Charles Pélissier, né le 20 février 1903 dans le 16e arrondissement de Paris, arrondissement où il est mort le 28 mai 1959, est un coureur cycliste français. Professionnel de 1923 à 1939, il est l'un des piliers de l'équipe de France sur le Tour au début des années 1930 et l'un des coureurs les plus populaires de l'histoire de l'épreuve. En six participations à la Grande Boucle, il y remporte seize étapes. Il y obtient son meilleur classement final en 1930 en terminant au neuvième rang, l'année où il établit le record de victoires d'étapes sur un même Tour de France avec huit succès. Cette performance n'est égalée que par Eddy Merckx en 1970 et 1974 et Freddy Maertens en 1976.
Il compte également à son palmarès une victoire sur le Critérium des As en 1933 et un succès sur le Circuit de Paris l'année suivante. Il se distingue également dans d'autres disciplines, en remportant consécutivement trois titres de champion de France de cyclo-cross de 1926 à 1928, ou sur la piste en gagnant les Six Jours de Paris en 1930 avec Armand Blanchonnet et le Prix Goullet-Fogler à deux reprises, avec André Leducq en 1929 et Antonin Magne en 1935.
Coureur extrêmement populaire, il révolutionne l'image du coureur cycliste en apportant un soin particulier à son apparence. Apprécié pour sa distinction et son raffinement, il est considéré comme l'un des « aristocrates » de son sport et s'élève au rang des principales vedettes du monde artistique de son époque. À la fin de sa carrière, il signe plusieurs chroniques dans le magazine Miroir Sprint pour le compte duquel il suit le Tour de France. Ses deux frères aînés, Henri, vainqueur du Tour de France en 1923, et Francis, plusieurs fois champion de France, ont également mené une brillante carrière cycliste.
Charles Pélissier naît le 20 février 1903 dans le 16e arrondissement de Paris. Il est le dernier d'une famille de cinq enfants. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin dans les Ardennes est orpheline et travaille un temps comme serveuse dans un café de la rue Ramey à Paris, avant de rencontrer son mari. Jean Pélissier, originaire de Polminhac dans le Cantal, arrive dans la région parisienne à l'âge de 13 ans, où il travaille dans un premier temps comme vacher dans une ferme de Levallois, avant de s'installer à son compte, au no 10 de la rue Mesnil à Paris, à la « Vacherie de l'Espérance ». La naissance de Charles apporte à sa mère, alors âgée de 42 ans, un surcroît de travail et le jeune enfant est mis en nourrice au sein de la famille Puechjean, à Meymac en Corrèze, jusqu'à l'âge de 4 ans. Pendant son enfance, il retourne chaque été passer ses vacances chez ses parents nourriciers.
Charles Pélissier fréquente l'école maternelle de la rue Boissière, puis l'école communale de la rue Decamps avant d'être envoyé en pension à Saint-Nicolas-de-Buzenval en octobre 1912 à cause de résultats scolaires décevants. C'est là qu'il obtient son certificat d'études primaires en 1916. Dans cette pension, Charles est un élève apprécié en raison de la popularité de son frère Henri qui remporte les premiers succès de sa carrière professionnelle. À la fin de l'année 1913, ce dernier, qui vient de remporter le Tour de Lombardie, lui offre en cadeau son premier vélo, de marque Thomann. Dès lors, Charles Pélissier occupe l'essentiel de son temps libre à s'entraîner sur son vélo.
Apprenti mécanicien et cycliste amateur
Charles souhaite suivre la voie de ses frères Henri et Francis et devenir à son tour cycliste professionnel mais son père, qui a transformé sa laiterie en garage en 1912, souhaite qu'il prenne sa succession en tant que mécanicien. À sa sortie de la pension, il le place en apprentissage au garage Dupont de la rue Duret, à Paris, un établissement que Charles quitte de sa propre initiative pour rejoindre le garage Bondis, avenue de la Grande-Armée, où son salaire est sensiblement augmenté. En 1917, pendant ses vacances en Auvergne, il participe à quelques courses cyclistes de village et remporte ses premiers prix. Il repeint son vélo Thomann aux couleurs d'un constructeur d'Aurillac, Counor, qui le prend en charge et le conduit dans les différentes épreuves où il est engagé. En 1918, Charles Pélissier remporte notamment le championnat de fond du Cantal, une épreuve disputée sur 100 kilomètres derrière entraîneurs à vélo. Il est cependant déclassé car son frère Francis figure parmi ses entraîneurs, alors que le règlement interdit la présence de cyclistes professionnels. À Paris, avec certains de ses amis cyclistes, dont Gabriel Marcillac et Avanti Martinetti, il fonde une société, le Vélo Club de Passy, dont l'existence n'est que de courte durée, en proie à des difficultés financières.
Charles Pélissier signe une licence de coureur amateur au Club Sportif de la Seine en 1920. Parallèlement, il est engagé comme mécanicien à la Compagnie Générale des Taxis à Levallois. L'année suivante, il entre aux PTT et devient releveur de boîtes postales. Il effectue des tournées à vélo dans le 16e arrondissement mais il est rapidement renvoyé par la compagnie. Au début de l'année 1922, il entre au service du Bulletin des Halles, un journal parisien, en même temps qu'il signe une licence au Club Athlétique des Sports Généraux (CASG). Ses performances d'amateur sont plutôt modestes : il compte une victoire dans Versailles-Rambouillet et participe au succès de son frère Francis dans Bordeaux-Paris en assumant pour lui le rôle d'entraîneur, puis se distingue également dans le Grand Prix de Clôture dans lequel il est en tête de la course, avant de chuter et d'abandonner. Pour autant, il est contacté par René Maisonnas, directeur sportif de l'équipe J.B. Louvet, au sein de laquelle courent ses deux frères Henri et Francis, qui lui propose un contrat professionnel pour la saison 1923.
Débuts difficiles et premiers succès (1923-1925)
Les trois frères Pélissier sont ainsi réunis sous le même maillot et Charles fait ses débuts dans Paris-Roubaix le 1er avril, à seulement 20 ans, en s'y classant dans le groupe de tête. En cours de saison, les frères Pélissier rejoignent la formation Automoto à la suite d'un conflit entre Francis, Henri et leur ancien directeur sportif. Après un abandon sur Paris-Bruxelles, Charles Pélissier obtient son meilleur résultat de la saison sur la Polymultipliée en prenant la troisième place derrière Charles Lacquehay et Jean Brunier. Il enregistre ensuite une série d'abandons, comme sur le Circuit de Paris et s'attire les critiques de nombreux journalistes en raison de sa liaison avec une prostituée, ce qui le détourne selon eux de son métier de cycliste. Dans les colonnes de L'Auto, Charles Ravaud déclare : « Ça n'est plus un coureur cycliste, c'est un fer à repasser. ».
Il effectue ensuite son service militaire en tant que mécanicien d'aviation au camp d'Avord. Un poste de cycliste est créé spécialement pour lui et il dispose de quelques facilités pour s'entraîner. Il participe pourtant au Grand Prix de la Dépêche du Berry sans en avoir la permission. Deuxième de la course derrière Marcel Gobillot, il est sanctionné à son retour à la caserne. Au bout de six mois, il est affecté à l'École militaire de Paris et nommé caporal cycliste après l'intervention de Marcel Delarbre. Libéré de ses obligations militaires à la fin du mois d'octobre 1924, il est envoyé en Auvergne par ses frères pour se refaire une santé, sous la surveillance de leur soigneur personnel, Henri Manchon.
Au mois de juillet 1925, alors qu'il se trouve dans les Pyrénées pour reconnaître le parcours du Critérium du Midi en compagnie de plusieurs de ses coéquipiers, il se rend au col du Tourmalet pour assister au passage des coureurs du Tour de France, parmi lesquels son frère Francis Pélissier. Alors que ce dernier est manifestement en difficulté quand il se présente devant lui, Charles Pélissier s'en prend aux officiels de la course et aux journalistes présents dans les voitures suiveuses, qu'il couvre d'insultes. Il provoque un nouveau scandale le soir même, pendant le repas que les coureurs prennent dans un hôtel de Luchon, en se rangeant aux côtés du leader de l'équipe Automoto, Ottavio Bottecchia, qui souhaite consommer une bouteille de champagne malgré la vive opposition de son directeur sportif Pierre Pierrard. Ces évènements, qui s'ajoutent à l'abandon de Francis Pélissier le lendemain, attirent les sarcasmes du directeur de la course, Henri Desgrange, envers Charles, de même que son journaliste Henri Decoin qui déclare dans les colonnes de L'Auto : « Si je connais Charles Pélissier, c'est grâce à ses frères Henri et Francis qui, eux, ont réalisé d'admirables performances. Et si je sais que Charles Pélissier est coureur cycliste, c'est simplement parce qu'il se promène déguisé en coureur. J'ai beau chercher dans le dictionnaire sportif, je ne trouve pas un Pélissier prénommé Charles. Henri et Francis sont des paons. Ils ont de belles plumes et Charles Pélissier leur en chipe de temps en temps, se les colle dans le dos et se balade sur les routes sportives en faisant le geai. »