Ce Jour-là

Chang'e 6

Sonde spatiale lunaire chinoise de retour d'échantillon

Anúncio

Chang'e 6 (du chinois : 嫦娥六号 ; pinyin : cháng'é liù hào, de Chang'e, déesse de la Lune dans la mythologie chinoise, parfois typographiée Chang'E 6 ou abrégée CE-6) est la deuxième mission chinoise de retour d'échantillon du sol lunaire. La sonde spatiale est conçue pour rapporter sur Terre un échantillon de sol de la face cachée de la Lune qui est considérée par la communauté scientifique comme présentant des caractéristiques spécifiques. Toutes les missions américaines (programme Apollo) et soviétiques (Programme Luna) précédentes ont jusque là ramené des échantillons de sol lunaire de la face visible de la Lune et Chang'e 6 réalise donc une première.

Chang'e 6, dont la masse atteint 8,2 tonnes, est un clone de Chang'e 5 dont le lancement a eu lieu fin 2020. Elle comprend principalement trois modules : le module orbital doit rester en orbite autour de la Lune tandis que l'atterrisseur emmène l'étage de remontée à la surface de la Lune. La sonde spatiale est placée en orbite par le lanceur lourd chinois Longue Marche 5 le 3 mai 2024. La sonde spatiale chinoise se pose dans le bassin Pôle Sud-Aitken le 1er juin. Après avoir prélevé des échantillons jusqu'à une profondeur de 1 mètre, largué un petit robot mobile et effectué différentes mesures avec des instruments scientifiques, l'étage de remontée quitte le sol lunaire le 3 juin puis vient s'amarrer au module resté en orbite. Celui-ci prend par la suite la direction de la Terre et largue la capsule contenant les échantillons de sol le 25 juin. La mission est un succès : Chang'e 6 a ramené 1 953 grammes de roches et de régolithe. Leur analyse devrait s'échelonner sur plusieurs années.

La face cachée de la Lune est la face de cet astre qui est en permanence située du côté opposé à la Terre et qui ne peut donc être observée par des télescopes situés sur Terre. L'apparence de la face cachée de la Lune est très différente de sa face visible. Alors que cette dernière est en partie recouverte par des mers, la face cachée n'en comporte quasiment pas (1 %) et est recouverte de cratères. Plusieurs explications ont été proposées par la communauté scientifique pour expliquer cette différence mais aucune ne fait l'unanimité.

Historique des observations de la face cachée

Jusqu'à la fin des années 1950 et le début de l'ère spatiale on savait peu de choses de la face cachée de la Lune car celle-ci échappait presque totalement aux observations qui ne pouvaient être effectuées que depuis la Terre. Les premières photos de la face cachée sont prises par la sonde soviétique Luna 3 en 1959. Par la suite de nombreuses missions robotiques permettent de cartographier cette face et de découvrir ses caractéristiques très particulières sans pour autant les expliquer. La première observation directe par des hommes est réalisée par l'équipage de la mission Apollo 8 en 1968. Mais alors que plusieurs missions avec équipage et de nombreuses sondes spatiales se posent à la surface de la face visible, certaines ramenant sur Terre des échantillons de son sol, aucune mission spatiale ne se pose sur la face cachée jusqu'en 2019 pour une raison simple : une fois au sol aucune communication directe avec la Terre n'est possible.

Programme d'exploration chinois de la Lune

La Chine développe un programme spatial ambitieux au début des années 2000. Comme les principales puissances spatiales (excepté l'Europe), elle choisit d'envoyer ses premières missions interplanétaires vers la Lune en développant des engins de plus en plus complexes. Les premières sondes spatiales du programme chinois d'exploration lunaire Chang'e sont de simples orbiteurs : Chang'e 1 lancé en 2007) et 2 (2010). Leur succèdent des astromobiles qui se posent à la surface de la Lune et circulent à sa surface : Chang'e 3 (2013) puis et 4 (2018). Cette dernière mission réalise une première mondiale en déposant un astromobile à la surface de la face cachée de la Lune. Les communications avec la Terre sont réalisées grâce à un satellite relais Queqiao orbitant autour de la Lune. En 2020, une mission de retour d'échantillons Chang'e 5 est lancée et ramène sur Terre 1,7 kilogramme de régolithe et de roches lunaires. Il s'agit de la première mission ramenant des échantillons du sol lunaire depuis la sonde spatiale soviétique Luna 24 de 1976.

Chang'e 6 première mission de retour d'échantillons de la face cachée de la Lune

Tous les échantillons du sol de la Lune ramenés par les missions précédentes (programme Apollo, programme Luna et programment chinois) proviennent de la face visible de notre satellite naturel. L'acquisition d'un échantillon du sol de la face cachée de la Lune est considéré par la communauté scientifique comme un objectif prioritaire car cette face est très différente de la face visible sans qu'aucune explication satisfaisante de cette dichotomie ait été trouvée. Une mission américaine, baptisée (MoonRise), est proposée en 2017 dans le cadre du programme New Frontiers de la NASA mais n'a pas été retenue. La Chine développe à la fin des années 2010 une mission qui a pour objectif de ramener un échantillon du sol lunaire. Lors du Congrès international d'astronautique de 2022 les autorités chinoises fournissent pour la première fois des détails sur cette mission qui est baptisée Chang'e 6. Comme pour Chang'e 5, les communications passent par un satellite relais placé en orbite autour de la Lune. Des centres de recherche non chinois sont sollicités en 2018 pour la fourniture d'instruments scientifiques. Le lancement est programmé pour fin 2023/début 2024.

L'objectif de la mission est de ramener des échantillons du sol lunaire de la face cachée de la Lune. Le site choisi est le cratère Apollo, situé dans le bassin d'impact Pôle Sud-Aitken (41,638º sud, 153,986º ouest). Ce dernier bassin est le plus ancien et le plus grand de la Lune. Aussi l'étude de son sol peut permettre de mieux dater l'histoire de notre satellite et de comprendre son évolution.

Les responsables chinois de la mission se donnent pour objectif de ramener 2 kilogrammes de sol lunaire collectés dont 0,5 kilogramme prélevés en profondeur (jusqu'à 2 mètres) à l'aide d'une foreuse et 1,5 kilogramme en surface à l'aide d'un bras robotique.

La sonde spatiale Chang'e 6 est l'exemplaire de secours développé pour la mission Chang'e 5. D'une masse de 8,2 tonnes elle est composée de quatre modules : un module de service (orbiteur) prenant en charge le trajet entre la Terre et la Lune, un atterrisseur d'une masse de 3,8 tonnes chargé de se poser sur la Lune, un étage de remontée qui doit placer les échantillons de sol en orbite lunaire et une capsule de retour qui les ramène sur Terre.

L'orbiteur de forme cylindrique est chargé des manœuvres de corrections de trajectoires pendant le transit entre la Terre et la Lune, puis de l'insertion en orbite lunaire. Après son décollage depuis la surface, le module de remontée vient s'amarrer à l'orbiteur afin de transférer les échantillons dans la capsule de rentrée. Cette dernière quitte ensuite l'orbite lunaire grâce à l'orbiteur, ici chargé de l'injection dans l'orbite de transfert en direction de la Terre. Il dispose d'un moteur principal à ergols liquides d'une poussée constante de 3 000 newtons, ainsi que de deux ailes symétriques comportant chacune trois panneaux solaires fournissant l'énergie. Ces deux caractéristiques en font un engin semblable à l'orbiteur de la sonde martienne Tianwen-1. Il dispose également de moyens de télécommunication afin de transmettre au contrôle au sol ses télémesures et de recevoir des commandes, ainsi que de petits propulseurs pour contrôler son attitude. En configuration de lancement, l'orbiteur est fixé sur le dernier étage de la fusée, il comporte de plus un adaptateur en forme de cône tronqué sur sa face supérieure qui fait la jonction avec l'atterrisseur. Après l'amarrage avec le module de remontée en orbite lunaire, un mécanisme composé de deux bras robotiques est chargé de transférer le conteneur des échantillons dans la capsule de retour. Le conteneur est guidé par des rails tandis que les bras s'agrippent à des crans en forme de triangle inversé sur le flanc du conteneur, empêchant ce dernier de faire marche arrière. Les bras robotiques répètent leur mouvement quatre fois afin de compléter le transfert du conteneur.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Chang'e 6 | World in Stories