Charles François Joseph de Habsbourg-Lorraine (en allemand : Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen, en hongrois : Habsburg-Lotharingiai Károly Ferenc József), né le 17 août 1887 à Persenbeug et mort le 1er avril 1922 à Funchal (Madère), a été, du 22 novembre 1916 au 12 novembre 1918, monarque d'Autriche-Hongrie sous le nom de règne de Charles Ier et IV, plus précisément empereur d'Autriche (Cisleithanie) sous le nom de Charles Ier (Karl I.) et roi apostolique de Hongrie (Transleithanie) sous le nom de Charles IV (IV. Károly). Il a également été roi de Bohême, subdivision de l'empire d'Autriche, sous le nom de Charles IV. Il fut le dernier monarque de ces États.
Fils aîné de l'archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine et de Marie-Josèphe de Saxe, héritier du trône depuis le 28 juin 1914, il a succédé à l'âge de 29 ans à son grand-oncle l'empereur François-Joseph Ier, qui avait régné 68 ans.
L'Église catholique l'a déclaré bienheureux en 2004. Elle ne le fête pas le 1er avril, « jour de son entrée au ciel », mais le 21 octobre, jour de son mariage.
Charles d'Autriche est né le 17 août 1887 au château de Persenbeug en Basse-Autriche. Il est alors le petit-neveu de l'empereur d'Autriche régnant François-Joseph.
Comme tout membre de la Maison Impériale et Royale, l'archiduc — que ses camarades de classe surnomment affectueusement l'« archi-Charles » — reçoit une éducation soignée, maîtrisant plusieurs langues, notamment l'allemand, le français, le tchèque et le hongrois, puis, à partir de ses 13 ans, il reçoit une solide formation juridique et économique. Son père meurt en 1906. L'archiduc, âgé de 19 ans, devient le second dans la ligne de succession au trône, appelé à succéder à son oncle l'archiduc François-Ferdinand dont il est également intégré au cercle et qui se charge de lui transmettre sa vision de la double monarchie, unitaire, directement ou par l'intermédiaire de ses proches. Le jeune archiduc veille avec une tendresse d'aîné sur son frère Maximilien, de huit ans son cadet.
Il devient selon la tradition familiale officier dans l'armée austro-hongroise. Cantonné avec son unité à Prague, il y suit les cours d'enseignants de l'université, tandis qu'il noue de solides amitiés avec des nobles tchèques proches de François-Ferdinand, son oncle.
L'archiduc François-Ferdinand ayant contracté en 1900 une union morganatique, ce qui compliquait sérieusement la vie de la cour et de la famille impériale et royale et contrariait le vieil empereur, les enfants de l'archiduc-héritier portaient le nom et le titre de leur mère, n'étaient pas membres de la Maison Impériale et Royale et par conséquent n'étaient pas dynastes. Aussi la question du mariage de l'archiduc Charles se posait-elle avec acuité. Le 21 octobre 1911, l'archiduc épouse la princesse Zita de Bourbon-Parme (1892 – 1989) dix-septième enfant de Robert Ier, dernier duc règnant de Parme et de l'infante Antonia de Bragance, fille de l'ex-roi Michel Ier de Portugal. Le couple a eu huit enfants.
Ce mariage n'est cependant pas un mariage arrangé, tout en répondant aux exigences matrimoniales de la famille impériale, ce qui lui assure la bienveillance de l'empereur-roi.
Il bénéficie de l'affection sincère du vieil empereur François-Joseph, accablé par les deuils et les défaites. Il est également très proche de sa mère et de la troisième épouse de son grand-père, l'archiduchesse Marie-Thérèse de Bragance qui est également la tante maternelle de son épouse Zita. L'archiduchesse Zita est également une nièce de la grande-duchesse-régente de Luxembourg et une cousine utérine ou germaine de la reine des Belges Élisabeth en Bavière, de la princesse royale de Bavière Marie Gabrielle en Bavière, de la grande-duchesse de Luxembourg, Marie-Adélaïde de Luxembourg et du roi des Bulgares Boris III.
Dès l'année suivante, la jeune archiduchesse met au monde un fils prénommé comme son grand-père paternel Othon, troisième héritier dans l'ordre de succession. L'empereur donne comme résidence à son petit neveu le Château de Hetzendorf, plus proche du Château de Schönbrunn, où naîtra en 1914 la première fille du couple.
Héritier du trône des Habsbourg-Lorraine
Petit-neveu de l'empereur François-Joseph, il est à sa naissance cinquième dans l'ordre de succession au trône et a donc peu de chances de ceindre un jour la couronne.
Les morts successives de l'archiduc héritier Rodolphe en janvier 1889 sans descendance mâle puis de son grand-père l'archiduc Charles-Louis, frère cadet de l'empereur, en 1896 le rapprochent du trône. En 1900, le mariage morganatique de son oncle, l'archiduc héritier François-Ferdinand (dont les enfants sont de fait non dynastes), puis la mort prématurée de son père l'archiduc Otto en 1906 font de lui, à l'âge de 19 ans, le second dans la ligne de succession de la double monarchie, après son oncle François-Ferdinand. L'assassinat de ce dernier en 1914 fait de Charles, jeune père de famille de 27 ans sans réelle expérience du pouvoir - et qui pensait accéder au trône vers 1940 -, l'héritier direct de son grand-oncle l'empereur François-Joseph âgé de 83 ans. Après les soucis que lui ont causés son fils et ses neveux, le souverain, qui compte 66 ans de règne, est soulagé de trouver en son héritier le sens du devoir, la droiture, la grandeur d'âme et la piété qui manquaient à ses prédécesseurs[réf. nécessaire].
Il entretient de bonnes relations tant avec son grand-oncle (l'empereur-roi) qu'avec son oncle (l'archiduc héritier), entre lesquels les relations sont souvent tendues. Il devient brutalement l'héritier du trône le 28 juin 1914 après l'assassinat de son oncle l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo.
L'archiduc-héritier et sa famille s'installent au Château de Schönbrunn où naîtront leurs troisième, quatrième et cinquième enfant. Durant cette période, il est affecté à l'AOK, état-major général austro-hongrois, avec le grade de colonel, afin de parfaire sa formation. Rapidement, il se heurte à Franz Conrad von Hötzendorf, chef d'état-major général, qui se méfie de ses possibles ingérences dans le domaine militaire, et dont il n'approuve pas la politique, visant à mettre l'administration civile sous la tutelle des militaires.
Il n'est pas consulté pendant la Crise de juillet qui provoque la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie et engendre la Première guerre mondiale.
Au début de l'année 1916, après des mois de formation militaire, il est affecté au commandement du XXe corps d'armée, devant prendre l'offensive sur le front italien, la victoire annoncée de cette offensive devant accroître le prestige de la dynastie ; devant l'urgence de la situation créée par la rupture du front austro-hongrois occasionnée par l'offensive d'été russe de 1916, il reçoit le commandement nominal de la 12e armée, chargée de contenir la poussée russe, la réalité du commandement étant assurée par des généraux allemands. Il entre en fonctions le 31 juillet 1916 à la tête d'un groupe d'armées comprenant les 12e et 7e armées austro-hongroises à l'aile sud du front, près de la frontière de la Roumanie encore neutre, mais la direction effective est assurée par son chef d'état-major allemand, le général Hans von Seeckt.
Durant cette même année, il apparaît aux yeux des responsables militaires du Reich, Hindenburg et Ludendorff, comme une « page blanche », qu'il serait possible de manipuler, afin de permettre la prise de contrôle définitive de l'Autriche-Hongrie par l'Allemagne, à la faveur de la situation dégradée de la double monarchie dans le conflit, sur les plans militaire, politique et économique.