Chantal Akerman est une cinéaste belge, née le 6 juin 1950 à Etterbeek en Belgique et morte le 5 octobre 2015 dans le 20e arrondissement de Paris.
Considérée comme une des figures de proue du cinéma moderne, et pionnière du cinéma contemplatif, elle a exercé une influence importante, notamment sur Gus Van Sant, Todd Haynes ou Michael Haneke.
Née le 6 juin 1950 à Etterbeek, Chantal Akerman est issue d'une famille juive polonaise. Ses grands-parents maternels ainsi que sa mère, Natalia, ont été déportés à Auschwitz, et seule sa mère, en est revenue. Son père est Jacques Akerman. Elle a une sœur, Sylviane Akerman, qui entretiendra sa mémoire.
Dans ses films, elle traite des relations mère-fille, de la vie des femmes, de leurs rapports, de la sexualité, de l'homosexualité et de l'identité féminines. Selon Jean-Michel Frodon, sa relation au judaïsme traverse toute sa filmographie. C'est pourtant à partir du film Histoires d'Amérique (1989) qu’émerge la conscience juive de la cinéaste, à travers des témoignages de Juifs ashkénazes d'Europe de l'Est émigrés aux États-Unis.
C'est Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard (1965) qui provoque sa vocation. Formellement, Michael Snow est sa deuxième profonde influence. Elle déclare le 5 juin 2004 au Centre Pompidou :
« Godard m'a donné de l'énergie et les formalistes m'ont libérée. »
Le cinéaste André Delvaux la soutient dès son premier court métrage, Saute ma ville en 1968, un film pré-punk, anarchiste, dans l’air subversif du temps, où Akerman exprime de manière explosive son besoin vital de libération.
Après un court passage à l'Institut national supérieur des arts du spectacle en 1967-1968, dont elle claque la porte après trois mois, elle réalise en 1971 un moyen métrage resté inachevé, L'Enfant aimé ou Je joue à être une femme mariée, que la cinéaste estime raté parce que pas assez construit, précis, dirigé.
Akerman part ensuite avec Samy Szlingerbaum à New York où elle fréquente assidûment une cinémathèque dédiée au patrimoine cinématographique indépendant, l'Anthology Film Archives. Elle y découvre le cinéma expérimental américain (Michael Snow, Andy Warhol, Jonas Mekas, etc.) — « Ils m'ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses : les rapports entre un film et son propre corps, le temps comme la chose essentielle d'un film, le temps et l'énergie. C'est en regardant leurs films que j'ai trouvé le courage de tenter autre chose » — et rencontre Babette Mangolte, qui devient la chef opératrice de ses films.
Vivant de petits boulots, elle parvient néanmoins à tourner plusieurs films. En 1972, elle réalise La Chambre, un court métrage construit autour d'un lent panoramique horizontal, qui effectue à plusieurs reprises une rotation complète à 360 degrés, et Hôtel Monterey, un documentaire expérimental de 63 minutes, composé de plans fixes au cadrage rigoureux et de lents travellings dans les couloirs, avant que la caméra ne quitte l’immeuble par le toit pour balayer l’horizon urbain d'un vaste panoramique. Enfin, en 1973, Hanging Out Yonkers, elle réalise son premier documentaire (sur des jeunes à problèmes fréquentant un centre social), qui reste inachevé mais dont les rushes sont parfois projetés en cinémathèque ou lors de rétrospectives.
Chantal Akerman vit ensuite à Paris. Elle retourne à New York en 1976, après sa reconnaissance internationale, pour réaliser News from Home (89 minutes), une lecture des lettres inquiètes et plaintives que lui envoyait sa mère pendant son séjour, accompagnée par des plans monumentaux (façades, rues, métro) de la mégapole. Le film se clôt par un très long travelling arrière, la caméra posée sur un bateau s'éloignant des tours jumelles du World Trade Center. La cinéaste reviendra dans cette ville pour tourner Histoires d'Amérique en 1988 et Un divan à New York en 1996.
Jeanne Dielman et la reconnaissance internationale
Dans Le Nouvel Observateur en 1989, Chantal Akerman explique : « Je me retournais dans mon lit, inquiète. Et brusquement, en une seule minute, j'ai tout vu Jeanne Dielman… »
Parmi les films de sa longue carrière, Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975, avec l'actrice Delphine Seyrig) est voté en 2022 comme le meilleur film de tous les temps par la revue Sight and Sound du British Film Institute. Il s'agit d'une description méticuleuse, en illusion de temps réel (proche de l'hyperréalisme) de l'aliénation. D'une durée de plus de trois heures, le film condense trois jours de la vie de l'héroïne dans l'intimité quotidienne de son foyer modeste, où l'on suit chronologiquement chaque fait et geste dans une succession de longs plans fixes.
« C'est un film sur l'espace et le temps et sur la façon d'organiser sa vie pour n'avoir aucun temps libre, pour ne pas se laisser submerger par l'angoisse et l'obsession de la mort. »
Viennent ensuite les fictions Les Rendez-vous d'Anna (1978) avec Aurore Clément, un très autobiographique road movie en train d'Essen à Paris en passant par Cologne et Bruxelles ; la comédie musicale Golden Eighties (1986) (une variation à la Jacques Demy de ses thèmes habituels avec Seyrig et Lio) ; sa tentative de comédie romantique américaine à la Ernst Lubitsch (ou à la Woody Allen) Un divan à New York (1996, avec William Hurt et Juliette Binoche), La Captive (2000, avec Sylvie Testud et Stanislas Merhar), son adaptation, écrite avec Eric de Kuyper, de La Prisonnière de Marcel Proust, influencée par Vertigo d'Alfred Hitchcock ; et La Folie Almayer (2011, avec Stanislas Mehrar), une adaptation du roman de Joseph Conrad qu’elle transpose aux années 1950, et où elle laisse une grande part d’improvisation au tournage.
D’Est et la traversée du cinéma au musée
En 1993, elle réalise D'Est, œuvre qui prend pour thème la vie dans les rues d'Europe centrale et d'Europe de l'Est juste après la chute du mur de Berlin. Le film marque un tournant décisif dans sa pratique cinématographique, transformant à la fois son approche du tournage et du montage, dans une démarche plus proche du mode documentaire.