Charbel Makhlouf, né Youssef Antoun Makhlouf à Biqa' kafrâ (Nord du Liban) le 8 mai 1828, et mort à Annaya le 24 décembre 1898, est un prêtre et moine-ermite libanais de l'Église maronite.
Originaire du cœur historique de la montagne maronite, Charbel Makhlouf passe son enfance dans le village de Biqa' kafrâ, le plus haut du Liban, à 1 600 mètres d'altitude, dans la Vallée sainte. Il prononce ses vœux religieux au sein de l'Ordre libanais maronite. Depuis sa mort, il est considéré comme un saint thaumaturge, dont le tombeau, situé dans le monastère de Saint-Maron, est devenu un lieu de pèlerinage.
Béatifié en 1965 puis canonisé en 1977 par le pape Paul VI, il est officiellement le saint patron du Liban.
Fils d'Antoun Zaarour Makhlouf et de Birgita Chidiac, humbles paysans maronites (chrétiens catholiques d'Orient), le jeune Youssef naît dans la maison de son grand-père maternel. Il est le cadet d’une famille de cinq enfants et reçoit, avec ses deux frères et ses deux sœurs, une éducation très pieuse, qui lui donne dès l'enfance un goût prononcé pour la prière qui sera la caractéristique la plus marquante de sa vie de moine et d'ermite. Dans un Liban sous occupation turque, son père, laboureur, vivant de la culture, meurt après avoir accompli un travail obligatoire pour l’armée turque, le 8 août 1831, alors que le jeune Youssef n'a que quatre ans. Après deux ans de veuvage, sa mère se remarie avec Lahoud Ibrahim, qui devient peu après prêtre et curé de la paroisse du village.
Encore enfant, il paît chaque jour quelques brebis que son père avait laissées ; pendant que les bêtes se reposent, on raconte qu’il s'agenouille longuement dans une petite grotte, transformée en oratoire, et prie devant une image de la Vierge Marie qui ne le quitte jamais. Cette grotte devient en quelque sorte son premier ermitage. À la suite de ses deux oncles ermites, qui se retirent au monastère de Saint-Antoine de Qozhaya, il aspire de plus en plus à la vie érémitique.
En 1851, âgé de 23 ans, soit répondant à un appel surnaturel soit craignant l’opposition de sa mère et de son oncle, il quitte soudain la maison familiale durant la nuit, sans prévenir personne, sans dire adieu à sa mère, sort de son village et se rend à pied au monastère de Notre-Dame de Mayfouk. Ayant bientôt appris qu'il s'y était reclus, des membres de sa famille, accompagnant sa mère, arrivent pour le voir et lui poser des questions. Malgré les instances du père abbé l'invitant à les rencontrer, il se tait et ne leur ouvre pas la porte de sa cellule. À sa mère, qui le supplie d'ouvrir, pour qu'elle puisse le voir et l'embrasser une fois encore, il répond, à travers la porte close : « Ma mère… Nous nous reverrons et nous nous embrasserons au Ciel ».
Il passe au monastère de Mayfouk sa première année monastique. En 1852, ses supérieurs l'envoient au monastère Saint-Maron, à Annaya (mont Liban), où il entre dans l'Ordre libanais maronite sous le nom de Charbel, l'un des premiers martyrs de l'Église d'Antioche du IIe siècle. Le 1er novembre 1853, il prononce ses vœux définitifs dans ce même monastère. Il complète ses études théologiques au monastère des Saints Kibrianos (Saint-Cyprien)-et-Justine à Kfifane (région de Batroun).
Charbel est ordonné prêtre à Bkerké, le siège des patriarches maronites, le 23 juillet 1859. Il retourne aussitôt après au monastère Saint-Maron d'Annaya, où il vivra dans la prière et la réclusion volontaire pendant 16 ans. Le 15 février 1875, aspirant à une vie érémitique toujours plus intense, il rejoint, avec la permission de ses supérieurs, le petit ermitage isolé des Saints-Pierre-et-Paul, qui néanmoins fait partie du monastère. Là, dans le silence et l'obéissance parfaite à l'Église, le Père Charbel vit humblement et pratique chaque jour plus profondément toutes les vertus chrétiennes, partageant son temps entre l'adoration du Saint-Sacrement, d'humbles travaux manuels et la prière du rosaire quasi perpétuelle. Une des sources essentielles de sa spiritualité était L'Imitation de Jésus-Christ. Le cœur entièrement consacré à l'amour du Christ, isolé du monde, il vivait dans l'ascèse, la pauvreté et les mortifications, pour le salut de tous.
Le cœur de sa journée était la célébration de l'Eucharistie, à laquelle il se préparait chaque matin avec ferveur et qu'il vivait intensément. Sur l'instance de ses supérieurs, il acceptait d'accueillir parfois des fidèles qui venaient le voir dans son ermitage et qui lui demandaient des conseils spirituels. Il formulait toujours ces conseils de manière brève, avec de très simples paroles qui touchaient immédiatement l'âme de son interlocuteur. Il aurait été, semble-t-il, un confesseur recherché, capable de lire dans le cœur des pénitents. Il quitta très rarement son ermitage pour venir au monastère, et le faisait en obéissance à ses supérieurs. Toute sa vie et toute sa personne étaient comme immergées en Dieu. Il vécut ainsi une vie érémitique faite de dévotion, d’ascèse et de mortification durant 23 ans.
Le 16 décembre 1898, alors qu'il récitait la prière liturgique « Père de Vérité » au cours de sa messe matinale, assisté d'un acolyte, le père Charbel est frappé de paralysie. Alité dans son ermitage, il entre dans une agonie qui allait durer huit jours, pendant laquelle il ne cessa de répéter cette unique parole de prière liturgique : « Père de Vérité, voici votre Fils… ». Il meurt le 24 décembre, à 17 heures, durant la vigile de Noël. À sa mort, son supérieur consigna ce commentaire sur un registre : « Fidèle à ses vœux, d’une obéissance exemplaire, sa conduite fut plus angélique qu’humaine. »
Phénomènes autour de sa tombe. Premières exhumations
Dès avant sa mise en terre, un moine qui veille le corps du Père Charbel dans la chapelle remarque une lumière qui sort du tabernacle et illumine la dépouille du défunt. Dans les heures qui suivent sa mort, les moines remarquent aussi qu'une exsudation sanguine suinte à la surface de son corps. Après les obsèques qui ont lieu le jour de Noël, il est enterré sans cercueil, à même la terre, selon la tradition de l'ordre monastique auquel il appartient. La nuit du 25 au 26 décembre, quelques heures après sa mise en terre, des clartés inexplicables s’élèvent de sa tombe, marquée d'une simple croix de bois, dans le cimetière des moines attenant au monastère ; des paysans et des soldats turcs, apercevant de loin ces luminosités, viennent s'en enquérir au monastère. Les moines, qui avaient constaté le même étrange phénomène, ne parviennent pas à repérer la source de cette luminosité dans la zone où le Père Charbel venait d'être enterré.
La rumeur de la sainteté de Charbel se répand ; bientôt une foule, qui ne cessera de grossir dans les jours suivants, viendra prier et se recueillir devant son humble sépulture à laquelle les moines acceptent de donner accès ; on y vient de toutes les localités des environs. Des malades y sont bientôt conduits qui demandent au défunt des grâces d'intercession. Au bout de 45 jours d'expectative et d'hésitations, les autorités ecclésiastiques finissent par ordonner une première exhumation, le 8 février 1899. Une fois nettoyé de la terre, on trouve son corps absolument intact et souple, sans la moindre décomposition. Il est alors relavé, revêtu de vêtements monastiques neufs et placé cette fois dans un cercueil de bois, qu'on transfère à la chapelle du monastère où il est emmuré.
C'est ce nouveau tombeau qui, à travers le mur, suinte bientôt d’une sorte d’exsudat sanguin. Après quelques semaines, une nouvelle exhumation est autorisée le 15 avril 1899 ; l'ouverture du tombeau a lieu en présence de plusieurs médecins qui constatent qu'un liquide « huileux », ayant une odeur de sang frais, est en train de sourdre des pores du saint moine sur toute la surface de son corps. Cet épanchement au cours des semaines écoulées avait été si abondant que les vêtements monastiques durent être à nouveau changés. On emmure à nouveau le cercueil derrière une paroi maçonnée sans interstices, où il continua à exsuder jusqu’en 1927.