Ce Jour-là

Charles Boulanger de Boisfrémont

Peintre français

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Charles Pompée Le Boulanger de Boisfrémont, né à Rouen le 25 juin 1773 et mort le 5 mars 1838 à Paris, est un peintre français.

Fils d’un conseiller au Parlement de Normandie, Boisfrémont fut, depuis sa jeunesse, attiré par les beaux-arts, mais ses parents, imbu de leur rang, tentèrent tout pour s’opposer à ce penchant en l’envoyant, à 14 ans, en 1787, chez les pages de la grande écurie du roi. Son aptitude aux exercices du corps, spécialement dans l’art de monter à cheval, le fit remarquer de Louis XVI, et son premier service fut de l’accompagner à l’ouverture des États généraux de 1789. Nommé premier page pour l’année suivante, il était de service au château, lors de la Journée du 10 août 1792 qui vit la constitution de la commune insurrectionnelle à Paris, la prise des Tuileries, le massacre des gardes suisses à Paris et la suspension de Louis XVI. Resté un des derniers dans les appartements après le massacre, il ne dut son salut qu’en se jetant par une des fenêtres sur la terrasse, où les Suisses défendaient encore chèrement leur vie. Les barrières étant fermées, il lui était difficile de s’évader et il resta cinq jours dans Paris, déguisé en Marseillais avant de parvenir à regagner Rouen, où les parlements n’existaient plus, son père était en fuite, son nom le rendait suspect et il se trouvait sans la moindre ressource.

Pendant quelques mois, il suivit, comme élève, les visites de l’Hôtel-Dieu dans l’intention de s’embarquer comme chirurgien sur quelque bâtiment, mais se lassa bientôt de cette carrière. Seule l’anatomie, où il acquit des notions qui devaient lui être d’une grande utilité par la suite, l’intéressait. Désormais libre de suivre son goût pour les arts, il alla trouver le directeur de l’école de dessin, Descamps, qui l’accueillit avec bienveillance, lui fournit un galetas dans les greniers même de l’école et lui donna ses premières leçons. Il étudia avec ardeur pendant guère plus de douze mois, après quoi la Terreur étant parvenue à son comble, il lui devint impossible de se soustraire aux recherches que l’on faisait de tous ceux qui avaient servi le roi. Il ne trouva de voie de salut qu’en profitant d’une escadre envoyée en Amérique pour se faire accepter comme matelot. Peu de jours après, seize jeunes gens de famille, dans la même position que lui, furent découverts dans les escadres où ils étaient cachés, et guillotinés.

Embarqué comme novice matelot, le 31 octobre 1795, sur le vaisseau la République, son escadre mouilla dans la baie de Chesapeake, où avait eu lieu la célèbre bataille navale décisive dans la Guerre d’indépendance des États-Unis. Son espoir était de s’échapper en se jetant sur le premier rivage où il aborderait. Les soupçons dont il était l’objet lui valurent de mauvais traitements de la part de l’équipage. La surveillance dont il était l’objet rendait plus difficile l’exécution de son projet, mais la veille du jour où l’escadre devait retourner en France, étant de quart, la nuit, par une mauvaise mer, il se jeta à l’eau et alla s’accrocher à une barque de pêcheur que le hasard avait amenée à quelques toises du bâtiment, et gagna ainsi la terre. Il s’enfonça dans les bois et grâce aux secours des Amérindiens, il parvint exténué de faim et de fatigues, après plusieurs jours de marche, à Norfolk en Virginie, où un cordonnier français, déserteur du corps de la Fayette, lui donna des secours et lui facilita les moyens de gagner New York.

Parvenu à New York, il y fit la rencontre d’un pauvre maitre de langue française, qui lui offrit quelques vieux morceaux d’étoffe dont il se confectionna un habit. Étranger à la langue du pays, éprouvant des difficultés pour subvenir à ses besoins, il débuta comme porte-faix sur le port, avant de devenir journalier. Il essaya successivement de plusieurs professions mécaniques. Accepté comme apprenti chez un peintre-vernisseur de voitures, il y prit quelques notions des couleurs et, avec les pinceaux et les grossières substances qui étaient à sa disposition, il se mit à peindre. Il commença par sa propre image, réfléchie dans une glace. Satisfait de son coup d’essai, il se mit à faire des portraits non sans avoir à vaincre de grandes difficultés, devant tout créer, tout imaginer, écrasant des noix pour faire de l’huile, préparant ses toiles en se servant pour les tendre du bois de son lit, faisant lui-même les couleurs. C’est au moyen de cette industrie que, sans préceptes, sans guides, sans modèles, il parvint à une certaine réputation. En parcourant les petites villes des États-Unis, il ne tarda pas à connaitre l’aisance et à amasser une petite fortune. Il prit le nom italien de Ricardi, et il fut chargé pour le musée de New York d’achever quatre-vingts portraits des personnages célèbres de la révolution d’Amérique, que la mort du peintre Peale avait laissés, à l’état d’ébauche.

Boisfrémont se sentait néanmoins appelé à un genre de peinture plus élevé que celui qu’il exerçait. Ayant toujours rêvé de l’Italie, avec ses musées et ses antiques, où il pourrait se former à l’école des grands maitres, il résolut d’entreprendre le voyage et s’embarqua, muni d’une somme de 50 000 francs, pour lui permettre de travailler avec sécurité. Malheureusement, à hauteur de Gibraltar, le vaisseau où il faisait voile fut attaqué par des pirates algériens, pillé et ses passagers ainsi que l’équipage conduits prisonniers sur la côte d’Afrique. Après une longue suite de misères et de mauvais traitements, il dut à sa nationalité, qui commençait à se rendre redoutable, de voir adoucir sa captivité. Il obtint même d’être déposé en Italie. Renvoyé sur un bâtiment barbaresque faisant voile pour Gênes, il y arriva le premier jour de la révolution. Au bout d’une longue quarantaine, dans un lazaret, rendu à la liberté, il touchait l’Italie.

De compagnie avec un sculpteur milanais, du nom de Canolle, pauvre comme lui, il fit à pied, le chemin de Rome. Là encore, la mort du général Duphot, tué sur la porte même de l’ambassadeur de France par des soldats du pape au moment où il tentait d'apaiser une émeute occasionnée par une fête célébrée par les Républicains français, amena la prise de Rome peu de jours après par les Français. Dès lors, impossible d’étudier ou de travailler. Pendant dix-huit mois, couchant sous le portique, à moitié nu, il vécut avec les lazarrone, se nourrissant de châtaignes ou de pain de munition qu’il obtenait avec une extrême difficulté. Comme un décret du gouvernement français ordonnait au commandant de la place de faire fusiller tout émigré, il fut conduit, en vertu de cette mesure, devant le général Gouvion-Saint-Cyr, commandant de la place. Ce protecteur des arts le protégea et lui accorda la vie et la liberté, en lui recommandant d’en user avec la plus grande réserve.

Vers 1799, l’horizon s’éclaircit et il put enfin retourner sans crainte à ses études. Parmi les quelques étrangers qui recommençaient à fréquenter l’Italie, lord Bristol, amateur passionné des beaux-arts, charmé de son talent, le chargea de faire plusieurs copies des plus beaux ouvrages de Rome, ce qui le tira de l’extrême indigence où il se trouvait encore. Dans ses études, il se sentait surtout attiré vers les productions de Raphaël, du Titien, de Corrège qu’il parvint à les reproduire avec une rare perfection. Un marchand d’antiquités, ayant vu de ses copies, lui en commanda un grand nombre qu’il vendit comme des originaux. Dès lors, aidé des conseils de l’antiquaire qui exploitait son talent, il devint fort habile dans l’art de restaurer les tableaux ; il y acquit des connaissances, imagina des procédés dont il devait faire bon usage au château de Versailles.

Le régime de la Terreur terminée et le premier consul, ayant permis aux émigrés de rentrer, Boisfrémont éprouva le désir de revoir son pays. Sa voiture était arrêtée pour le lendemain, lorsqu’une dernière visite au palais des Thermes faillit lui couter la vie où il fut reconnu pour Français par une bande de Napolitains, alors maîtresse de Rome. Assailli et laissé comme mort sur la place, il ne dut son salut qu’à quelques officiers qui, voyant qu’il respirait encore, lui firent donner les secours dont il avait besoin. Après trois mois passés à se remettre, prit le chemin de la France, où il trouva sa famille sortant des prisons, son père mourant agonisant par suite des privations qu’il avait endurées, et une mère qui refusa de le reconnaitre, tant les années et la mauvaise fortune avaient altéré sa constitution et défiguré ses traits.

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