Chérif Kouachi, né le 29 novembre 1982 dans le 10e arrondissement de Paris, et son frère aîné Saïd Kouachi, né le 7 septembre 1980 dans le même arrondissement de la même ville, tous les deux morts le 9 janvier 2015 à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), sont des terroristes islamistes français d'origine algérienne, auteurs de l'attentat contre le journal Charlie Hebdo qui a lieu à Paris le 7 janvier 2015 et entraîne la mort de douze personnes.
Ils se revendiquent d'Al-Qaïda du Yémen.
Lors de cet attentat dans les locaux du journal satirique, c'est Chérif qui assassine les membres de la rédaction et leurs invités avec sa kalachnikov, tandis que Saïd « monte la garde ».
Ils sont abattus deux jours plus tard par la gendarmerie française dans l'assaut de Dammartin-en-Goële, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Paris.
Jeunesse et radicalisation islamique
Les frères Kouachi naissent dans le 10e arrondissement de Paris. Ils sont issus d'une fratrie de cinq enfants. Ils deviennent orphelins très tôt de leur père puis de leur mère, qui se prostituait occasionnellement pour subvenir à leurs besoins, morte en 1995, enceinte d'un sixième enfant, probablement suicidée avec des médicaments. Le parking de leur immeuble, rue d'Aubervilliers dans le 19e arrondissement, est devenu un repaire de pédophiles, les enfants y traînant, les parents ne pouvant s'en occuper, ils sont élevés en foyer d'accueil après une enfance au 156 rue d'Aubervilliers. Saïd, son frère Chérif, une sœur et un autre frère, sont placés au Centre des Monédières, appartenant à la Fondation Claude-Pompidou, à Treignac, en Corrèze, de 1994 à 2000. Saïd y passe un CAP et un BEP d'hôtellerie avant de gagner Paris. Chérif est scolarisé au lycée Georges-Cabanis de Brive-la-Gaillarde où il suit une formation en électrotechnique. Arrivé à Paris, il réalise des clips de rap et devient livreur chez El Primo Pizza.
Ils se radicalisent au début des années 2000 en fréquentant un petit cercle de jeunes salafistes. Chérif rencontre Farid Benyettou, chef du groupe dit « des Buttes-Chaumont » (19e arrondissement de Paris) qui l'endoctrine. Il apparaît dans un numéro de Pièces à conviction sur les jeunes djihadistes.
En janvier 2005, connu des services de lutte antiterroriste, Chérif est appréhendé alors qu'il s'apprête à prendre l'avion pour Damas.
Il se marie à Charleville-Mézières le 1er mars 2008, et a un enfant avec sa compagne Izzana qui a commencé à porter le niqab depuis son pèlerinage à La Mecque en 2008, avant d'abandonner son travail d'animatrice en crèche.
Saïd, contrairement à son frère, est connu des autorités pour une seule garde à vue dans le cadre de la filière des Buttes-Chaumont.
En mai 2010, les enquêteurs de la sous-direction anti-terroriste avaient perquisitionné son domicile et celui d'Amedy Coulibaly dans le cadre de l’enquête sur la tentative d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem. Durant leurs investigations techniques dans le disque dur des ordinateurs des deux terroristes, les enquêteurs avaient trouvé de nombreuses photos pornographiques « classiques » et d'autres montrant des actes sexuels avec des enfants. Ces découvertes n’avaient pas fait l’objet d’investigations, le juge d’instruction antiterroriste Thierry Fragnoli avait considéré qu’elles n’avaient pas de rapport avec les faits de terrorisme dont ils étaient chargés. Les enquêteurs se demandent aujourd’hui si ces images ne se sont pas retrouvées dans les disques durs de leurs ordinateurs en raison de leur navigation sur des sites internet adultes servant de boîte de messagerie discrète. Car on a déjà vu des terroristes se parler sur des sites de jeux en ligne pour déjouer la surveillance de leurs mails et de leurs communications téléphoniques.
En 2011, Saïd reçoit un entraînement au combat et au maniement d'armes légères au Yémen.
C'est en 2012 qu'il se marie à Charleville-Mézières où son frère s'était marié en 2008.
Il était inscrit sur la liste noire des terroristes aux États-Unis depuis quelques années. Repéré à cause de son voyage au Yémen via le sultanat d'Oman, il fait l'objet entre 2011 et 2014, de quinze mois d’écoutes et de quatre mois de surveillance physique. La Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) met fin aux écoutes téléphoniques en juin 2014 faute d’éléments probants en lien avec le terrorisme, les écoutes ayant uniquement révélé des allusions à un trafic de contrefaçons de vêtements et de chaussures de sport.
Saïd Kouachi et son frère montraient encore, par l'itinéraire de leur fuite en janvier 2015 vers la Belgique, des réflexes liés à leurs attaches ardennaises.
Criminalisation et attentats de janvier 2015 en France
Emprisonné entre janvier 2005 et octobre 2006, Chérif Kouachi fait en prison la connaissance de Djamel Beghal, qui devient son « nouveau mentor » : il se radicalise encore en prison. Il fait également la connaissance d'Amedy Coulibaly, incarcéré pour des délits de droit commun, qui devient lui aussi proche de Beghal. Condamné en 2008 à 3 ans de prison (dont 18 mois avec sursis) pour « association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste » du fait de recrutement de terroristes pour combattre en Irak dans le cadre de la filière des Buttes-Chaumont, Chérif Kouachi reste en liberté, sa peine ayant été couverte par la détention provisoire.
Cherif Kouachi et son frère Saïd Kouachi sont répertoriés dans deux bases de données de sécurité des États-Unis : ils sont interdits de vol sur le territoire des États-Unis et listés dans la « no fly list » du Terrorist Screening Center ; et celle du TIDE — liste hautement confidentielle contenant les cas de terroristes soupçonnés ou connus. Selon des sources européennes et américaines proches de l'enquête, Chérif Kouachi se serait rendu au Yémen en 2011 pour s'entraîner avec des militants islamistes liés à AQPA.