Charles Martel (en latin : Carolus Martellus ; en allemand : Karl Martell), né vers 688 à Andenne, en Belgique actuelle, et mort le 22 octobre 741 à Quierzy en France actuelle, est un homme d’État et chef militaire franc qui, en tant que duc des Francs et maire du palais, était de facto dirigeant de la Francie de 718 jusqu'à sa mort, sous les règnes des rois mérovingiens Clotaire IV, Chilpéric II et Thierry IV. La période correspondante est connue comme le principat de Charles Martel.
Fils de l'homme d'État franc Pépin de Herstal et d'une noble nommée Alpaïde, Charles Martel affirme avec succès ses prétentions au pouvoir en successeur de son père, et en tant que maire du palais, dans la politique franque. Continuant et s'appuyant sur l'œuvre de son père, il rétablit le gouvernement centralisé en Francie, et commence la série de campagnes militaires qui rétablit les Francs comme les maîtres incontestés de toute la Gaule.
Après un travail pour établir l'unité en Gaule, l'attention de Charles est tournée sur les conflits étrangers, et notamment l'avance des sarrasins (arabes et berbères) en Europe de l'Ouest, qui est une préoccupation majeure. Les forces arabes et berbères ont conquis la péninsule ibérique (711-726), franchi les Pyrénées (720) et saisi la Gaule narbonnaise, qui était une importante dépendance des Wisigoths (721-725). Après des affrontements intermittents, sous la direction d'Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi, wali d'al-Andalus, l'armée omeyyade avance vers la Gaule et sur Tours, « la ville sainte de la Gaule ». En octobre 732, cette armée rencontre les forces franques et aquitaines dirigées par Charles Martel dans une zone comprise entre les villes de Tours et de Poitiers (centre-ouest de l'actuelle France), menant à une importante et historiquement décisive victoire franque connue comme la bataille de Poitiers (le nom « Ma'arakat Balâṭ ash-Shuhadâ », « bataille du Pavé des Martyrs » présent dans les sources arabes pourrait la désigner, bien que l'expression se réfère plus vraisemblablement à la bataille de Toulouse), mettant fin à la « dernière des grandes invasions arabes de France », une victoire militaire qualifiée de « brillante » du côté de Charles.
Après l'affrontement, Charles dirige l'offensive, détruisant des forteresses à Agde, Béziers et Maguelone, et engageant les forces sarrasines à Nîmes, mais ne parvenant pas à récupérer Narbonne (737) ni l'intégralité de la Narbonnaise wisigothe. Par la suite, il réalise d'importants gains externes contre d'autres royaumes chrétiens, établissant un contrôle franc sur la Bavière, l'Alémanie et la Frise, et contraignant certaines des tribus saxonnes à s'acquitter d'un tribut (738).
En dehors de ses efforts militaires, Charles est considéré comme une figure fondatrice du Moyen Âge européen[réf. incomplète]. Qualifié d'administrateur et de guerrier, il est crédité d'un rôle déterminant dans les responsabilités émergentes des chevaliers des tribunaux, et donc dans le développement du système féodal franc. Le pape Grégoire III, dont le royaume était menacé par les Lombards, et qui ne pouvait plus compter sur l'aide de Constantinople, demanda à Charles de défendre le Saint-Siège, et lui offrit le consulat romain, bien que Charles refusât.
Il divise la Francie entre ses fils, Carloman et Pépin. Ce dernier devient le premier des Carolingiens. Le petit-fils de Charles, Charlemagne, afin d'inclure une grande partie de l'ouest, a étendu les royaumes francs, et est devenu le premier empereur d'Occident depuis la chute de Rome.
Charles Martel naît vers 688. Son lieu de naissance n'est pas connu. Selon une tradition rapportée, pour la première fois, au XIIIe siècle dans la Chronique rimée de Philippe Mouskes, il serait natif d'Andenne. Il existe d'autres traditions et d'autres lieux de naissance ont été envisagés dont Herstal, Jupille et Theux.
Charles Martel est le fils de Pépin de Herstal et de sa deuxième femme Alpaïde. Il avait un frère nommé Childebrand, qui devint plus tard le dux franc (c'est-à-dire duc) de Bourgogne.
Martel, le surnom (agnomen) de Charles, n'est attesté qu'au IXe siècle. Sa première occurrence connue se trouve dans les Miracles de saint Benoît (Miracula sancti Benedicti) d'Andrevald, vers 875. Le surnom ne s'impose, dans les chroniques, qu'à partir du milieu du XIe siècle, à la suite notamment de Sigebert de Gembloux.
Dans les sources de la première moitié du VIIIe siècle, l'union de Pépin et d'Alpaïde est considérée comme un mariage à part entière : Alpaïde est prise comme « nouvelle épouse » (uxor) par Pépin, « en plus » de Plectrude. Ce n'est qu'à partir du Xe siècle que les sources tendent à faire d'Alpaïde une concubine (concubina ou pellex) de Pépin, certaines faisant d'elles une prostituée (merretrix), d'autres allant jusqu'à préciser que son mariage avec Pépin est illicite (illicito matromonio). Dans l'historiographie ancienne, il était commun de décrire Charles comme « illégitime ». Ceci est encore largement répété dans la culture populaire aujourd'hui. Mais, la polygamie était une pratique franque légitime à l'époque et il est peu probable que Charles ait été considéré comme « illégitime ». Il est probable que l'interprétation de l'« illégitimité » dérive du désir de la première épouse de Pépin, Plectrude, de voir sa progéniture comme héritière du pouvoir de Pépin.
Charles Martel n'a ni porté ni même revendiqué le titre de roi (rex) bien qu'il ait pu maintenir la royauté vacante de la mort de Thierry IV en 737 jusqu'à sa propre mort en 741, vacance qui s'est d'ailleurs prolongée jusqu'à la proclamation de Childéric III en 743. Il ne semble pas s'être intitulé duc (dux) ou prince (princeps), au contraire de deux de ses fils, Carloman et Pépin, chacun d'eux s'intitulant duc et prince des Francs (dux et princeps Francorum) dans leur acte de convocation du concile germanique en 742 et au concile de Soissons en 744. Le pape Grégoire III l'intitule surregulus.
Après le règne de Dagobert Ier (629-639), les Mérovingiens cédèrent effectivement le pouvoir aux maires pépinides du palais, qui gouvernèrent le royaume franc d'Austrasie en tout mais nominalement. Ils contrôlaient le trésor royal, dispensé de patronage et accordaient des terres et des privilèges au nom du roi de la figure de proue. Le père de Charles, Pépin de Herstal, réussit à unir le royaume des Francs en conquérant la Neustrie et la Bourgogne. Il fut le premier à se proclamer duc et prince des Francs, un titre plus tard repris par Charles.
À la mort en 714 de Pépin de Herstal dit « Pépin le Jeune », son fils Charles fut tout désigné pour reprendre la charge de maire du palais qu'occupait le défunt, ses deux demi-frères Drogon de Champagne et Grimoald II étant eux aussi morts. Mais aux yeux de Plectrude, la première épouse de Pépin de Herstal, Charles était considéré comme un enfant illégitime parce que né d'Alpaïde, une autre uxor nobilis et elegans (épouse noble et élégante) que Pépin avait prise bien qu'étant déjà marié. Plectrude fit donc tout pour l'écarter du pouvoir et préserver l'avenir de son petit-fils Théodebald (ou Thibaut, Thiaud), le fils de Grimoald II, âgé de six ans à peine, et l'héritier légitime. Elle fit donc enfermer Charles.
Mais c'était sans compter l'opinion des différentes provinces du royaume, qui n'acceptèrent pas de voir une femme les diriger ; les révoltes commencèrent alors à éclater, d'abord en Neustrie en 715, lorsque Rainfroi (Rainfroy ou Ragenfred), maire du palais de Neustrie, battit l'armée de Plectrude en forêt de Cuise, et mena ses troupes jusqu'aux abords de la Meuse. Ce fut ensuite le peuple du Nord de l'Italie qui se souleva et se rallia à la Neustrie. Puis ce fut au tour des Saxons et des Austrasiens…
C'est à ce moment que Charles parvint à s'évader (715), et à prendre la tête des révoltés d'Austrasie. Il dut tout d'abord affronter les Neustriens de Chilpéric II et de Rainfroi : après deux batailles victorieuses (Bataille de l'Amblève - 716, Vinchy - 21 mars 717), il les repoussa jusqu'à Paris. Puis il se dirigea vers Cologne, que Plectrude avait choisie pour s'installer avec son petit-fils. Celle-ci n'eut d'autre option que de reconnaître sa défaite et de livrer la mairie d'Austrasie à Charles.