Charles de Habsbourg, dit Charles VI, né le 1er octobre 1685 à Vienne (Autriche) et mort le 20 octobre 1740 dans la même ville, est roi de Bohême et de Hongrie, archiduc d'Autriche et empereur du Saint-Empire romain germanique de 1711 à sa mort.
Il est également prétendant au trône d'Espagne (1703-1714) sous le nom de Charles III ; roi de Sardaigne (1708-1720) sous le nom de Charles III ; roi de Naples (1713-1734) sous le nom de Charles VI ; roi de Sicile (1720-1735) sous le nom de Charles IV ; duc de Parme et Plaisance (1735-1740) sous le nom de Charles II.
Charles est le fils cadet de Léopold Ier (1640-1705), empereur élu du Saint-Empire, et de sa troisième épouse, Éléonore du Palatinat-Neubourg (1655-1720).
Son père est le fils de Ferdinand III (1608-1657), empereur élu du Saint-Empire, et de Marie-Anne d'Autriche (1606-1646), infante d'Espagne.
Sa mère est la fille de Philippe-Guillaume de Neubourg (1615-1690), électeur palatin, et d'Élisabeth-Amélie de Hesse-Darmstadt (1635-1709).
Il a pour frère aîné Joseph Ier (1678-1711).
À l'instar de son père, Charles VI est un grand mélomane. Musicien passionné au point d'accompagner lui-même au clavecin le castrat Farinelli et d'entretenir de longues conversations avec Antonio Vivaldi lors d'un voyage en Vénétie. Il est, comme ses pairs, passionné par la chasse, activité à laquelle s'adonne son gendre, François-Étienne de Lorraine, grand-duc de Toscane.
Son règne étant marqué par des querelles de successions en Europe, le souverain se soucie particulièrement des procédures juridiques concernant l'héritage.
À l'instar de l'estime que porte son frère envers son précepteur, le comte de Salm, qu'il fait prince et conseiller, Charles a pour gouverneur le prince Antoine-Florian de Liechtenstein (1656-1721), qu'il va faire Premier ministre et pour qui il crée la principauté souveraine de Liechtenstein, le 23 janvier 1719.
Héritier de nombreuses couronnes
Second dans l'ordre de succession pour l'ensemble des territoires héréditaires des Habsbourg et la dignité impériale (1685-1700), puis troisième (1700-1701), de nouveau second (1701-1705) et enfin héritier présomptif de son frère aîné 1705 et 1711, la vie du prince est bousculée par les évènements venus d'Espagne et qui inquiètent les Cours européennes depuis des années.
Le 1er novembre 1700, Charles II (1661-1700), roi d'Espagne, meurt sans descendance. Avec lui s'éteint la branche aînée des Habsbourgs, celle d'Espagne, qui y régnait depuis 1516. La logique dynastique voudrait que la branche cadette, celle d'Autriche, hérite de tous ses biens. Or, il n'est plus question en Europe de voir rétablir l'Empire immense de Charles Quint (1500-1558), qui aurait eu un monarque unique sur un domaine « où le soleil ne se couche jamais ».
Louis XIV (1638-1715), roi de France et de Navarre, a épousé la sœur aînée du défunt roi tandis que Léopold Ier (1640-1705), empereur élu du Saint-Empire, a épousé une sœur cadette. Plusieurs solutions ont été envisagées pour se répartir l'héritage espagnol, du vivant même du roi. Mais aucune n'aboutit. Dans son testament, Charles II, convaincu par le parti pro-français à sa cour, désigne pour lui succéder intégralement Philippe de France (1683-1746), duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV.
La guerre de Succession d'Espagne éclate quelques mois plus tard entre Versailles et Vienne du fait que la France, profitant d'une Espagne désormais alliée dynastiquement et politiquement, commence à occuper des places-fortes dans les Pays-Bas espagnols, menaçant les frontières du Saint-Empire.
En septembre 1702, l'empereur entre en guerre pour revendiquer l'héritage de son beau-frère et cousin, d'abord à titre personnel, puis, à partir du 12 septembre 1703, au nom de son second fils, Charles, qui est dès lors proclamé roi d'Espagne sous le nom de « Charles III ».
Il est couronné à Vienne, puis se rend en Espagne. Confronté à un royaume déchiré et hostile aux Habsbourgs, le prétendant trouve néanmoins un appui solide dans les territoires péninsulaires de la couronne d'Aragon (Catalogne et Valence, notamment). De plus, il est soutenu dans ses démarches par la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et la Prusse, bientôt rejoints par le Portugal et la Savoie.
En septembre 1705, Charles fait de Barcelone la capitale de son gouvernement, ce qui offre à ses alliés un point d'appui en territoire espagnol, et menace gravement l'autorité de Philippe V. Le 25 juin 1706, la prise de Madrid par l'armée portugaise menée par le marquis des Minas, et renforcée par des bataillons anglais et néerlandais commandés par Henri de Massué, lui permet d'être proclamé roi dans la capitale historique espagnole. Mais l'intervention énergique de la France et la défaite de ses alliés à la bataille d'Almansa, qui rétablit Philippe V sur le trône, ne lui permet pas d'exploiter sa position. La situation particulièrement intense atteint son paroxysme en 1708 quand la France engage des pourparlers de paix mais refuse d'abandonner le royaume d'Espagne aux Habsbourgs.
La même année, Charles devient roi de Sardaigne. Cependant, la position du prétendant reste précaire et n'aboutit pas au renvoi des Bourbons de la péninsule. Au contraire, ceux-ci se redressent dès l'année suivante et repoussent les armées coalisées sur presque tous les fronts.