Charles Joseph Lovy est un enfant de troupe né le 5 juin 1880 à Tulle (Corrèze). Sergent au 2e régiment de tirailleurs algériens, il est mort au combat de Ksar el Azoudj, près de Béchar (Algérie) le 29 mars 1903.
Charles Lovy est d'extraction modeste. Cinquième enfant d'une famille qui en comptera six, il voit le jour chez ses parents, au Pont-Neuf, dans le quartier de Souilhac. Le patronyme Lovy est d'origine franc-comtoise : fils d'un ouvrier de fabrique, son père Georges Frédéric est né le 16 février 1843 à Issans (Doubs). Armurier de profession, il est déjà domicilié au Pont-Neuf de Tulle lorsqu'il a épousé, le 19 mars 1868, Antoinette Jaucent, une Tulliste qui exerçait alors le métier de couturière dans la même rue et qui se trouve être sans profession à la naissance de leur fils Charles. En 1893, le jeune Lovy, qui a alors 13 ans, entre comme enfant de troupe à l’école militaire préparatoire de Montreuil (Pas-de-Calais) pour cinq années d'études qui se terminent par l'inscription de son nom au tableau d'honneur. Le 5 juin 1898, alors qu'il est encore légalement mineur puisqu'il est âgé de 18 ans, il se porte engagé volontaire pour cinq années au 105e régiment d’infanterie caserné à Riom (Puy-de-Dôme) où il obtient ses galons de sous-officier : il est nommé caporal le 12 janvier 1899 puis sergent, le 22 septembre de la même année. C’est en cette qualité qu’il passe, par permutation, au 2e régiment de tirailleurs algériens stationné à Oran, où il est nommé sergent le 5 avril 1901.
Il est chargé de la surveillance de la frontière algéro-marocaine dans les régions d'Oran, Tlemcen, Naâma et de Zousfana (Figuig), et la lutte contre les bandes d'insoumis venant du Maroc qui effectuent des razzias sur le territoire algérien, les caravanes et les voyageurs.
Le 15 décembre 1901, il est promu sergent fourrier. En 1903, son bataillon est muté pour l’Extrême Sud du Sahara oranais. Cette région était, et est toujours, une zone frontalière stratégique et très sensible entre le Maroc et l’Algérie.
Au début du XIXe siècle, les relations entre le Maroc et l'administration française en Algérie sont incertaines tant à cause des frontières un peu mouvantes que des razzias effectuées par des bandes d'insoumis, sur le territoire algérien, les caravanes et les voyageurs.
La France qui veut pacifier ces régions et étendre son autorité vers le Maroc, revendique, à partir de 1901, un droit de police sur ces frontières. Afin de pacifier une zone située à l’extrême sud du département d'Oran, le long de la frontière de l'Est marocain, le 2e régiment de tirailleurs algériens, les légionnaires, les turcos et les spahis y sont envoyés en opération. Cette zone qui doit accueillir le chemin de fer devant relier Duveyrier à Beni Ounif, à proximité du col de Figuig est stratégique, cette ligne de chemin de fer devant relier l'Algérie au Soudan français. Le tracé de ce chemin de fer passe dans la vallée de Zoufsana, où des puits, des postes militaires et des caravansérails sont établis près des points d'eau. Malgré la présence militaire les brigands marocains et les tribus algériennes insoumises s'embusquent et attaquent les travailleurs et les postes isolés.
Au début de l'année 1903, le bataillon est envoyé en train à Béni-Ounif, dernière station du chemin de fer de la Zousfana.
Charles Lovy reçoit l’ordre d’occuper le fort avancé de Ksar el Azoudj, situé à deux jours de chameau, avec dix hommes.
Le 3 mars 1903, en tant que commandant de sa compagnie, il prend possession du fort situé à l’entrée de l’infini désertique, après deux jours de marche. Le fort de Ksar el Azoudj est construit sur une arête d'un plateau légèrement incliné vers l'est et dont le point d'accès est défendu par un retranchement. Au bas de la falaise un épais bouquet de verdure cache une petite source. Il s'agit d'un fortin robuste entouré de murailles, qui sert de refuge aux cavaliers du Maghzen chargés du transport du courrier dans l’Extrême Sud.
Chaque jour, la section fouille et effectue des reconnaissances dans cette région située au nord du djebel Béchar ou l'eau de la Zousfana qui vient de Figuig est bue par le sable, ou pas un arbuste, pas une herbe ne pousse. Rien que du sable et des rochers brûlés, avec des mamelons rocheux déchiquetés, fendus d’énormes crevasses et percés de trous profonds, dont le djebel Moumen, un mamelon de 700 mètres de haut, idéal pour les bandits et les embuscades.
Le 28 mars 1903, une sentinelle aperçoit dans la plaine un détachement se dirigeant vers le fort.
C’étaient trois détachements de légionnaires et de bat' d'Af' qui remontait de Taghit par Fendi (région de Béchar) après avoir visité des postes plus au sud et construit des caravansérails.
Le lendemain, trois spahis partent baliser la piste de Djenan à Taghit.
L’un d’eux revient au galop expliquant qu’en s’approchant de Fendi ils ont été attaqués par des Berbères, qui ont massacré l’escorte et se sont emparés du convoi de chameaux.
Immédiatement le capitaine Normand, commandant des légionnaires, prend un groupe de 30 hommes, part à la poursuite des berbères, le sergent Lovy commandant l'avant-garde.
Le capitaine Normand, Lovy, deux spahis et cinq éclaireurs engagent le combat contre les Bérabers embusqués dans les crêtes montagneuses. L'avant-garde est rejoint par le reste de la colonne sous les ordres du lieutenant Dézé. À 150 contre 30, les Bérabers reculent devant les Français. Cinq chameaux sont récupérés et les Marocains culbutés ne s'accrochent plus que sur une arête de rocher.
Hélas épuisés par vingt-cinq kilomètres de course, six heures de combat, brûlés par le soleil, mourant de soif et les munitions s’épuisant les dix-huit hommes valides restant, le signal de la retraite est alors donné.
On recule en combattant, l’ennemi toujours en surnombre est stimulé par la retraite amorcée par les militaires français. Il ne reste plus que quatre hommes à l’arrière-garde, pour couvrir la fuite de leurs camarades vers Ksar el Azoudj, qui emmènent leurs blessés. L'arrière-garde est composée du sergent Lovy et de trois tirailleurs algériens contre une centaine de Berbères marocains. Les quatre hommes, ayant utilisé leur dernière cartouche, combattent au corps à corps. Les trois tirailleurs algériens succombent et Lovy blessé, meurt frappé d’un coup de poignard entre les yeux.