Charles-François Gounod, né le 17 juin 1818 et mort le 18 octobre 1893, est un compositeur français. Il a composé douze opéras, dont le plus populaire reste Faust (1859). Son Roméo et Juliette (1867) figure également au répertoire international. Il a composé une abondante musique sacrée, de nombreuses chansons et des pièces courtes populaires, notamment son Ave Maria (une adaptation d’une œuvre de Bach) et la Marche funèbre d’une marionnette.
Né à Paris dans une famille d'artistes et de musiciens, Gounod étudie au Conservatoire de Paris et remporte le prix de Rome, la plus prestigieuse récompense musicale française. Ses études le mènent en Italie, en Autriche puis en Prusse, où il rencontre Felix Mendelssohn, dont l’engagement en faveur de la musique de Bach eut sur lui une influence précoce. Profondément religieux, il envisage un temps, à son retour à Paris, de devenir prêtre. Il compose abondamment : musique sacrée, lieder, musique orchestrale et opéras.
La carrière de Gounod est interrompue par la guerre franco-prussienne. En 1870, fuyant l'avancée prussienne sur Paris, il se réfugie en Angleterre avec sa famille. Après le retour de la paix en 1871, sa famille regagne Paris, mais lui demeure à Londres, chez une chanteuse amateur, Georgina Weldon (en), qui exerce une influence déterminante sur sa vie. Au bout de près de trois ans, il se sépare d'elle et retourne auprès de sa famille en France. Son absence, conjuguée à l'émergence de jeunes compositeurs français, lui fait perdre sa place de premier plan sur la scène musicale française. Bien qu'il restât une figure respectée, il est considéré comme démodé à la fin de sa vie, et le succès à l'opéra lui échappe. Il meurt dans sa maison de Saint-Cloud, près de Paris, à l'âge de 75 ans.
Peu d'œuvres de Gounod figurent encore au répertoire international régulier, mais son influence sur les compositeurs français postérieurs est considérable. On retrouve dans sa musique un courant de sentiment romantique qui se prolonge dans les opéras de Jules Massenet et d'autres compositeurs ; on y décèle également une retenue et une élégance classiques qui influencent Gabriel Fauré. Claude Debussy écrit que Gounod incarne la sensibilité française essentielle de son temps.
Charles-François Gounod naît le 17 juin 1818, place Saint-André-des-Arts à Paris. Il est le second fils du peintre François-Louis Gounod (1758-1823) et de Victoire, née Lemachois (1780-1858), qui s'étaient mariés à Rouen le 24 novembre 1806. François est peintre et professeur d'art, Victoire est une pianiste talentueuse qui avait donné des leçons dans sa jeunesse. Leur fils aîné, Louis Urbain (1807-1850), sera un architecte renommé. Peu après la naissance de Charles, François est nommé artiste officiel du duc de Berry, membre de la famille royale, et, durant la petite enfance de Charles, les Gounod résident au château de Versailles où ils disposent d'un appartement.
Après la mort de François en 1823, Victoire subvient aux besoins de la famille en reprenant son ancien métier de professeur de piano, son fils Charles sera l'un de ses premiers élèves. Gounod fréquente plusieurs écoles parisiennes jusqu'au lycée Saint-Louis. Élève brillant, il excelle en latin et en grec. Sa mère, fille de magistrat, espérait qu'il embrasserait une carrière stable d'avocat, mais ses intérêts se portent sur les arts : il est un peintre talentueux et un musicien exceptionnel. Outre l'enseignement musical de sa mère, il est très tôt influencé par les opéras vus au Théâtre-Italien : Otello de Rossini et Don Giovanni de Mozart. D'une représentation de ce dernier en 1835, il se souvient plus tard : « Je restai en extase du début à la fin de l'opéra ». Plus tard la même année il assiste à des représentations des symphonies Pastorale et Chorale de Beethoven, ce qui ajoute « un nouvel élan à mon ardeur musicale ».
Encore étudiant, Gounod étudie la musique en privé avec Anton Reicha – ami de Beethoven et décrit par un contemporain comme « le plus grand professeur vivant de l'époque » – et est admis au Conservatoire de Paris en 1836. Il y étudie la composition avec Fromental Halévy, Henri Berton, Jean Lesueur et Ferdinando Paer, et le piano avec Pierre Zimmerman. Ses différents professeurs n'ont qu'une influence modérée sur son développement musical, mais durant ses années au Conservatoire, il rencontre Hector Berlioz. Il déclarera plus tard que Berlioz et sa musique comptaient parmi les plus grandes influences émotionnelles de sa jeunesse. En 1838, après la mort de Lesueur, certains de ses anciens élèves collaborent à la composition d'une messe commémorative ; l'Agnus Dei est confié à Gounod. Berlioz dit à ce sujet : « L’Agnus, pour trois voix solistes avec chœur, de M. Gounod, le plus jeune des élèves de Lesueur, est magnifique – très magnifique. Tout y est nouveau et remarquable : la mélodie, la modulation, l’harmonie. Dans cette pièce, M. Gounod a prouvé que l’on peut tout attendre de lui ».
En 1839, à sa troisième tentative, Gounod remporte le prix musical le plus prestigieux de France, le Prix de Rome de composition, pour sa cantate Fernand. Il surpasse ainsi son père : François avait obtenu le deuxième prix du Prix de Rome de peinture en 1783. Le Prix offre au lauréat deux années d'études subventionnées à l'Institut français de Rome, ainsi qu'une année supplémentaire en Autriche et en Allemagne. Pour Gounod, ce prix lance non seulement sa carrière musicale, mais laisse également une empreinte spirituelle et musicale indélébile. Selon le musicologue Timothy Flynn, le Prix, avec son séjour en Italie, en Autriche et en Allemagne, est « sans doute l'événement le plus marquant de sa carrière ». Il a la chance que le directeur de l'Institut soit le peintre Dominique Ingres qui connaissait bien François Gounod et qui prend sous son aile le fils de son vieil ami. De cette époque (1841) date son premier portrait peint connu, par son condisciple Charles Octave Blanchard.
Parmi les personnalités artistiques que le compositeur rencontre à Rome figurent la chanteuse Pauline Viardot et la pianiste Fanny Hensel, sœur de Felix Mendelssohn. Viardot sera d'une grande aide à Gounod dans sa carrière ultérieure, et grâce à Hensel, il découvre la musique non seulement de son frère, mais aussi de J. S. Bach, dont la musique, longtemps négligée, était redécouverte avec enthousiasme par Mendelssohn. Gounod découvre également « divers chefs-d'œuvre de la musique allemande que je n'avais jamais entendus auparavant ». Pendant son séjour en Italie, Gounod lit Faust de Goethe et commence à en esquisser une musique pour un opéra, qui aboutira au cours des vingt années suivantes. Parmi les autres œuvres qu'il compose durant ses trois années figurent certaines de ses mélodies les plus connues, telles que « Où voulez-vous aller ? » (1839), « Le Soir » (1840-1842) et « Venise » (1842), ainsi qu'une mise en musique de l'ordinaire de la messe, qui est interprétée à l'église San Luigi dei Francesi à Rome.
À Rome, Gounod voit ses profondes aspirations religieuses s'accroître sous l'influence du prédicateur dominicain Henri-Dominique Lacordaire et est inspiré par les peintures des églises de la ville. Contrairement à Berlioz, qui n'avait pas été impressionné par les arts visuels romains lors de son séjour à l'Institut dix ans plus tôt, Gounod est subjugué par l'œuvre de Michel-Ange. Il découvre et vénère également la musique sacrée de Palestrina, qu'il décrit comme une traduction musicale de l'art de Michel-Ange. La musique de certains de ses contemporains italiens ne lui plait pas. Il critique sévèrement les opéras de Donizetti, Bellini et Mercadante, compositeurs qu'il qualifie de simples « vignes enroulées autour du grand tronc rossinien, sans sa vitalité ni sa majesté », et dépourvus du génie mélodique spontané de Rossini.
Durant sa dernière année de bourse Gounod séjourne en Autriche et en Allemagne. À l'Opéra de la Cour de Vienne il entend pour la première fois La Flûte enchantée, et ses lettres témoignent de sa joie de vivre dans la ville où avaient travaillé Mozart et Beethoven. Le comte Ferdinand von Stockhammer, mécène viennois de premier plan, organise la représentation du Requiem de Gounod. L'œuvre est chaleureusement accueillie et son succès incite Stockhammer à commander une seconde messe au compositeur.