Caroline de Brandebourg-Ansbach (1er mars 1683 – 20 novembre 1737) est l'épouse du roi Georges II de Grande-Bretagne.
Elle est la fille de Jean-Frédéric de Brandebourg-Ansbach, membre de la maison de Hohenzollern et souverain d'une petite principauté du Saint-Empire romain germanique. Orpheline à treize ans, Caroline est placée sous la tutelle de la reine de Prusse Sophie-Charlotte de Hanovre. À la cour de Frédéric Ier, elle reçoit une éducation approfondie et adopte les opinions libérales de sa tutrice.
Dans sa jeunesse, Caroline est un parti très recherché. Après avoir repoussé les propositions de la cour impériale qui songeait à l'unir à l'archiduc Charles d'Autriche, second fils de l'empereur et prétendant au trône espagnol, elle épouse en 1705 Georges-Auguste, prince héritier de l'électorat de Hanovre et troisième dans l'ordre de succession au trône de Grande-Bretagne. Le couple a huit enfants, dont sept atteignent l'âge adulte.
Caroline s'installe à demeure en Angleterre en 1714, lorsque son beau-père devient roi de Grande-Bretagne et d'Irlande sous le nom de Georges Ier.
Devenus prince et princesse de Galles, Georges-Auguste et Caroline réunissent autour d'eux les adversaires politiques de la cour, parmi lesquels Robert Walpole, qui devient un ami proche de Caroline.
L'opposition du couple princier au roi entraîne leur bannissement de la cour en 1717, et ce n'est que trois ans plus tard, par l'entremise de Walpole, que Georges Ier se réconcilie avec son fils.
Caroline devient reine consort en 1727 avec l'avènement de son époux sous le nom de Georges II.
Leur fils aîné, Frédéric, 20 ans, devient à son tour prince de Galles, mais entretient lui aussi des relations orageuses avec ses parents et souverains.
En tant que princesse, puis reine, Caroline exerce une grande influence sur la vie politique du royaume de Grande-Bretagne, au profit de et grâce à Walpole. Elle assure la régence à quatre reprises durant les séjours de son mari au Hanovre, et grâce à elle, la nouvelle dynastie acquiert un meilleur ancrage en Grande-Bretagne, malgré l'instabilité politique de l'époque.
Beaucoup la pleurent après sa mort, en 1737, y compris le roi lui-même, qui refuse de prendre une deuxième épouse.
Caroline naît le 1er mars 1683 à Ansbach. Elle est le premier enfant du margrave Jean-Frédéric de Brandebourg-Ansbach et de sa seconde épouse, Éléonore-Erdmuthe de Saxe-Eisenach. Son père, souverain d'un petit État du Saint-Empire romain germanique, meurt de la variole à l'âge de 32 ans, alors que Caroline n'a que trois ans. Sa mère retourne alors dans sa ville d'origine, Eisenach, emmenant avec elle Caroline et son frère cadet Guillaume-Frédéric.
En 1692, la mère de Caroline est contrainte de se remarier avec l'électeur de Saxe Jean-Georges IV, et s'installe avec ses deux enfants à la cour de Dresde. Ce mariage malheureux ne dure pas : Éléonore se retrouve de nouveau veuve deux ans plus tard, son mari ayant contracté la variole auprès de sa maîtresse. Elle reste en Saxe jusqu'à sa mort, en 1696. Les deux orphelins retournent à Ansbach auprès de leur demi-frère aîné, le margrave Georges-Frédéric II. Celui-ci est encore jeune et l'idée de servir de tuteur à une petite fille ne lui sourit guère, aussi Caroline part-elle bientôt pour Lutzenbourg, dans la banlieue de Berlin, pour y rencontrer ses nouveaux gardiens : l'électeur Frédéric III de Brandebourg, qui devient roi en Prusse en 1701, et sa femme Sophie-Charlotte, une amie d'Éléonore.
Sophie-Charlotte est la fille de Sophie de Hanovre et la sœur de l'électeur Georges de Hanovre. Elle est célèbre pour son intelligence et son fort caractère, et la liberté qui règne à sa cour attire de nombreux intellectuels, parmi lesquels le philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz. Caroline est ainsi exposée à un environnement intellectuel bourdonnant d'activité, très différent de ce qu'elle a connu jusqu'alors. Avant d'entamer son éducation sous la garde de Sophie-Charlotte, elle n'avait guère été instruite : son écriture restera maladroite toute sa vie. Son esprit éveillé lui permet cependant d'acquérir des connaissances importantes, et elle développe une relation particulièrement forte avec Sophie-Charlotte, qui la considère comme sa fille adoptive.
Caroline est une jeune femme intelligente et attirante, et donc très courtisée. Elle est « la princesse la plus agréable d'Allemagne » pour l'électrice douairière Sophie. L'un de ses principaux prétendants est l'archiduc Charles d'Autriche, candidat au trône d'Espagne et futur empereur, qui lui fait officiellement ses avances en 1703. Bien que le roi Frédéric de Prusse encourage cette union, Caroline refuse finalement les avances de Charles après mûre réflexion, car elle n'envisage pas d'abandonner la foi luthérienne pour le catholicisme. La reine Sophie-Charlotte meurt au début de l'année 1705 lors d'une visite au Hanovre, laissant Caroline abattue. Elle écrit à Leibniz : « Le désastre m'a submergée de chagrin et de maladie, et seul l'espoir que je puisse bientôt la suivre parvient à me consoler. »
En juin 1705, le prince Georges-Auguste de Hanovre, neveu de Sophie-Charlotte, se rend incognito à la cour d'Ansbach pour y étudier Caroline, ayant entendu parler de sa « beauté incomparable » et de ses « attributs mentaux ». Son père, l'électeur Georges, a connu un mariage d'État malheureux avec Sophie-Dorothée de Celle et ne souhaite pas que son fils connaisse les mêmes déboires que lui. Les trois oncles de Georges-Auguste n'ont pas d'enfants et celui-ci est donc fortement incité à se marier rapidement pour ne pas compromettre la succession hanovrienne. Le prince est aussitôt charmé par le « bon caractère » de Caroline, et l'ambassadeur britannique rapporte que Georges-Auguste « n'a personne d'autre en tête sinon elle ». De son côté, Caroline n'a aucune peine à percer à jour le déguisement du prince et le trouve à son goût. Il est l'héritier de l'électorat de Hanovre, et troisième dans l'ordre de succession à la reine Anne de Grande-Bretagne, après sa grand-mère l'électrice douairière et son père l'électeur.
Le 22 août 1705, Caroline arrive à Hanovre pour son mariage avec Georges-Auguste, qui est célébré le soir même dans la chapelle du palais de Herrenhausen. En mai de l'année suivante, elle estime être enceinte, et donne naissance à son premier enfant, le prince Frédéric, le 20 janvier 1707. Quelques mois après sa naissance, elle contracte la variole, puis une sévère pneumonie. Elle est tenue à l'écart de son fils, mais Georges-Auguste reste fidèlement à ses côtés et tombe à son tour malade. Durant les sept années qui suivent, Caroline donne naissance à trois autres enfants à Hanovre : Anne, née en 1709, Amélie, née en 1711, et Caroline, née en 1713.
Le mariage de Georges-Auguste et Caroline est heureux, bien que le prince continue à fréquenter d'autres femmes. Caroline est au courant de ces infidélités qui ne sont en rien secrètes et dont il l’entretient lui-même. Ses deux maîtresses les plus célèbres sont Henrietta Howard, l'une des dames d'honneur de Caroline qui devient maîtresse de la garde-robe de la reine en 1731, et Amalie von Wallmoden à partir de 1735. Contrairement à sa belle-mère Sophie-Dorothée de Celle, Caroline est réputée pour sa fidélité : elle ne cause jamais de scandale et ne prend aucun amant. Elle préfère que son mari choisisse ses maîtresses parmi ses dames d'honneur, afin de pouvoir les surveiller de plus près.
L'accession de la famille de son mari au trône de Grande-Bretagne reste incertaine : le demi-frère de la reine Anne, Jacques Stuart, conteste les droits de la famille de Hanovre, et la reine s'est brouillée avec l'électrice douairière Sophie. Elle refuse de laisser un seul Hanovrien fouler le sol britannique de son vivant. Caroline écrit à Leibniz : « J'accepte comme un bon présage la comparaison que vous dressez, bien que par trop flatteuse, entre moi et la reine Élisabeth. Comme Élisabeth, les droits de l'électrice sont bafoués par une sœur jalouse [la reine Anne], et la couronne anglaise ne lui sera jamais assurée tant qu'elle ne sera pas montée sur le trône. » L'électrice douairière meurt en juin 1714, âgée de 84 ans, dans les bras de Caroline, dont le beau-père devient l'héritier présomptif de la reine Anne. Celle-ci meurt quelques semaines plus tard seulement et l'électeur de Hanovre lui succède sous le nom de Georges Ier de Grande-Bretagne.