Charles Maurras, né le 20 avril 1868 à Martigues (Bouches-du-Rhône) et mort le 16 novembre 1952 à Saint-Symphorien-lès-Tours (Indre-et-Loire), est un journaliste, essayiste, homme politique d'extrême droite et poète français.
Écrivain défenseur de la culture provençale appartenant au Félibrige et agnostique dans sa jeunesse, il se rapproche ensuite des milieux catholiques et antidreyfusards. Il dirige le journal L'Action française, fer de lance du mouvement homonyme, d'inspiration nationaliste, fédéraliste et contre-révolutionnaire qui devient un important mouvement intellectuel et politique d'extrême droite sous la Troisième République.
Il met en avant une doctrine basée sur le concept d'antisémitisme d'État et une xénophobie virulente, s'oppose à la démocratie et à la république, et prône un changement de régime en faveur d'une monarchie héréditaire.
Bien qu'anti-allemand, il soutient Pétain, le régime de Vichy et l'instauration d'une législation antisémite. Poursuivant la publication de L'Action française sous l'occupation allemande avec l'accord de Vichy puis de l'occupant, il réclame l'exécution de résistants. Arrêté à la Libération, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale. Il est gracié pour raisons de santé en mars 1952.
Sa condamnation à la dégradation nationale entraîne automatiquement sa radiation de l'Institut de France ; il avait été élu à l'Académie française le 9 juin 1938.
Son parcours et sa pensée jouent un rôle essentiel au sein de la droite et de l'extrême droite en France. Il a influencé notamment la droite nationaliste.
Enfance et adolescence (1868-1886)
En 1868, le 20 avril, naît à Martigues, au 13 quai Saint-Sébastien, Charles Marie Photius Maurras, en Provence. Il est le second fils de Jean Aristide Maurras (1811-1874), percepteur, ayant des convictions libérales, et de Marie-Pélagie Garnier (1836-1922), profondément catholique. Quelques mois avant la naissance de Charles, ils ont perdu leur premier fils, Romain, âgé de deux ans.
La famille Maurras s'est installée à Martigues au XVIIe siècle ; elle était originaire du pays gavot (Haut-Var), au sud de Gréoux, près de Saint-Julien-le-Montagnier. En 1873, Charles est mis à l'école communale. Le 3 janvier 1874, il devient orphelin de père. À six ans, Charles part vivre avec sa mère et son petit frère à Aix-en-Provence.
À quatorze ans, la surdité dont il est soudainement atteint, dégrade aussi ses capacités vocales. Désespéré, le jeune Charles voit s'effondrer tous ses projets, dont celui d'entrer à l'École navale comme le père de sa mère. L'abbé Jean-Baptiste Penon donne des cours particuliers au jeune Charles, ce qui lui permet de revenir parfois au collège.
Il s'intéresse à Hippolyte Taine et Ernest Renan. En 1885, Charles Maurras obtient son baccalauréat. L’abbé Penon incite Charles Maurras à aller à Paris car il souhaite l’introduire dans les revues qu’il connaît, ce qui amène la famille Maurras à quitter Martigues et à s'installer dans la capitale, le 2 décembre 1885.
Maurras est profondément influencé par les idées monarchistes et catholiques durant son enfance : « À cet égard, les biographes du théoricien du « nationalisme intégral » ont souvent tendance à occulter cette appartenance originelle à la culture du « Midi blanc », transmise par sa mère adorée, et à donner crédit au postulat, si important aux yeux de l’intéressé, de son adhésion de « raison » à la politique royaliste ».
Écrivain et critique littéraire (1886-1898)
Charles s’inscrit en histoire à la faculté des lettres de Paris, rencontre l’historien orléaniste Paul Thureau-Dangin. Il se montre un bourreau de travail : lectures innombrables à la bibliothèque Sainte-Geneviève et à la Sorbonne.
Maurras écrit dans La Réforme sociale, revue conduite par le sociologue Frédéric Le Play, qui développe une analyse de la société moderne critiquant l’individualisme et prônant des idées corporatistes. Il écrit également pendant cinq ans dans les Annales de philosophie chrétienne.
La tournure de sa pensée est encouragée par l’atmosphère intellectuelle du temps qui oscille entre le déterminisme kantien et le pessimisme de Schopenhauer. Maurras dit être troublé par la philosophie kantienne de la connaissance tout en admirant saint Thomas. Mais son agnosticisme se renforce. Il est alors fortement influencé par la méthode positiviste.
En 1886, Maurras découvre Frédéric Mistral. Il rêve de constituer une anthologie de poésie et de prose provençales et commence un travail de documentation dans ce but. Le 23 décembre 1887, il entre au quotidien catholique L'Observateur français dont il deviendra secrétaire de rédaction en 1888. Très vite, le jeune homme rencontre des félibres comme Paul Arène et Albert Tournier, promouvant la culture d'Occitanie.
En 1888, il obtient le prix[Lequel ?] du Félibrige pour un éloge du poète provençal Théodore Aubanel. Il devient membre de cette académie qui s’est fixé comme objectif la restauration de la langue et de la culture d’oc. Durant l’été de la même année, il fait la connaissance de son compatriote Frédéric Mistral, puis, en décembre, du Lorrain Maurice Barrès. Il est rédacteur de la Revue félibréenne et de Lou Viro-Soulèu.