Charles Aznavour (en arménien : Շահնուր Վաղինակ Ազնավուրյան, Shahnour Vaghinak Aznavourian), né le 22 mai 1924 à Paris et mort le 1er octobre 2018 à Mouriès, est un auteur-compositeur-interprète, acteur et écrivain franco-arménien.
Au cours de sa carrière musicale, commencée dans les années 1940, il a enregistré près de mille trois cents chansons interprétées en plusieurs langues et a écrit ou coécrit plus de mille chansons, que ce soit pour lui-même ou d'autres artistes.
De par son rayonnement artistique, il est l'un des chanteurs français les plus connus en dehors du monde francophone.
En parallèle de son parcours musical, Charles Aznavour mène une carrière d'acteur, apparaissant dans soixante-trois longs métrages ainsi que dans des téléfilms.
Origines familiales et enfance
Charles Aznavour naît dans un hôpital de l'assistance publique, la clinique Tarnier, au 89 rue d'Assas dans le 6e arrondissement de Paris, au sein d'une famille modeste d’artistes habitant rue Monsieur-le-Prince.
Son père, Mamigon (surnommé Micha) Aznavourian, Arménien né le 26 mai 1897 à Akhaltsikhe sur le territoire actuel de la Géorgie, est le fils d’un des cuisiniers du gouverneur d'Arménie (Géorgie et Arménie étant alors provinces de l'Empire russe). Sa mère, Knar Baghdassarian, est issue d’une famille de commerçants arméniens d'Adapazarı, dans l'Ouest de l'Empire ottoman. Ils se rencontrent à Constantinople où Micha, chanteur baryton occasionnel, se produit alors, tandis que Knar écrit des articles dans la rubrique « spectacle » d'un journal arménien. Il a 24 ans et elle est âgée de 19 ans.
Le couple décide de quitter l'Empire ottoman où le climat anti-arménien est de plus en plus étouffant. Deux enfants naissent de cette union : une fille, Aïda, née le 13 janvier 1923 à Salonique, où ses parents se sont réfugiés un temps, elle deviendra l'épouse du compositeur Georges Garvarentz, proche collaborateur de Charles, qui naît un an plus tard, en 1924 à Paris, où ses parents apatrides viennent de débarquer et séjournent dans l’attente d’un visa pour les États-Unis. La famille reste finalement en France.
En arrivant à Paris, les parents de Charles y trouvent installé Missak, le grand-père paternel, qui vit avec sa nouvelle compagne allemande et qui a ouvert un petit restaurant arménien, Le Caucase, dans le 5e arrondissement de Paris, 3, rue Champollion.
Quelques années plus tard, Micha ouvre son propre restaurant, rue de la Huchette. Il le nommera aussi Le Caucase. Il y chante pour les exilés d'Europe centrale et d'Europe de l'Est. Avec sa femme comédienne, ils élèvent Charles et Aïda, qui joue du piano, dans une atmosphère de musique et de théâtre, au milieu des nombreux artistes qui fréquentent le restaurant.
Robert Belleret, dans son ouvrage Vie et légendes de Charles Aznavour, qualifie les mémoires d'Aznavour (Le Temps des avants, 2003) d'autobiographie en partie romancée et prétend qu'ils laissent beaucoup de doute sur l'ascendance familiale d'Aznavour et l'origine modeste de ses parents.
L'établissement ayant fait faillite, Micha ouvre un café rue du Cardinal-Lemoine, juste en face de l'École des enfants du spectacle (le collège Rognoni), école réputée pour ses classes à horaires aménagés. Le petit Charles y est inscrit, ayant manifesté la volonté d'être acteur. La famille va très souvent au cinéma, et le dimanche matin est consacré au cinéma russe, qu'ils vont voir à Pigalle. Pour l’arménien, ils ont le théâtre arménien qui tourne en France.
À l'âge de 9 ans, Charles prend pour nom de scène « Aznavour » et commence au théâtre du Petit-Monde une carrière de chanteur et de comédien. Vers 12 ou 13 ans, il est engagé par Henri Varna et Émile Audiffred au Casino de Paris et l'Alcazar de Paris. Il voit à de nombreuses reprises Maurice Chevalier et, plus tard, voue une grande admiration à Charles Trenet qui devient son modèle ; à ce sujet, il déclare : « Parce qu’il a fait ce que les autres n’ont pas fait, chanter des chansons gaies, mais avec du fond. Il a montré qu’on pouvait aller au-delà de la chansonnette facile ». En octobre 1941, sous l'Occupation, il entre dans la compagnie théâtrale de Jean Dasté, avec laquelle il arpente pendant un an et demi toute la zone occupée, au nord de la ligne de démarcation.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Aznavour, parents et enfants, ont caché des Juifs et des Arméniens dans leur appartement parisien, dont le couple de résistants communistes Mélinée et Missak Manouchian, ce qui lui vaudra de recevoir en 2017 une décoration israélienne, la médaille Raoul Wallenberg (en).
En 1941, à l'âge de 17 ans, il rencontre Pierre Roche, pianiste, compositeur et « directeur » de l'École du Music-Hall (devenue par la suite le Club de la Chanson), avec lequel il se lie d'amitié. Ensemble, ils forment le duo Roche et Aznavour qui se produit dans différents galas.
En 1946, Francis Blanche leur propose une participation à une émission en public de la RTF qu'il anime. C'est à cette occasion qu'a lieu la rencontre déterminante d'Aznavour avec la chanteuse Édith Piaf, qui le prend sous son aile et à ses côtés, et le surnomme « le génie con ». Elle le convainc avec son acolyte de l'accompagner, avec les Compagnons de la chanson, dans une tournée en France et aux États-Unis en 1947-1948. Arrivés à New York en septembre 1948 sans visa réglementaire d'entrée, ils sont retenus par le service de l'immigration et passent trois jours dans la prison d'Ellis Island, avant d'être relâchés, grâce à une caution payée par Piaf.
La « conquête » de l'Amérique par les deux acolytes s'effectue toutefois au Québec en 1948, où le duo se produit, pendant un an et demi. Ils se retrouvent au cabaret montréalais Au Faisan Doré pendant quarante semaines, où ils donnent onze concerts hebdomadaires.
Entre 1948 et 1950, le producteur Jacques Canetti, alors directeur artistique des disques Polydor, fait paraître leurs six premiers 78 tours, contenant notamment les titres J'ai bu (1948), Départ express (1948) et Le Feutre taupé (1948).