Charles II (Carlos II von Habsburg ou Carlos II, Rey de España en espagnol), dit l'Ensorcelé, né le 6 novembre 1661 à Madrid et mort le 1er novembre 1700 dans la même ville, fils de Philippe IV et de Marianne d'Autriche, a été roi d’Espagne, des Indes, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, duc de Bourgogne et de Milan et souverain des Pays-Bas, entre 1665 et 1700, après la mort de son père.
Proclamé roi en 1665, à l'âge de quatre ans, placé sous la tutelle de sa mère, il est sans cesse gouverné : par celle-ci, puis par Juan José d'Autriche (son demi frère, fils bâtard de Philippe IV), par sa femme, Marie-Louise d'Orléans, et par ses ministres. La faiblesse de son pouvoir fut la cause de la décadence de la maison de Habsbourg en Espagne. Les guerres soutenues contre la France se soldèrent par des déroutes successives : perte de la Franche-Comté à la suite de la paix de Nimègue en 1678, perte du Luxembourg avec la trêve de Ratisbonne de 1684, invasion française de la Catalogne en 1691.
Charles II reçoit le surnom d'« Ensorcelé » (Hechizado) car on attribuait son état physique à des influences néfastes et même diaboliques. Les mariages consanguins successifs contractés par ses ascendants royaux en sont certainement l'origine. Il reste toute sa vie une personne chétive, malade, faible et également stérile. Son incapacité à avoir un héritier constitue la cause de graves conflits de succession dans les années qui précèdent et suivent sa mort, qui met un terme définitif au règne de la maison de Habsbourg, remplacée par les Bourbons, sur les couronnes d'Espagne.
Charles naît le 6 novembre 1661 au palais de l'Alcázar de Madrid. Il n'est pas le premier enfant de son père, Philippe IV, qui a déjà eu plusieurs filles, ni le premier fils vivant, puisque Juan José d'Autriche est son aîné, ni encore le premier fils légitime. Il est le troisième fils légitime, son frère Baltasar Carlos étant mort depuis 1646, tandis que son autre frère Philippe-Prosper, est mort quelques jours avant sa naissance, le 1er novembre 1661, à l'âge de 3 ans. Il est donc un héritier attendu par le roi d'Espagne avec sa seconde épouse légitime, Marie-Anne d'Autriche.
La régence de Marie-Anne d'Autriche (1665-1678)
Le prince Charles a seulement quatre ans lorsque son père meurt en 1665. Celui-ci établit dans son testament sa femme, Marie-Anne d'Autriche, comme régente. Elle est assistée d'un conseil de régence formé de six membres :
le président du conseil de Castille, García Haro Sotomayor y Guzmán, comte de Castrillo ;
le vice-chancelier du conseil d'Aragon, Cristóbal Crespí de Valldaura ;
un représentant du conseil d'État, Gaspar de Bracamonte y Guzmán, comte de Peñaranda ;
un Grand d'Espagne, Guillén Ramón de Moncada, marquis d’Aytona ;
l'Inquisiteur général, le cardinal Pascual d'Aragon ;
l'archevêque de Tolède, le cardinal Baltasar Moscoso y Sandoval.
À l'ouverture du testament de Philippe IV, un membre du conseil de régence est déjà mort : le cardinal Baltasar Moscoso y Sandoval s'est éteint quelques heures seulement avant le roi. La reine confie au cardinal Pascual d'Aragon le poste laissé vacant, tandis que le poste d'Inquisiteur général est confié à un proche de la reine, le cardinal Johann Eberhard Nithard.
Hors d'Espagne, les cours européennes ne font que peu de cas du jeune Charles II, dont l'état maladif augure d'une succession rapide et ouverte. L'Espagne est alors en butte aux appétits des rois européens, en particulier le roi de France, Louis XIV. De plus, l'Espagne est alors déjà engagée dans la guerre d'indépendance portugaise, et y consacre une grande partie de son potentiel militaire. La France se rapproche de Jean IV, roi portugais de la maison de Bragance, et signe le 31 mars 1667 une alliance offensive.
Ayant épousé l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV, en 1660, Louis XIV émet des prétentions en son nom sur plusieurs provinces espagnoles, sous le nom de Traité des droits de la Reine Très-Chrétienne, qui s'appuie essentiellement sur le droit de dévolution, une vieille coutume du Brabant, d'après laquelle les enfants d'un premier mariage — en l'occurrence, Marie-Thérèse — sont les seuls héritiers de leurs parents au détriment des enfants nés d'un second mariage — en l'occurrence, Charles II. Il y réclame la cession du duché de Brabant, de la seigneurie de Malines, d'Anvers, de la Gueldre supérieure, de Namur, du Limbourg, avec les places du Hainaut, de l'Artois, de Cambrai, du duché de Luxembourg, d'une partie de la Flandre et enfin toute la Franche-Comté.
En 1667 éclate la guerre de Dévolution entre la France et l'Espagne, soutenue par les Provinces-Unies et l'Angleterre. Afin de ne pas avoir à se battre sur deux fronts, la monarchie espagnole se décide à reconnaître l'indépendance du Portugal par le traité de Lisbonne, signé le 12 février 1668. Cela n'empêche pas Louis XIV de remporter de brillantes victoires dans les Pays-Bas espagnols, où il occupe les places de Lille et Douai en particulier, et en Franche-Comté, qui est conquise en deux semaines. Les négociations entre les deux monarchies s'ouvrent à Aix-la-Chapelle, le comte de Bergeyck représentant l'Espagne. Le traité d'Aix-la-Chapelle, signé le 2 mai 1668, reconnaît la perte de Furnes, Bergues, Courtrai, Oudenarde, Menin, Armentières, Lille, Douai, Tournai, Ath, Binche et Charleroi au profit de la France, qui rend cependant la Franche-Comté.
Le gouvernement du cardinal Nithard (1665-1669)
La mort de Philippe IV place la reine Marie-Anne d'Autriche au cœur du pouvoir. Elle s'appuie d'abord sur son confesseur, le jésuite Johann Eberhard Nithard, qui l'a suivie en 1649 lorsqu'elle a quitté la cour de Vienne pour Madrid. Il exerce une grande influence sur elle dans le domaine spirituel, mais aussi dans le domaine politique. Son influence grandissante à la cour d'Espagne lui permet de se comporter comme un véritable valido.