Charles-Édouard de Saxe-Cobourg et Gotha, né le 19 juillet 1884 à Claremont House près d'Esher dans le comté de Surrey en Grande-Bretagne, et mort le 6 mars 1954 à Cobourg dans le land de Bavière en République fédérale d'Allemagne, est un membre de la famille royale britannique, duc de Saxe-Cobourg et Gotha de 1900 à 1918.
Prince anglais placé sur le trône d'une principauté allemande par la volonté de sa grand-mère la reine Victoria, il est exclu de la famille royale britannique pendant la Première Guerre mondiale, puis doit abdiquer quand les monarchies allemandes s'effondrent en 1918. Situation conflictuelle qui aboutit à son engagement en faveur du régime nazi dans les années 1930.
Petit-fils de la reine Victoria et du prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, il est le fils posthume du duc d'Albany Léopold d'Albany (1853-1884), et de la princesse allemande Hélène de Waldeck-Pyrmont (1861-1922). Charles-Édouard ne connut jamais son père qui, victime de l'hémophilie, décéda trois mois avant sa naissance le 28 mars 1884. Ainsi, il devient duc d'Albany à sa naissance.
Après avoir été malade, il a été baptisé pendant une cérémonie privée à Claremont House, le 4 août 1884, deux semaines après sa naissance. Quatre mois plus tard, il est baptisé publiquement dans l'église paroissiale de Esher, le 4 décembre 1884. Ses marraines étaient sa grand-mère la reine Victoria, sa tante la princesse Helena du Royaume-Uni, sa tante la princesse Louise du Royaume-Uni et sa lointaine cousine la princesse Frédérika de Hanovre. Ses parrains étaient son oncle le prince de Galles (futur Édouard VII) et son grand-père maternel le prince Georges-Victor de Waldeck-Pyrmont.
Charles-Édouard était un cousin germain de l'empereur Guillaume II, mais l'intérêt de celui-ci pour l'éducation de son jeune cousin était tel que Charles-Édouard était connu comme « le septième fils de l'empereur ». Sa mère Hélène de Waldeck-Pyrmont lui inculquait sans cesse l'importance de « devenir un homme bon » et « de ne pas apporter de honte sur le nom de papa ». Il étudia un temps au Collège d'Eton. Mais un événement imprévu bouleverse la vie du jeune duc qui n'était pas destiné à régner.
En effet en 1899, le second fils de la reine Victoria, Alfred, règne sur le duché de Saxe-Cobourg et Gotha au sein de l'Empire allemand. Le fils unique du duc Alfred Ier de Saxe-Cobourg et Gotha, le prince Alfred, meurt prématurément le 6 février 1899. Célibataire et sans enfant, la succession devait revenir au duc de Connaught, frère cadet du duc Alfred.
Cependant, le duc de Connaught, avait été refusé comme héritier du duché de Saxe-Cobourg par l’empereur Guillaume II du fait de ses fonctions dans l’armée britannique. Son unique fils, Arthur de Connaught, aurait été accepté par l’empereur à condition de recevoir une éducation allemande, exigence refusée par son père. La reine Victoria s'entremet dans ce conflit politico-diplomatico-familial et, s'intéressant au sort du "cher duché" , patrie de feu son époux adoré, invite ses fils à renoncer pour eux-mêmes et leurs descendants à la succession pour privilégire ce petit-fils, orphelin d'un père disparu trop tôt d'une maladie que lui avait transmise sa mère. Les princes s'exécutent et la couronne échoit à Charles-Édouard, fils posthume de Léopold, duc d’Albany, quatrième fils de la reine Victoria. Ainsi à l'automne 1899, à l'âge de 15 ans, il quitte le Royaume-Uni pour l'Allemagne avec sa mère et sa sœur Alice pour assumer son futur rôle de chef de la Maison de Saxe-Cobourg et Gotha. Ils vécurent d'abord au château de Stuttgart auprès de leur beau-frère et oncle, le roi Guillaume II de Wurtemberg. Au printemps 1900, il s'installèrent près de Potsdam, à Villa Ingenheim. Charles-Édouard a fait des études de sciences politiques à Bonn et reçoit un enseignement militaire poussé.
Duc de Saxe-Cobourg-Gotha (1900-1918)
Début de règne et Première Guerre mondiale
Un an plus tard, en 1900, meurt Alfred Ier de Saxe-Cobourg et Gotha, ce qui fait de Charles-Édouard le nouveau duc de Saxe-Cobourg-Gotha. Étant donné qu'il n'a encore que seize ans, il doit régner durant cinq ans sous la régence du prince Ernest II de Hohenlohe-Langenburg, époux de sa cousine Alexandra de Saxe-Cobourg-Gotha, troisième fille du feu duc Alfred. Le 15 juillet 1902, son oncle Édouard VII fait de lui un chevalier de l'Ordre de la Jarretière. Dès sa majorité, le 19 juillet 1905, Charles-Édouard assure entièrement ses pouvoirs constitutionnels.
C'est l'empereur Guillaume II qui choisit l'épouse de Charles-Édouard. Son choix se porte sur la nièce de sa femme, la princesse Victoria-Adélaïde de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg, fille du duc Frédéric-Ferdinand de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg (1855-1934) et de Caroline-Mathilde de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg. Ils se marient le 11 octobre 1905 à Cobourg.
La Première Guerre mondiale va mettre le jeune duc dans une situation très inconfortable puisque son pays natal et son pays d'adoption entrent en conflit. Néanmoins, fidèle à ses devoirs et à ses sujets, il ne peut que soutenir l'Allemagne et devient général dans l'armée allemande (bien qu'il n'ait jamais tenu de commandement important). En 1914, il est promu général d'infanterie. Il transforme une partie de son château de Cobourg en hôpital de réserve. Le roi George V ordonne que son nom soit rayé du registre des chevaliers de la Jarretière en 1915.
Bannissement de la famille royale britannique et renonciation au trône
Afin de démontrer sa loyauté inconditionnelle en Allemagne, Charles-Édouard signe le 12 mars 1917 une loi qui exclut du trône et de l'ordre de succession les membres non allemands de la Maison de Saxe-Cobourg et Gotha ou ceux dont l'État d'origine entreprend une guerre contre l'Empire allemand. Une attaque contre les Britanniques le 17 juin 1917 avec 17 bombardiers bimoteurs issus de la fabrique de wagons du duché coûte la vie à 160 soldats britanniques et renforce le sentiment anti-allemand outre-Manche. En 1917, le Parlement britannique adopte une loi autorisant l'État à enquêter sur « les personnes bénéficiant d'une dignité ou d'un titre comme pair ou prince britannique, et qui ont, pendant la guerre actuelle, porté les armes contre Sa Majesté ou ses alliés, ou qui se sont alliés aux ennemis de Sa Majesté ». Charles-Édouard est alors considéré en Angleterre comme un traître. La famille royale, d'origine allemande et proche parente des souverains allemands est impopulaire. Le nom de la Maison royale, Saxe-Cobourg-Gotha est particulièrement impopulaire. Aussi la famille royale prend-elle le nom de Windsor, pour se distinguer de la branche allemande de la famille. La défaite de l'Allemagne et la chute de la monarchie, n'empêche pas, aux termes de cette loi, un décret du 28 mars 1919 qui enlève à l'ex-duc de Sxe-Cobourg-Gotha ses biens et titres britanniques, à savoir le duché d'Albany, le comté de Clarence et la baronnie de Arklow. Exclu de la succession au trône, le duc et ses enfants perdent également leurs droits aux titres de prince et de princesse du Royaume-Uni et du prédicat d'Altesse Royale. Le duc de Brunswick et prince de Hanovre Ernest-Auguste de Brunswick, gendre du Kaiser, est lui aussi privé de ses titres par cette loi.
Deux ans plus tard, la révolution russe de 1917 lui cause beaucoup d'inquiétude, ainsi que les luttes entre la gauche et les partis de droite en Allemagne. Le 18 novembre 1918, les travailleurs et le Conseil des soldats de Gotha décident de déposer le duc de Saxe-Cobourg et Gotha. Cinq jours plus tard, le duc signe sa déclaration d'abdication au trône. Son duché est séparé en deux États libres : Gotha, au sein du land de Thuringe et Cobourg au sein du land de Bavière. Les nouveaux gouvernements des deux Lands saisissent ses terres et propriétés pour en faire des biens publics contre proposition d'indemnisation comme ce fut le cas pour toutes les familles nobles ou princières allemandes.
Le prince et le régime nazi (1918-1945)
En juin 1919, l'ex-prince rejette l'offre d'indemnisation de l'État libre de Saxe-Gotha d'un montant de 15 millions de marks pour la perte de ses biens (environ 76 millions d'euros actuels). Par conséquent, le 31 juillet 1919 une loi d'expropriation forcée est adoptée à son encontre. Il est le seul prince exproprié non indemnisé d'Allemagne. Cependant, à la suite d'une longue bataille judiciaire, il reçoit en 1925, 37,5 millions de Reichsmark de compensation (soit environ 100 millions d'euros actuels) et le gouvernement lui restitue 10 000 hectares de terres et de forêts et le château de Callenberg à Cobourg, où il réside avec sa famille.