à Paris, qui va devenir sa résidence favorite ainsi que le siège de son administration.