Le château de Saint-Ouen est une demeure située à Saint-Ouen-sur-Seine, en Île-de-France. Le château actuel, construit au XIXe siècle par Jean-Jacques-Marie Huvé, est classé dans sa totalité aux monuments historiques. C'est un exemple particulièrement soigné d'architecture de la Restauration. Le mobilier qui occupait ce château, jusqu'à son transfert en Lorraine au milieu du XIXe siècle, est également d'une qualité exceptionnelle ; racheté par l'État, il pourrait à l'avenir être exposé à nouveau dans le château.
Le château est situé aux nos 12 à 46 rue Albert-Dhalenne. Il est historiquement situé à la périphérie du vieux Saint-Ouen, dont le centre était marqué par l'église Saint-Ouen-le-Vieux.
Le domaine s'étendait sur une terrasse dominant les berges de la Seine, entre la rue de Paris (actuelle rue Albert-Dhalenne), la route de la Révolte et l'actuelle rue des Bateliers. Le grand Parc des Docks de Saint-Ouen, ouvert en 2013, occupe la partie nord de ce domaine.
Un premier domaine, situé à Clippiacum et dont il ne reste rien, existait depuis l'époque de Charles VI.
En 1642, Séraphin Mauray, seigneur de Saint-Ouen depuis 1640 à la suite d’un échange avec le grand aumônier de l’abbaye de Saint-Denis, fonde deux foires annuelles. La foire aux porcs se tient entre le pré du château et la Seine le dernier dimanche d’août et le dimanche de la saint Louis (25 août).
Le château de Boisfranc, Surintendant des finances et Chancelier de la Maison de Monsieur, frère du Roi
En 1664, Séraphin Mauray vend la seigneurie à Joachim Adolphe de Seiglières de Boisfranc, chancelier de Monsieur, frère du roi Louis XIV. De 1664 à 1669, celui-ci fait édifier un nouveau château par l'architecte Antoine Lepautre. Ce château est constitué de trois corps de bâtiments organisés autour d’une cour. Le pavillon central est orné d’un fronton.
L’orangerie, située à l'est, est elle aussi décorée d’un fronton et de bustes disposés dans les baies. À l'intérieur de l'orangerie, une grande fresque illusionniste est peinte par Bon Boullogne (et peut-être avec l'aide de Jacques Rousseau pour l'architecture ?), en hommage à la déesse Cérès. Cette perspective peinte est réalisée à l'imitation de celles du château de Saint-Cloud pour Monsieur, Philippe d'Orléans.
Une longue allée traverse le parc pour mener sur une place circulaire (l'actuelle place de la République).
En 1673, Boisfranc reçoit Monsieur à Saint-Ouen : "Le lendemain Monsieur de Boisfranc, Sur-Intendant des Finances de la Maison de Monsieur, regala dans sa Maison de S. Oüen toute la compagnie. On se promena d’abord sur les Terrasses & dans les Jardins, où l’on entendit de tous costez des Violons, des Muzettes & des Hautbois qui estoient cachez derriere des Buissons. Apres que l’on se fut promené long-temps, & que l’on eut visité tous les Appartemens de cette belle Maison, on servit une Collation de viandes & de fruits pour Monsieur & Madame, & pour vingt Femmes de la plus haute Qualité. Les Violons divertirent d’autant plus pendant ce magnifique Repas, qu’ils estoient placez dans un Salon fort propre à bien faire entendre de pareils Instrumens, & qui en multiplioit les sons. On servit en suite plusieurs autres Tables pour les Personnes de Qualité qui se trouverent à cette Feste, & tous les Officiers de Monsieur furent parfaitement bien regalez. Chacun ne fut pas plutost levé de table, qu’on apperçeut au bout du Salon, un Theatre tout brillant, & dont la Décoration n’estoit que de Vazes garnis de fleurs, & de Gueridons dorez, remplis de Girandolles. On representa sur ce Theatre une Piece de Monsieur Racine ; le nom de l’Autheur doit faire juger de la beauté de l’Ouvrage ; & l’on eut ensuite le Crispin Medecin, Comedie en trois Actes du Sieur de Haute-Roche, que Monsieur avoit souhaité, parce qu’il l’avoit déja veu, & s’y estoit diverty, ainsi qu’à toutes celles de cet Autheur qui ont toûjours réüssy."
Au début de l'été 1679, l'Orangerie est inaugurée par Monsieur. Elle voisine avec une ferme, l'emplacement étant situé du côté du jardin sud. Le parterre de l'Orangerie est tracé légèrement de biais.
A la fin de l'été 1682, le Grand Dauphin chasse dans les environs, et s'arrête plusieurs fois à Saint-Ouen pour prendre une collation.
Monseigneur le Dauphin trouvant l'Image de la Guerre dans l'exercice de la Chasse, a continué pendant tout ce mois à prendre ce divertissement. Il a chassé tres-souvent aux environs de Versailles, d'où il est venu trois fois dans la Plaine de S. Denys, & chaque fois ce Prince a fait collation à S. Oüen dans la belle Maison de Mr de Boisfranc. Monsieur, Madame, & Mademoiselle, vinrent se promener au mesme Lieu au commencement de ce mois. Leurs Altesses Royales estoient accompagnées de Madame la Princesse de Rohan, de Madame la Duchesse de Vantadour, de Madame de Grancé, de Madame la Marquise d'Effiat, de Madame de Gourdon, & de Mademoiselle de Loupes. Toute cette illustre Compagnie arriva sur les quatre heures, & se promena d'abord sur les Terrasses & dans les Jardins ; mais le lieu où l'on demeura le plus longtemps, fut l'Orangerie. C'est un endroit enchanté. On y voit une grande Perspéctive, qui représente Cerés, que Leurs Altesses Royales trouverent tres-bien faite, & tres-finie. Aussi cette Perspéctive e-t-elle esté peinte par une jeune Homme de l'Académie, dont les Ouvrages sont estimez. Il s'appelle Mr de Boulogne. Apres qu'on fut revenu de la promenade, on entra dans un Sallon, où Mr de Boisfranc donna un magnifique Ambigu à Leurs Altesses Royales, qui firent l'honneur à Mademoiselle de Boisfranc de la faire manger à leur table. Mr de Boisfranc servit Monsieur ; & Mr de Boisfranc son Fils, Maistre des Requestes, servit Madame & Mademoiselle.
La fille de Boisfranc s'est mariée avec le marquis de Gesvres. Le Mercure Galant rappelle sa mort survenue en 1702 à seulement 38 ans."Dame Marie-Magdeleine-Geneviéve Louise de Seigliere de Boisfranc, épouse de Messire Bernard François Potier, Marquis de Gesvres, premier Gentilhomme de la Chambre du Roy. Elle n’estoit âgée que de trente-huit ans. Tous ceux qui la connoissoient demeurent d’accord qu’elle avoit tout l’agrément & tout le merite imaginable, & une tres grande modestie, jointe à des manieres toutes engageantes qui l’ont toûjours fait juger digne du haut rang où elle estoit destinée. Mr de Boisfranc son pere a esté Sur-Intendant & Chancelier de la Maison de feu S.A.R. Monsieur. Il est proche parent de feu Mr de Bertillac, Garde du Tresor Royal.
Le château appartient ensuite à Léon Potier, duc de Gesvres (1620-1704), gouverneur de Paris, dès 1679, puis à François Joachim Bernard Potier, marquis de Gesvres (1692-1757). Les ducs de Gesvres restent propriétaire du château jusqu'à la révolution, mais ils vendent par deux fois son usufruit : à la marquise de Pompadour de 1759 à 1764 et au duc de Nivernais en 1782.
Le château et la marquise de Pompadour
Aussi étrange que cela puisse paraître, la marquise de Pompadour, après avoir vendu son château de Crécy, n'acheta que l’usufruit du château de Saint-Ouen de 1759 à sa mort, en 1764. Elle n'en fut donc ni locataire (comme ce fut le cas au château de Champs-sur-Marne) ni propriétaire à proprement parler.
Le château érigé par Antoine Lepautre pour Boisfranc présentait un plan classique en U, et une longue façade, agrémentée de deux ailes prolongeant le corps central, côté jardin face à la Seine.