Auguste Charles Louis Joseph de Morny, dit comte de Morny, devenu duc de Morny, né dans l'ancien 3e arrondissement de Paris le 21 octobre 1811 et mort dans le 7e arrondissement de Paris le 10 mars 1865, est un financier et homme politique français de la monarchie de Juillet, de la IIe République et du Second Empire, député, ministre de l'Intérieur (1851–1852), président du Corps législatif et président du conseil général du Puy-de-Dôme (1852–1865). Il a été un acteur essentiel du coup d'Etat du 2 décembre 1851.
Il est le fils naturel de la reine de Hollande Hortense de Beauharnais et du comte de Flahaut et le petit-fils naturel de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord et le demi-frère de Napoléon III.
Charles de Morny est à l'origine de la fondation du village du Vésinet dans la boucle de la Seine en aval de Paris, de l'urbanisation de Deauville et du parc des Princes à Boulogne-Billancourt.
Bâtard royal et demi-frère de Louis-Napoléon Bonaparte
Selon son acte de naissance, Charles de Morny est né à Paris le 21 octobre 1811 (ancien 3e arrondissement) sous le nom de Charles Auguste Louis Joseph Demorny. Il semblerait cependant qu'il soit plutôt né le 15 septembre 1811 à Saint-Maurice (aujourd'hui en Suisse, canton du Valais, mais dans le département français du Simplon au moment de la naissance).[réf. nécessaire].
Ses parents naturels sont la reine Hortense (épouse légitime de Louis Bonaparte) et son amant le général Charles de Flahaut. Hortense, mère par ailleurs de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III), accoucha discrètement de son quatrième fils en Suisse où elle réside plutôt qu'à Paris. Son acte d'état civil le dit fils de Louise-Coralie Fleury, épouse d'Auguste-Jean-Hyacinthe Demorny, propriétaire à Saint-Domingue et demeurant à Villetaneuse. Le sieur Demorny, officier subalterne à la solde de Joséphine de Beauharnais, mère d'Hortense, accepta de donner son nom au bébé puis s'éclipsa rapidement après avoir probablement monnayé son patronyme.
Morny évoquait son ascendance avec humour en ces termes : « Dans ma lignée, nous sommes bâtards de mère en fils depuis trois générations. Je suis arrière-petit-fils de roi, petit-fils d'évêque, fils de reine et frère d'empereur. » Son père, Charles de Flahaut, n'était pas lui-même le fils du comte de Flahaut, de trente-sept ans plus âgé que son épouse Adélaïde de Souza, mais de celle-ci et de son amant Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Son prénom, Charles, vient probablement de son père et de son grand-père naturels.
La mère d'Adélaïde, Irène du Buisson de Longpré, avait été une des maîtresses de Louis XV, dont elle eut une fille naturelle, Marie Françoise Julie Constance, épouse du marquis de Marigny, frère unique de la marquise de Pompadour. C'était assez pour permettre à Adélaïde de se dire fille de Louis XV, ce qui est improbable ; elle n'était d'ailleurs pas la fille de Charles François Filleul, l'époux de sa mère, mais plutôt du richissime Étienne-Michel Bouret, fermier général.
Officier, industriel et député de la République
Il est élevé sous la garde de parents nourriciers rétribués puis à partir de 1816 par sa grand-mère paternelle, Adélaïde de Flahaut, remariée à don José Maria de Souza-Boltelho, diplomate au service du roi du Portugal. Il grandit dans les milieux orléanistes. Il voit sa mère Hortense, alors en exil, pour la première fois à 18 ans et c'est à cette époque qu'il décide de détacher la première syllabe de son patronyme et d'en faire une particule en signant dorénavant « de » Morny. Il commence sa carrière sous la monarchie de Juillet comme brillant officier engagé dans la conquête de l'Algérie, est fait chevalier de la Légion d'honneur le 13 janvier 1837 pour exploits militaires.
Blessé et malade, il doit être rapatrié et quitte la vie militaire. Il se lance dans la fabrication de sucre de betterave en rachetant la sucrerie de Bourdon, à Aulnat, à côté de Clermont-Ferrand, qui lui sert simultanément de marchepied pour s'engager politiquement en se faisant élire le 9 juillet 1842 député du Puy-de-Dôme. Il est aussi fondateur de la Compagnie du chemin de fer du Grand Central.
Réélu en 1849, il entre en contact avec Louis-Napoléon Bonaparte, récemment élu président de la IIe République.
Morny préside le conseil général du Puy-de-Dôme de 1852 à sa mort en 1865.
Prise du pouvoir avec son demi-frère
Le courant passe d'abord mal entre les deux demi-frères, Morny étant orléaniste et Louis-Napoléon évidemment bonapartiste, mais le président apprécie néanmoins le dynamisme du député, qui le pousse à élargir ses pouvoirs en jouant de sa popularité. Dans les heures qui précèdent le 2 décembre, Morny se rend à l'Opéra-Comique. À l'entracte, une dame lui demande ce qu'il fera si, comme la rumeur le laisse entendre, le Président projette de « balayer la Chambre ». Avec cynisme, il répond : « Madame, s'il y a un coup de balai, je tâcherai de me mettre du côté du manche. »
De fait, Morny est la cheville ouvrière du coup d'État du 2 décembre 1851, qu'il qualifie d'« opération de police un peu rude » et qui permet au président de devenir « prince-président ». Son grand-père avait été l'un des instigateurs du 18 brumaire (9 novembre) 1799.
Son demi-frère lui confie le poste de confiance de ministre de l'Intérieur (2 décembre 1851–22 janvier 1852) pour que ses préfets tiennent bien les départements, poste qu'il abandonne cependant lorsqu'un décret de confiscation vise notamment les biens de la famille d'Orléans. Ami des princes d'Orléans, il ne veut en effet pas prendre la responsabilité de la mainmise sur leurs biens, qualifiée par l'ancien président de l'Assemblée législative André Dupin de « premier vol de l'Aigle ».
On prête à Napoléon III cette boutade : « Comment voulez-vous que je gouverne ? L'impératrice est légitimiste, Morny est orléaniste, le prince Napoléon est républicain et je suis moi-même socialiste… Il n’y a qu'un bonapartiste dans mon entourage, c'est Victor de Persigny, et il est fou !… ».