Ce Jour-là

Charles II (roi de Navarre)

Roi de Navarre de 1349 à 1387 et comte d'Évreux de 1343 à 1378

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Charles II de Navarre, dit « Charles le Mauvais » (Évreux, 10 octobre 1332 - Pampelune 1er janvier 1387) est roi de Navarre de 1349 à 1387 et comte d'Évreux de 1343 à 1378. Il est le fils de Philippe III comte d'Évreux et de Jeanne II reine de Navarre, fille du roi de France et de Navarre, Louis X le Hutin.

Sa mère, seule enfant du roi Louis X à lui survivre, est trop jeune et trop peu soutenue pour pouvoir imposer ses droits à son oncle le comte de Poitiers, qui se fait couronner roi sous le nom de Philippe V. La loi salique est alors ignorée de tous et ne sera instituée qu'en 1358. Toutefois, Jeanne ne renoncera jamais formellement à la couronne de France. Charles de Navarre ne naît qu'en 1332 et Jeanne de Navarre ne peut toujours pas revendiquer en 1328 la couronne qui est attribuée à Philippe VI de Valois, descendant le plus direct par les mâles, mais qui n'est que cousin de Louis X. Mais les premiers Valois sont confrontés à la crise économique, sociale et politique qui conduit à la guerre de Cent Ans, pendant laquelle la supériorité tactique anglaise est telle que les désastres s'enchaînent pour l'armée du roi de France. Le discrédit des Valois permet à Charles de Navarre, fils de Jeanne II, de contester leur légitimité et de réclamer le trône de France. Il n'a de cesse d'essayer de satisfaire son ambition et de profiter de la déstabilisation du royaume pour jouer sa carte. Pour parvenir à ses fins, il change plusieurs fois d'alliance, s'accordant avec le dauphin Charles (le futur Charles V) puis avec les Anglais et Étienne Marcel, pour ensuite se retourner contre les Jacques quand la révolte parisienne tourne court.

En 1361, il échoue à obtenir la succession du duché de Bourgogne, confié à Philippe le Hardi, le jeune fils de Jean le Bon. En représailles, il saisit l'occasion de la mort de Jean le Bon pour lever, en 1364, une puissante armée et tenter d'empêcher le sacre de Charles V, mais il est vaincu à Cocherel et doit retourner aux affaires espagnoles. Il tente un retour sur la scène française en complotant avec les Anglais en 1378, mais il est découvert. Déconsidéré, il s'isole diplomatiquement et finit vaincu et neutralisé par Charles V.

Charles II de Navarre est le petit-fils de Louis X le Hutin, qui meurt en 1316, deux ans seulement après son père Philippe IV le Bel, ce qui marque la fin du « miracle capétien » : de 987 à 1316, les rois capétiens ont toujours eu un fils à qui transmettre la couronne à leur mort.

De sa première épouse, Marguerite de Bourgogne, condamnée pour infidélité, Louis X le Hutin n'a qu'une fille, Jeanne de Navarre. À sa mort, sa seconde femme, Clémence de Hongrie, attend un enfant. Un fils naît : Jean Ier dit le Posthume, mais il ne vit que cinq jours. Cas inédit jusqu'alors, l'héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre : une fille mineure. La décision qui est prise à ce moment est très importante car elle devient coutume et sera à nouveau appliquée lorsque la question dynastique se posera en 1328. L'infidélité de la reine Marguerite fait planer le risque qu'un prince, pour légitimer sa révolte, prenne pour prétexte que la reine est bâtarde. À la mort de son frère Louis X le Hutin, le puissant Philippe de Poitiers, chevalier aguerri et formé par son père au métier de roi, s'impose comme régent. À la mort de Jean le Posthume, il est considéré par les grands comme le plus apte et devient Philippe V, roi de France, consacrant l'éviction de Jeanne : si le choix du monarque français se fonde sur l'hérédité et le sacre, l'élection peut reprendre ses droits en cas de problème.

La loi salique, alors ignorée de tous, n'est pas invoquée lors du choix du nouveau roi de France. En révisant, la veille de sa mort, le statut de l’apanage de Poitou qui, « faute d'héritier mâle, reviendrait à la couronne de France », Philippe le Bel avait bien introduit la « clause de la masculinité » pour renforcer les possessions des Capétiens en rattachant à la couronne les fiefs de leurs vassaux sans héritiers mâles. Mais cette clause de masculinité n'apparaît pas dans les traités établis à partir de 1316 pour régler l'héritage de Jeanne.

En 1316, Jeanne n'est pas complètement isolée. Son oncle, le puissant duc Eudes IV de Bourgogne, coalise les mécontents et n'hésite pas à comploter avec les rebelles flamands. Mais pour le calmer, Philippe V lui donne sa fille en mariage, pendant qu'il règle la question de l'héritage de Jeanne. Le traité du 27 mars 1317 lui accorde une rente de 15 000 livres assises sur le comté d'Angoulême et établit qu'elle devra renoncer aux couronnes de France et de Navarre à sa majorité en 1323, auquel cas elle pourra hériter des comtés de Brie et de Champagne.

La loi salique ne sera invoquée que quarante ans après la controverse dynastique de 1316, lorsqu'un bénédictin de l’abbaye de Saint-Denis, tenant la chronique officielle du royaume, invoquera cette loi pour renforcer la position du roi de France dans le duel de propagande qu’il livre à Charles de Navarre et à Édouard III d'Angleterre. Cette loi salique date des Francs et dispose que les femmes doivent être exclues de la « terre salique ».

Après le court règne de Philippe V, mort sans héritier mâle, c'est son plus jeune frère, Charles IV, qui, bénéficiant du précédent de son aîné, ceint à son tour la couronne. Mais son règne dure également peu de temps et, quand ce troisième et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant mâle en 1328, la question dynastique est la suivante : Jeanne de Navarre n'a pas encore de fils (Charles de Navarre ne naît que quatre ans plus tard) mais Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils, Édouard III, roi d'Angleterre. Peuvent-elles donc transmettre un droit qu'elles ne peuvent elles-mêmes exercer selon la coutume fixée dix ans plus tôt ?

Isabelle de France veut faire valoir les droits de son fils, mais c'est Philippe VI de Valois qui est choisi. Il est le fils de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel, et descend donc par les mâles de la lignée capétienne. Il s'agit d'un choix géopolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavant.

En 1328, le choix de Philippe VI est le plus logique si l'on veut éviter qu'Édouard III ne mette la main sur la couronne de France. Cependant, a posteriori, le prétendant le plus direct par les femmes reste Charles de Navarre, même s'il ne naît qu'en 1332. Charles de Navarre, « qui était des fleurs de Lys de tous côtés », le fera valoir, espérant qu'on lui confie au moins des possessions et des responsabilités en rapport avec sa lignée.

Droits sur l'Angoumois, la Champagne, la Brie et le duché de Bourgogne

À sa majorité, Jeanne aurait dû confirmer sa renonciation aux couronnes de France et de Navarre en échange de la Brie et de la Champagne. Philippe le Bel détenait ces terres de sa femme Jeanne Ire de Navarre et Jeanne se trouve être leur descendante et héritière directe (dans ce cas, le roi tenant ces terres par les femmes ne peut contester que leur transmission se fasse par les femmes). Jeanne est mariée à Philippe d'Évreux et peut compter sur le soutien inconditionnel des barons navarrais qui refusent que le royaume ne soit qu'une annexe gouvernée à distance par le roi de France. Philippe VI doit donc transiger : en avril 1328, le grand conseil laisse la Navarre à Jeanne, mais refuse de céder la Champagne et la Brie, car cela ferait des Navarrais des prétendants trop puissants. Une compensation est donc prévue, acceptée par les Évreux malgré son caractère réduit : ils obtiennent le comté de Mortain, une partie du Cotentin et, dans le Vexin, Pontoise, Beaumont-sur-Oise et Asnières-sur-Oise. La promesse de leur céder le comté d'Angoulème ne sera jamais tenue et Charles II peut donc légitimement revendiquer la Champagne et la Brie.

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