Charles de Ligne, né le 22 février 1550 à Vollenhove et mort le 18 janvier 1616 à Enghien, 2e comte puis 1er prince d'Arenberg et du Saint-Empire, baron de Zewenberghes, 5e duc d'Aerschot et prince de Chimay par son mariage, est un militaire et diplomate, au service de la Couronne d'Espagne, des XVIe et XVIIe siècles.
Fils aîné du stathouder Jean de Ligne et de Marguerite de La Marck, Charles naquit, le 22 février 1550, à Vollenhoven en Frise ; il eut pour parrain l’empereur Charles Quint.
Conformément à l'engagement pris par son père lors de son traité de mariage avec la comtesse d'Arenberg, il quitta le nom de Ligne pour prendre celui d'Aremberg et sera à l'origine de la troisième maison d'Arenberg encore représentée aujourd'hui.
Ambassades en France (1569, 1572)
Il avait dix-neuf ans à peine (octobre 1569), lorsque le duc d'Albe l’envoya en ambassade vers Charles IX et Catherine de Médicis, pour les féliciter sur la victoire de Montcontour.
Le 4 juillet 1570, Philippe II, voulant reconnaître et récompenser en lui les services de son père, lui donna la compagnie de cinquante hommes d'armes et cent archers de ses ordonnances que Jean de Ligne avait commandée ; il lui aurait en outre conféré le gouvernement de la province d'Utrecht, si le duc d'Albe n'eut objecté qu’une charge de cette importance exigeait plus d’âge et d’expérience que le comte n’en avait.
Charles d’Arenberg passa cette année-là en Espagne sur la flotte qui y conduisit la reine Anne d'Autriche, quatrième épouse de Philippe II. Pendant le séjour qu’il fit à Madrid, il fut de nouveau question, pour lui, d’un gouvernement de province ; on parlait aussi du poste de capitaine des archers de la garde royale, qui était vacant depuis la mort du comte de Hornes : le roi, qui semblait disposé à le nommer à l’un ou à l’autre de ces emplois, remit sa décision à un autre temps, mais il lui fit ressentir les effets de sa libéralité, et il le chargea d’aller complimenter Charles IX à l’occasion de la naissance de Marie-Élisabeth (1572-1578), la fille qu’Élisabeth d'Autriche (1554-1592) venait de lui donner (27 octobre 1572).
Hopperus, qui nous fournit ces détails, nous dépeint ainsi Charles d’Arenberg à cette époque de sa vie:
« Il a un caractère très-facile et est plein de candeur ; mais, comme le gouverneur qu’il a eu n’était pas assez sévère, il parle un peu trop librement. Il est, du reste, averti de ce défaut, et j’espère qu’il s’en gardera à l’avenir. »
L’ambassadeur de France à Madrid, le seigneur de Saint-Goard, écrivait, de son côté, à Catherine de Médicis :
« Le comte d’Aremberghe a envie de se porter en sa charge au contantement de V. M..... Il est jeune et peu advisé aux affaires: mais, s’il est ung peu manié, je panse qu’il dira ce qu’il sçaura. ...... »
Gouvernement de Don Luis de Requesens (1573-1576)
Après avoir quitté la cour de France, Charles d’Arenberg revint aux Pays-Bas, où Don Luis de Requesens, grand commandeur de Castille, ne tarda pas à arriver pour remplacer le duc d’Albe. Ce seigneur lui confia la mission de notifier sa prise de possession du gouvernement à l’empereur Maximilien II, à l’Impératrice, aux princes de la maison impériale, aux ducs de Bavière (Albert V le Magnifique), de Lorraine (Charles III), de Wurtemberg (Louis VI), aux archevêques de Cologne (Salentin IX d'Isembourg-Grenzau (1532 † 19 mars 1610), son futur beau-frère, qui abdique l'archevêché électoral de Cologne pour se marier), de Trèves (Jean VII de Schönenberg) et de Mayence (Daniel Brendel von Homburg) (décembre 1573).
Du vivant de Jean de Ligne, des pourparlers avaient eu lieu pour le mariage de son fils avec la fille de Nicolas, comte de Vaudemont de la maison de Lorraine, et la duchesse de Parme avait sollicité le roi, à cette occasion, d’ériger en principauté la baronnie de Zevenberghe, dont le baron de Barbençon avait hérité en 1557, par le décès de sa mère (Marie van Glymes (1490-1566)), ou de le gratifier d’une principauté dans le royaume de Naples. Ce projet d’alliance ayant été abandonné, la demande faite au roi n’eut pas de suite.
En 1576, l’empereur Maximilien II, par un diplôme du 5 mars, érigea en principauté de l'Empire le comté d'Arenberg, avec tous les honneurs, toutes les prérogatives attachés à cette dignité. Le 11 octobre de la même année, à la diète de Ratisbonne, le collège des princes décida que les princes-comtes d'Arenberg auraient dans son sein séance et suffrage immédiatement après les princes de la maison de Vaudemont, branche de celle de Lorraine.
Gouvernement de Don Juan d'Autriche (1576-1578)
Pendant les troubles dont les Pays-Bas devinrent le théâtre après la mort de Requesens, Charles d’Arenberg tâcha de se tenir à l’écart ; il se retira à Mirwart, appartenant à sa mère, dans le duché de Luxembourg. Cependant, lorsque Don Juan d'Autriche vint aux Pays-Bas (6 décembre 1576), il put d’autant moins se dispenser de lui rendre visite, que la ville de Luxembourg, où le frère du roi était entré, est à une petite distance de Mirwart. Don Juan lui fit un accueil distingué, et, sur sa proposition, Charles d’Arenberg consentit à aller de nouveau en ambassade vers l’Empereur et les princes de l’Empire. Marguerite de La Marck en fut à peine informée qu’elle essaya d’empêcher les effets de l’engagement pris par son fils : le conseil d'État avait requis celui-ci, par plusieurs lettres, de se transporter à Bruxelles ; la même réquisition lui avait été adressée, à titre de ses devoirs féodaux, par la chancellerie de Brabant. Marguerite de la Marck pria don Juan de considérer s’il n’était pas convenable qu’avant de faire le voyage d’Allemagne, il se montrât à Bruxelles, « afin qu’on ne conçût point quelque sinistre opinion et arrière-pensée contre lui ». Cette excuse fut peu goûtée de don Juan, qui insista, auprès de Charles d’Arenberg, en des termes tels qu’il ne put se soustraire à l’accomplissement de sa promesse.
De retour de sa mission en Allemagne, d’Arenberg trouva don Juan établi à Bruxelles, et reconnu pour gouverneur des Pays-Bas par les États généraux. La bonne intelligence qui s’était établie entre les représentants de la nation et le lieutenant de Philippe II ne devait pas toutefois être de longue durée : impatient des bornes dans lesquelles son autorité était circonscrite, don Juan s’empara, par surprise, du château de Namur (24 juillet 1577), et par là fut rallumé le flambeau à peine éteint de la guerre civile. Charles d’Arenberg avait, ainsi que le duc d'Aerschot, le prince de Chimay, les comtes du Rœulx et de Fauquembergue et d’autres gentilshommes de distinction, accompagné don Juan à Namur ; après cet éclat, il partit pour Mirwart, d’où il se rendit dans sa principauté.